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Les femmes savantes

© Photo Y.P.

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Emma Dante, ou la loi des malles.

Chez la metteure en scène palermitaine, les mâles arrivent en costume plus ou moins d’époque dans de grandes caisses en bois, et les femmes, savantes ou pas, sont habillées de façon contemporaine.
Elles revêtiront petit à petit leurs plus beaux atours, au fur et à mesure que l’action se déroulera. 

Emma Dante nous propose une merveilleuse vision de l’avant-dernière comédie du grand Jean-Baptiste.
Et par là-même, elle triomphe au Rond-Point accueillant la Comédie Française, recevant après deux heures d’un spectacle particulièrement réussi, une véritable ovation, des « Bravo ! » en veux-tu en voilà, y compris ceux de votre serviteur !

A l’invitation du Français, elle a accepté de monter un texte théâtral, elle qui privilégie souvent des propositions à partir de diverses sources littéraires.
On se souvient récemment de son formidable Re chicchilina, à la Colline. C’était ici.

Que de parti-pris judicieux, que de points de vue pertinents, que d’idées ingénieuses à la minute, tout au long de ces deux heures d’un intense et épatant spectacle très abouti !

© Photo Y.P.

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La Signora Dante nous dresse un tableau intense d’une famille à l’évidence dysfonctionnelle et aux nombreux conflits.
Pour autant, elle ne juge pas. Mieux, elle ne cherche pas à défendre un point de vue ni à prendre position : ici, elle nous montre un chemin, celui que probablement Molière avait choisi de défricher.
Oui, le Patron a bien ouvert une réflexion sur la condition féminine. C’est cette réflexion à laquelle se réfère la metteure en scène.

Pour autant, se tissent de vrais liens entre le XVIIème siècle et notre contemporanéité.
En ce sens, on peut tout à fait parler d’une sorte de mise en abyme de l’éternité. Ce sentiment qui fait que ces personnages moliéresques sont éternels, aux caractéristiques intemporelles. (Le choix des illustrations musicales, l'évolution des costumes évoquée un peu plus haut conforteront cette passerelle entre deux époques…)

Un parti-pris fondamental de cette entreprise artistique est à mon sens de faire de ce spectacle un véritable éloge du jeu corporel.
Ces personnages sont avant tout des êtres humains, faits de chair et d’os, qui certes parlent, ont des choses à dire, mais ont également un corps dont il se servent pour les dire, ces choses-là.

© Photo Y.P.

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Ici, les gestuelles exacerbées, les postures comiques, les petites chorégraphies amusantes, les grimaces, les tics, les poursuites, les chutes (le thème de la chute sera omniprésent, je vous laisse découvrir…), les embrassades, tout ceci est fondamental.
Ca pulse, ça déménage, ça remue, y compris jusque dans la salle. Et non, je ne développe pas...
Elle a demandé beaucoup aux comédiens, et elle a obtenu énormément.
Nous sommes dans un perpétuel mouvement des corps, qui fait pleinement sens.

Autre judicieuse idée, autre perpétuel mouvement, celui de l’espace.
L’espace bouge, l’espace vibre, dans cette maison. J’en veux pour preuve cette architecture mobile, où les murs eux aussi semblent avoir une vie propre.
Un espace tout plein de chausse-trapes, révélant parfois des « failles spatiales » tout à fait réjouissantes ! Ah ! Cette tapisserie murale !

Et puis, bien entendu, nous retrouvons tout ce qui fait le sel du théâtre d’Emma Dante.
Le grotesque côtoie l’excessif et l’outrance parfaitement maîtrisés, toujours au service du propos.
Durant ces deux heures, une dimension burlesque, une comedia del’arte déjantée, règnent en permanence.

La scénographie et les costumes de Vanessa Sannino que nous connaissons bien ici pour son travail avec le tandem Lesort-Hecq, cette scénographie et ces costumes contribuent pleinement à cette dimension outrancière.
Quel talent, là encore !
Je donnerais cher pour revêtir ne serait-ce qu’un instant un ou deux de ces magnifiques et décalés vêtements, ou encore me coiffer d’une des délirantes perruques...

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Durant tout le spectacle, nous n’allons pas arrêter de rire !
Les comédiens français tous excellents, nous donnant une nouvelle petite leçon de comédie.
Tous adhèrent à cette proposition survitaminée. On ne peut que se réjouir de cette capacité à prendre à bras le corps la proposition et à embrasser le souhait d’Emma Dante de donner dans la démesure.

Deux d’entre eux ont retenu particulièrement mon attention.
Laurent Stocker est purement et simplement hilarant, grandiose, dans la peau de Chrysale.
J’avais les larmes aux yeux à le voir jouer ce bon bourgeois et en faire un être balloté entre la raison et son épouse.
C’est bien simple, dans ce rôle, il est phénoménal !

© Photo Y.P.

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Et puis Stéphane Varupenne est un immense Trissotin !
Ses interventions trépidantes déclenchent l’hilarité générale. Tout chez le comédien, même manger un simple macaron est susceptible de déclencher un rire intense.
Je vous conseille de ne pas manquer sa manière de jouer de la guitare ! C'est énorme ! 

Des applaudissements durant le spectacle même salueront leur performance !

© Photo Y.P.

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Gaël Kamilindi en Clitandre, Edith Proust interprétant Henriette nous réservent eux aussi de bien belles surprises.
Eric Génovèse, Elsa Lepoivre, Jennifer Decker sont tout simplement parfaits eux aussi, comme à leur habitude.

Vous l’aurez compris, il faut ABSOLUMENT assister à cette vision particulièrement intelligente de ces Femmes savantes-là.
Emma Dante, le fond et la forme, le subtil et la démesure, le texte de l’auteur et le corps des comédiens.

Ce spectacle figure d’ores et déjà comme l’une des grandes réussites de la saison 25-26.
INCONTOURNABLE !
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II est à noter que le spectacle sera diffusé en direct sur Pathé Live le dimanche 1er mars, à 15h00.

Qu'on se le dise ! 

https://www.pathelive.com/fr/evenements/theatre/les-femmes-savantes/

© Photo Y.P.

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