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La fin du courage

© Photo Y.P. Je ne peux vous proposer la tradionnelle photo des saluts en fin de spectacle, qui viendrait spoiler la dernière partie du spectacle...

© Photo Y.P. Je ne peux vous proposer la tradionnelle photo des saluts en fin de spectacle, qui viendrait spoiler la dernière partie du spectacle...

Courage soyons !

En 2010, Cynthia Fleury publiait chez Fayard un essai qui devait être diffusé à plus de 200 000 exemplaires !

La philosophe et psychanalyste nous faisait réfléchir quant à la place du courage dans nos sociés que l’on dit modernes.
Le courage individuel face aux réalités collectives de notre monde néo-libéral, gangréné par tant de mécanismes
sociologiques, économiques, démagogiques vous poussant au découragement, plus ou moins volontaire.

Un exemple récent, tiens.
Voici quelques jours, Edouard Philippe répond
ait sèchement « non ! » à la question de Jean-Michel Aphatie « Est-ce que la colonisation est un crime ? »
L’
ex-premier ministre et probable candidat à la prochaine présidentielle sait pertinemment que rien qu’en Algérie, de 1830 et 1870, entre 400 000 et 500 000 personnes ont perdu la vie en raison de la dite colonisation.
Par manque de courage face à ses potentiels futurs électeurs de droite et d’extrême-droite, il se refuse le courage de
pondre « Oui. »
CQFD.

Cynthia Fleury a souhaité prolonger son ouvrage devenu best-seller par une fable dramaturgique centrée sur deux figures féminines fortes.
L’autrice de l’essai en question (pas besoin de vous faire un dessin) et une é
tonnante journaliste-intervieweuse.

Ici, il sera question de montrer que ni les individus ni la chose démocratique ne peuvent rester au niveau du constat.
Comment retrouver le ressort du courage,
comment retrouver une Ethique, avec un E majuscule, comment remédier à la faillite du courage politique affaibli par la perte du courage moral ?

Deux personnages. Deux comédiennes.
Probablement le duo à la fois le plus épatant et le plus inattendu de la saison,
dans une lecture inoubliable.

Isabelle Adjani sera l’autrice, l’essayiste, la philosophe.
Laure Calamy sera une journaliste qui va engager une interview pour chaine TV on ne peut plus mainstream.

Nous n’allons pas tarder à nous apercevoir que pratiquement tout oppose ces deux femmes, à commencer par leur style vestimentaire. (Coup de chapeau à la scénographe et costumière Lucie Mazières).

Leur caractère ensuite.
La première est assez austère, c’est un euphémisme, farouche, même, développant sa pensée avec sérieux et profondeur.
La seconde est extravertie,
volubile, joviale au possible.

C’est le développement de la relation entre ces deux caractères bien différenciés qui a servi à Cynthia Fleuri de prétexte à l’exposition et en quelque sorte à la vulgarisation de son propos philosophique.

De fait, durant pratiquement une heure et trente minutes, nous allons à la fois recevoir 5 sur 5 le message et nous allons par ailleurs beaucoup rire.

Mises en scène par Jacques Vincey, Mesdemoiselles Adjani et Calamy vont faire vivre avec ferveur le texte lu et faire fonctionner nos zygomatiques à plein régime, tout en nous faisant réfléchir intensément.

Oui, je tiens Laure Calamy pour l’une de nos comédiennes les plus drôles.
Le metteur en scène a su parfaitement tirer parti de sa vis comica !
Sa gestuelle, ses intonations, ses ruptures, ses mimiques, tout ceci est magnifique. Je me souviendrai longtemps de cette journaliste, et de cette interview surréaliste !

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Isabelle Adjani joue quant à elle la froideur, l’austérité avec un grand engagement, nous exposant le propos philosophique avec beaucoup d’intensité.
Pour autant, elle aussi, avec des ruptures tout à fait jubilatoires, elle aussi nous amusera beaucoup.

Jacques Vincey a parfaitement su mettre en opposition ces deux femmes, dans une mise en scène tout d’abord assez statique, interview oblige.
(A ce propos, Louis Pencréac’h
et Alex Vizorek, en voix off, nous dérideront beaucoup eux aussi. Je ne développe pas volontairement…)

Et puis dans la dernière partie, dans une métaphore où il faudra prendre son courage individuel à deux mains, le metteur en scène fait exploser le mouvement, alors que la scénographie se modifie habilement.
Il sera question pour les deux personnages de se rapprocher, par une approche courageuse d'une activité commune.
Là encore, je ne peux pas développer
pour vous laisser découvrir, mais ce que fait Laure Calamy est absolument magnifique. Je riais comme rarement ! Elle est tout simplement hilarante !

Vous l’aurez compris, il ne faut surtout pas manquer ce spectacle-lecture, qui allie
propos philosophique pointu et comédie très réussie. 
Standing ovation ô combien méritée !
Oui, c'est brillant !

Et puis, entendre chanter Jean Ferrat est toujours une très bonne chose !
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Il faut noter que cinq duos d’actrices différents interprèteront les quarante-sept représentations de cette pièce.
Emmanuelle Béart, Sophie Guillemin, Isabelle Carré, Lubna Azabal et Rosa Bursztein reprendront prochainement le flambeau d’Isabelle Adjani et Laure Calamy.
Qu'on se le dise ! 

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Nous retrouverons également très prochainement Jacques Vincey dans sa mise en scène de Forcenés, le texte de Philippe Bordas, au théâtre de la Concorde.
https://theatredelaconcorde.paris/evenements/forcenes/
A suivre ! 

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