13 Février 2026
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Oh oh oh, ô H2O !
L’eau. Quelle eau ?
L’eau, c’est fini, il n’y en a plus. Ou très peu.
Dans un monde sinistré, assurément le nôtre, ce qui devait arriver arriva…
Ce sont désormais des machines qui délivrent quelques gouttes du précieux liquide.
Et encore, pas tout le temps… Parfois c’est un tout autre élément qui sort du tuyau…
Alors, évidemment, dans la cuisine de ces deux personnages, c’est le désert… ou presque…
Les chorégraphes et néanmoins frères (à moins que ce ne soit le contraire) Christian et François Ben Aïm, ainsi que Mariette Navarro pour le texte et la dramaturgie, nous proposent un spectacle pluri-disciplinaire, qui traite avec beaucoup de pertinence et de subtilité d’un enjeu écologique majeur.
Cette entreprise dramaturgique et chorégraphique, à destination de spectateurs à partir de 6 ans, nous rappelle que l’eau est l’une de nos plus précieux biens communs.
Alors, évidemment, il est pour nous autres spectateurs tout naturel que l’eau coule de nos robinets domestiques.
Ici, il est question de montrer que non, ceci ne va pas de soi.
Un jour, il se pourrait bien que l’eau ne coulât plus, ou très peu, chez nous, si l’on n’y prend pas garde.
Les trio nous pose également de multiples questions : quel est le prix de l’eau, à qui appartient-elle vraiment, si tant est qu’elle appartienne à quelqu’un, comment la préserver, j’en passe et non des moindres.
Durant cinquante minutes très intenses et très intelligentes, deux danseurs-acrobates-comédiens vont plus faire pour les petits spectateurs que dix heures d’éducation à la citoyenneté.
Louise Hardouin et Jules Sadoughi sont ces deux artistes.
Qui vont perdre je ne sais combien de calories. Beaucoup en tout cas.
Les frères Ben Aïm leur ont demandé énormément.
Fidèles à leur réputation de « chorégraphes du déséquilibre », le propos général sera le prétexte d’un travail sur le corps en mouvement en tant qu’entité organique. Le mouvement qui ne va pas forcément de soi, le mouvement instable, le mouvement qui se combine également avec la parole.
Ici, ce mouvement-là ne va effectivement pas de soi.
J’en veux pour preuve cette première chorégraphie autour d’une grande table. Autour et sur une grande table, qui sert de scène, mais aussi et pratiquement d’agrès circassien.
La danse est intimement associée à la discipline acrobatique.
Les deux artistes réalisent des portés, des roues, des figures que ne renieraient pas certains artistes circassiens.
J’ai été très impressionné par ce mélange à la fois très habile et très rigoureux entre les deux disciplines.
Au risque de me répéter, on ressent en permanence une dimension organique, reliée à la fois au sol et à l’espace, avec des corps qui exécutent des figures artistiques avec une impression d’aisance et de facilité, alors que…
Oui, l’arthrose ne concerne pas Louise Hardouin et Jules Sadoughi.
Les deux auront bien mérité une douche réparatrice !
Nous ressentons également des instants de vraie grâce, notamment lorsque les corps dansent ensemble. Des corps qui s’attirent, se repoussent, s’étreignent et s’embrassent.
Des scènes délicieusement poétiques nous attendent également.
Des accessoires très judicieux permettent de conférer cette dimension-là au spectacle.
Les CP de l’école Jules-Ferry de Levallois-Perret dans la classe de « Pâquerette » (quel joli prénom pour une maîtresse de CP, tout de même...), des petits assis autour de moi ne s’y sont pas trompés, qui regardaient tout ceci les yeux écarquillés, émerveillés qu’ils étaient.
Je pense que certains auront à cœur de tenter de reproduire certains mouvements.
La machine à distribuer les éléments fonctionne parfaitement, contribuant à donner ce sentiment à la fois de merveilleux et d’urgence écologique.
Le silence assourdissant lors de ces séquences prouvait s’il en était besoin la justesse du propos.
Il me faut mentionner l’épatante création musicale de Patrick de Oliveira, qui permet parfaitement aux deux corps de s’exprimer.
Parfois, les jeunes spectateurs tapaient en rythme dans les mains.
Je suis sûr que certains ne se seraient pas faits beaucoup prier pour aller danser eux aussi sur scène…
Allez donc vous aussi assister à ce spectacle qui nous parle très intelligement d’écologie et de politique au sens noble du terme.
C’est une très belle réussite artistique !
Un spectacle nécessaire, que le ministre de l’Education nationale devrait bien conseiller à ses troupes !