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Willy Protagoras enfermé dans les toilettes

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Les WC étaient fermés de l’intérieur…
Et pour cause.
Le jeune Willy Protagoras s’y est retranché, dans un acte désespéré d'ultime résistance. Impossible donc pour sa famille d’utiliser ce lieu ô combien utile !

Un symbole : pour sa dernière mise en scène dans « sa » Colline, Mouawad-2026 monte Wajdi-1988, sa toute première pièce.
Comme un mouvement spiralaire : revenir non pas au début, sur ses pas, mais bien là où tout a commencé, avec trente-huit ans d’expérience supplémentaires. Revenir à l’origine, mais en même temps ailleurs...

Au fond, ici, il est question de rendre hommage à la jeunesse.
La jeunesse en colère qui crie, qui se révolte, qui ne se résout pas à accepter le monde sclérosé des adultes.
La jeunesse qui montre son dégoût d’un legs...

Et puis bien entendu, cet appartement avec cette famille Protagoras, envahie par une autre, les Philisti-Ralestine, c’est une toute première allégorie, de la part du jeune dramaturge de 19 ans à l’époque.
La guerre civile libanaise..
Une société déchirée, profondément divisée. L’immeuble dans lequel vit la famille Protagoras en est la furieuse métaphore.
Cet appartement partagé de force aussi : « Nous ne sommes pas chez nous, mais ici, on s’y plaît !» entendrons-nous dans la bouche du père Conrad Philisti-Ralestine.

Au fond, la vraie réponse à la question « Pourquoi Willy est-il vraiment enfermé dans les toilettes ? » trouvera véritablement sa réponse dans les pièces à venir, Incendies, Forêt, Littoral et toutes les autres.
Une réponse que nous aurons forgée nous autres inconditionnels du dramaturge dans ses productions ultérieures, tout au long de sa carrière.

Ce texte d’un tout jeune homme relève de la farce burlesque et grotesque, parfois un peu maladroite, souvent grossière et scatologique.
Ici, on ne fait pas dans la dentelle !

Pour autant, on sent l’urgence d’écrire du Wajdi Mouawad exilé au Canada, et qui ne peut qu’éructer sa vision d’un pays qu’il a dû quitter et qu’il ausculte à la loupe.

On attendait évidemment énormément de cette dernière mise-en-scène du patron des lieux.
On attendait trop ?

Ce sera un univers de furie, de colère, de bruit, de fureur…
Le curseur poussé au maximum durant deux heures et trente cinq minutes, pour porter sur les planches un tout premier texte lui aussi survolté…

A l’image de Gilles David qui ne fait pratiquement que hurler à chacune de ses interventions, durant ces deux heures et quarante cinq minutes, nous sommes dans un propos poussé à son paroxysme.
C’est parfois éprouvant, long, et parfois répétitif.
Et puis c’est en quelque sorte générateur d’une uniformisation du discours, où l’on peine à saisir la subtilité, la richesse des émotions…

Trop de bruit tue le bruit ?
Trop de volume sonore tue la musique ? (Si vous êtes dans les premiers rangs, munissez-vous de bouchons acoustiques…)

Et puis était-ce une bonne idée de confier le rôle de Willy Protagoras à Micha Lescot ? Je n’ai pas trouvé dans son interprétation de ce Willy-Wajdi l’élan, la fougue, la colère de la jeunesse…
Chacun jugera...

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Grosse production que cette dernière mise en scène. Dix-neuf interprètes, de gros moyens techniques, un happening différent, chaque soir lors de la scène des déménageurs...

J’ai beaucoup aimé les costumes (surlignés façon BD) de Emmanuelle Thomas, et les épatants maquillages eux aussi outranciers de Cécile Kretschmar. (Je rappelle qu’« épatant maquillage » et Cécile Kretschmar relève du pléonasme...)

Un musicien aussi est lui aussi porteur d’un beau symbole : avec la guitare électrique occidentale et l’oud oriental, M’hamed El Menjra nous montre un être humain aux prises avec deux cultures…
J’ai pris beaucoup de plaisir à écouter et regarder ses très talentueuses interventions à l’oud, hélas reléguées à cour, dans l’ombre… 

Au final, je suis sorti un peu sonné par ces cent cinquante cinq minutes de théâtre survolté et sur-saturé.
Il faut cependant découvrir ou re-découvrir cette première pièce qui portait en elle tout ce qui allait faire de Wajdi Mouawad l’un des dramaturges les plus importants de son époque.

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