19 Janvier 2026
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Le tournoi des deux nations.
Angleterre-Ecosse.
Les deux capitaines sont deux femmes. Deux reines.
Elles sont à Londres. L’une est au pouvoir, c’est Elisabeth 1ère.
L’autre est en prison, et ce depuis dix-neuf ans déjà, c’est Marie Stuart.
Nous la voyons, cette ex-reine de France, devenue souveraine écossaise. Nous la rencontrons dans sa cellule, en compagnie de sa nourrice.
Le verdict est déjà tombé : elle a été condamnée à mourir sur l’échafaud.
Les crimes qu’on lui reproche : avoir fait assassiner son mari par son amant, et surtout être catholique dans un pays majoritairement protestant, sans oublier sa supposée participation à un complot pour tenter de renverser Elisabeth.
Le destin de cette femme a inspiré de nombreux auteurs et écrivains, dont Friedrich von Schiller, qui en 1800, écrit la pièce éponyme.
Dans son texte, il retrace les derniers jours de Marie Stuart, avant l’exécution de cette femme en 1587, en mettant en lumière les dilemmes politiques, religieux et personnels que connaissent les deux têtes couronnées.
Oui, dans cette pièce, on compte véritablement deux personnages principaux et féminins.
Ici, nous sommes dans un vrai thriller.
Le suspens n’est pas forcément là où l’on pourrait l’attendre.
Nous sommes bel et bien fixés sur le sort de la reine d’Ecosse. Nous savons qu’elle a été condamnée à mort.
Le véritable enjeu est double : Marie parviendra-t-elle à obtenir une audience auprès de la souveraine afin de plaider sa cause, et cette dernière autorisera-t-elle l’exécution de sa rivale.
Nous sommes effectivement tenus en haleine jusqu’à l’issue de la pièce.
Ce faisant, Schiller nous livre une profonde réflexion sur les mécanismes du pouvoir.
S’il se base sur une réalité et une vérité historiques, il sait qu’il est avant tout dramaturge. Il n’hésitera pas à inventer des personnages, écrivant des situations qui ne se sont jamais produites.
Outre le suspens évoqué un peu plus haut, le grand intérêt de la pièce est de voir deux femmes face à la gent masculine.
Les différents conseillers de la Reine se battront presque comme des chiffonniers afin de faire prévaloir leurs pérrogatives et surtout leur point de vue concernant l’encombrante prisionnière.
De ce point de vue, on peut évidemment dresser un parallèle avec notre époque contemporaine, avec tous ces technocrates, ces conseillers en com, ces « pseudo-grands serviteurs de l’État » qui passent leur temps à tenter d’influencer le pouvoir en place.
Schiller s’en donne à cœur joie avec tous ces lords qui grenouillent autour de la souveraine anglaise et dans une moindre mesure de la captive écossaise.
Chloé Dabert nous propose donc un polar implacable autour de cette question de l’exécution ou non de la reine Stuart, ainsi qu’une captivante fresque politique du pouvoir élisabethain.
Ce faisant, la patronne du Centre dramatique de Reims (Schiller mentionne au passage la ville à plusieurs reprises dans la pièce) s’empare de ce drame romantique pour en faire, un subtil et intense double portrait psychologique de deux femmes de pouvoir.
Elle a axé sa mise en scène sur la notion d’espace à la fois contraint et amovible.
La prison de Marie Stuart est une sorte de cage transparente, modulable par le biais de grands pans plus ou moins translucides qui s’élèvent ou redescendent des cintres.
Le lointain n’est pas sans évoquer parfois le travail de feu Robert Wilson, comme un hommage, avec des ombres chinoises très évocatrices.
Cet espace contraint de facture très contemporain contraste avec les magnifiques costumes de Marie Larocca et les impressionnantes perruques et Cécile Kretschmar.
Les atours sinon fidèles historiquement parlant, évoquent néanmoins et immanquablement ce XVIème siècle anglais.
L’opposition entre scénographie et tenues des comédiennes et comédien procure un décalage réjouissant.
Ici, ces décors et costumes sont très sombres, à l’exception de ceux d’Elisabeth, de l’ambassadeur français De l’Aubespine (je souhaite un prompt rétablissement à Arthur Verret, parfait hier malgré une grosses extinction de voix), et la dernière robe rouge sang de Marie.
Une sombre lumière, en quelque sorte, baigne le plateau en permanence, y compris lors de l’entrevue royale dans un parc évanescent. Tout ceci est très beau.
Bénédicte Cerutti et Océane Mozas isont ces deux femmes qui se livrent à distance ou face à face à un affrontement sans merci.
On ne peut qu’être admiratif devant leur capacité à incarner ces deux personnages féminins fascinants, ayant su exister et s’imposer dans un monde masculin.
Les deux comédiennes, chacune à leur manière, réussissent pleinement à nous faire parvenir les sentiments, les idéaux moraux et les côtés très humains de ces deux femmes que beaucoup d’aspects opposent.
Le reste de la petite troupe est lui aussi irréprochable.
Jacques-Joël Delgado, Koen de Sutter, Sébastien Eveno, Jan Hammenecker, Makita Samba, Cyril Gueï, Tarik Kariouh incarnent avec conviction ces différents conseillers.
Chacun nous montre parfaitement une facette de cette relation d’hommes à leur souveraine ainsi qu’à la notion de Pouvoir.
Tous permettent de nous rendre parfaitement compte de l’équilibre subtil du propos de l’auteur : les passions politiques et religieuses confrontées aux passions humaines. Ou réciproquement...
Il faut mentionner la belle et pourtant discrète création musicale et sonore de Lucas Lelièvre, avec des bruits étranges, des coups sourds ou des ostinati à la limite du perceptible.
Il faut venir au TGP de Saint-Denis découvrir ces trois heures et quarante cinq minutes de beau théâtre, ce drame rarement monté, que Chloé Dabert ancre à la fois dans une époque donnée et dans un propos très contemporain.
L’enfermement physique et mental, les relations au Pouvoir, le concept de Raison d’État, autant de thèmes très actuels qui nous parlent pleinement.
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