30 Janvier 2026
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Dans la famille Dreyfus, je voudrais l’épouse.
Si l’on connaît évidemment l’ignominie infligée au Capitaine Dreyfus par l’État français, on mesure beaucoup moins le rôle prépondérant dans cette tragédie de Lucie Dreyfus.
Les deux époux entretinrent durant ces années très noires de l’histoire de France une intense correspondance.
Lucie et Alfred tinrent bon. Et c’est notamment cette dimension épistolaire qui contribua pleinement à ce que les deux puissent lutter, surmonter le découragement, endurer cette épreuve et au bout du compte revivre !
Marie-Neige Coche et Joël Abadie ont eu la lumineuse idée de porter sur les planches cette correspondance, de façon à nous faire revivre ce drame, par le prisme intime et passionné des courriers de Lucie et Alfred.
Pour autant, c’est un troisième personnage qui ouvre le spectacle.
Un autre personnage historique, en la personne de la journaliste libertaire et féministe Caroline Rémy, plus connue sous le pseudonyme de Séverine.
Première femme Directrice d’un journal (en l’occurrence Le cri du Peuple), auteure de quelque quatre mille articles, elle ne manqua pas de s’enflammer pour cette Affaire.
Durant pratiquement une heure et quart, nous allons assister à un remarquable et bouleversant spectacle.
Ici, c’est la Vérité qui se joue sur le plateau et sous la voûte pierrée de l’Essaïon.
Vérité, parce que le texte est donc tiré de ces lettres et des écrits de Séverine. Les auteurs ont dû bien entendu choisir dans parmi les nombreuses lettres, cette sélection engendrant probablement parfois un sentiment de frustration.
Les mots des Dreyfus, ceux de la journaliste, nous allons les entendre, nous allons comprendre « de l’intérieur », si je puis m’exprimer ainsi.
Cette Vérité écrite ne serait rien sans la vérité du passage au gueuloir, pour reprendre les mots de Flaubert.
Deux comédiennes et un comédien troublants de justesse vont donner à ces textes un relief unique et formidable.
Mis en scène de façon très judicieuse, très précise, par Eric Cénat, et ce autour de seuls trois meubles métalliques, Joël Abadie, Lucile Chevalier, Claire Vidoni (qui je trouve ressemble de façon étonnante à la photo de Séverine) incarnent ces trois personnages.
Durant ces soixante-quinze minutes, nous avons véritablement l’impression que rien n’est joué, et que c’est la Vie qui se déroule sur le plateau.
Ici, pas de mièvrerie, pas de tentation de faire pleurer dans les chaumières.
Dirigés avec beaucoup de finesse, les trois sont épatants. Nous sommes accrochés à leurs mots, nous sommes pris par ce qu’il nous disent et nous montrent.
Comment ne pas être happé par ces mots déchirants qui nous signifient on ne peut plus clairement le désarroi, le courage, l’amour aussi, ce respect entre deux êtres qui s’aiment profondément, déchirés par l’éloignement et le manque de l’Autre…
Comment ne pas se passionner pour cette journaliste qui se pose en narratrice, et parfois en intervieweuse des deux autres ! (Le procédé fonctionne parfaitement.)
Comment ne pas souffrir avec le personnage de Dreyfus, en voyant Joël Abadie interpréter ce que son personnage a dû endurer sur l’île du Diable, en Guyane !
Comment ne pas être ému en entendant les mots de Lucie, dans la bouche de Lucile Chevalier, épatante en épouse courageuse !
Je vous assure que lors de la scène des retrouvailles, je n’en menais pas large, et que les larmes sont montées à mes yeux.
C’est déchirant d’intensité et de Vérité, au risque de me répéter.
Un autre aspect du spectacle contribue à la réussite de cette entreprise dramaturgique.
Charlotte Villermet a doté les comédiennes et comédien de costumes magnifiques !
Rien n’est laissé au hasard ! (Ah ! Ces jolies guêtres montantes et boutonnées de Séverine !)
La costumière a conçu deux tenues qui se délitent au fur et à mesure que l’action se déplace de Paris en Guyane.
Petit à petit, des morceaux de tissus sont arrachés pour passer de costumes de mariage à « l’uniforme » de bagnard pour lui et à une très belle robe noire austère pour elle.
Quand à l’uniforme de la réhabilitation, ainsi que les lorgnons qui vont bien, on ne peut qu’être conquis par la qualité et l’irréprochable sens historique de la démarche de Mademoiselle Villermet.
Ai-je besoin de m’appesantir ?
Ne manquez pas d’aller découvrir ce bouleversant et passionnant spectacle, qui nous remet en mémoire de façon particulièrement efficace cette dramatique affaire Dreyfus.
Ne pas oublier par le biais d’une entreprise dramaturgique des plus réussies !
De celles qui restent longtemps en mémoire !
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Si tu veux que je vive... Lucie et Alfred Dreyfus | Théâtre Essaïon
Séverine, journaliste féministe, nous livre le récit bouleversant de Lucie et Alfred Dreyfus dans leur combat pour la justice et la vérité.
https://essaion-theatre.com/spectacle/si-tu-veux-que-je-vive-lucie-et-alfred-dreyfus/