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La femme qui n'aimait pas Rabbi Jacob

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Jean-Philippe Daguerre, celui qui va encore devoir faire construire chez lui une nouvelle cheminée pour pouvoir poser les Molières qui assurément ne manqueront pas de récompenser sa nouvelle création.
Daguerre, ou comment encore et toujours nous passionner avec un récit à la fois prenant, émouvant, bouleversant. Et drôle. Aussi.

Avec cette Femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob, l’auteur et metteur en scène évoque en effet une histoire absolument incroyable, et pourtant bien réelle.
Une histoire vraie dont peu de monde, y compris votre serviteur, connaissait ou même se souvenait…

Danièle Cravenne, l’épouse de Georges Cravenne, attaché de presse, journaliste, écrivain, créateur des Césars, des Molières® qu’on pose sur sa cheminée et des 7 d’or, Danièle Cravenne donc, est la seule pirate de l’air à avoir été abattue par des policiers sur le sol français.

Pourquoi avait-elle donc décidé, équipée d’une carabine 22 long rifle et d’un petit pistolet d’alarme, de détourner ce Boeing 727 Paris-Nice, ce 18 octobre 1973 ?
« Tout simplement » pour empêcher la sortie des Aventures de Rabbi Jacob pour alerter l’opinion publique des dangers supposés du film en matière d’antisémitisme et d’empêchement de résolution du conflit au Proche-Orient.

 

Après avoir récemment publié le roman éponyme chez Albin-Michel, Jean-Philippe Daguerre monte donc sur les planches du Petit Montparnasse cet épisode méconnu du dernier quart du XXème siècle.
Et au passage, nous proposer une merveilleuse histoire d’amour.

Et nous dans un premier temps de retrouver la patte de celui qui sait comme personne tisser une dramaturgie intelligente, spirituelle et fine, celui qui grâce à une écriture pagnolesque (vous le savez, je le tiens depuis longtemps pour l’héritier spirituel du grand Marcel) aux formules drôles et percutantes, celui qui nous captive et nous tient en haleine durant une heure et demie avec un passionnant propos.

Cette fois-ci, le metteur en scène s’est appuyé sur l’épatante création du vidéaste Narcisse.
Neuf grands écrans sur roulettes serviront de décors, permettant de créer une foultitude d’univers, d’un appartement cossu au bureau du ministre de l’intérieur, en passant par un square ou une grande brasserie parisienne.

Des séquences pré-enregistrées permettront de recréer également en tuilages successifs la prise d’otage avec le déroulement du récit principal.
Tout ceci est d’une efficacité et surtout d’une subtilité totales.

On peut faire confiance au metteur en scène pour s’appuyer également sur une distribution aux petits oignons.
Nous allons en effet retrouver des comédiennes et des comédiennes bien connus des fidèles de ce site, dirigés avec toujours autant de précision et de fluidité.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Avec ce spectacle, Jean-Philippe Daguerre offre un merveilleux rôle à Charlotte Matzneff, qui, à son habitude, crève le plateau à chacune de ses interventions.

En jouant cette femme qu’une célèbre psychologue (nous la verrons sur scène) diagnostique maniaco-dépressive, Mademoiselle Matzneff nous donne une magistrale leçon d’interprétation.
C’est bien simple, malgré le fait de savoir qu’elle est une interprète remarquable, j’ai été subjugué durant ces quatre-vingt dix minutes par sa capacité à entrer dans la peau de son personnage.

Elle est parvenue à nous montrer la progression psychologique de cette jeune femme avec une totale justesse et une épatante finesse.

Sa prestation est de celles qui forcent véritablement le respect !
Dans ce rôle, elle est fascinante !

© Photo Y.P.

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Bernard Malaka est Georges Cravenne.
Quel bonheur de retrouver le comédien, qui a su faire passer un humour à froid, une bonhommie, une élégance de jeu tout à fait remarquables, s'appropriant avec délectation les formules de l'auteur ! 
Ah ! Ce dernier regard au public, à la toute fin du spectacle ! 

Le duo Matzneff-Malaka est absolument épatant, et fonctionne à la perfection. Un grand couple de théâtre !

 

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Julien Cigana campe un extraordinaire Louis de Funès. Oui oui, Louis de Funès.
Comme il est drôle, imitant à la perfection l’immense acteur !
Il sera applaudi durant le spectacle même, juste après une scène d’un humour et d’une force comique rares !

© Photo Y.P.

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Bruno Paviot joue quant à lui plusieurs rôles, dont celui d’un autre personnage réel de sinistre mémoire, à savoir Raymond Marcellin.
Lui aussi est de nouveau irréprochable, nous glaçant avec ce ministre de l’Intérieur controversé, rendu tristement célèbre notamment par l’affaire des plombiers du Canard Enchaîné.
Une magnifique interprétation d’un homme ayant laissé une triste marque indélébile dans l’Histoire de France.

Elisa Habibi et Balthazar Gouzou complètent le sextuor avec eux aussi plusieurs rôles. Comme chez Jean-Philippe Daguerre, il n’y a pas de petits rôles, autant dire que leurs jeux respectifs confèrent une vraie plus-value à l’entreprise dramaturgique.
Les deux sont irréprochables chacun de leur côté.

Il faut noter qu’à la fin du spectacle, l’auteur pose des questions à la fois troublantes et restées sans réponse quant à la dramatique conclusion de cette affaire.
Ces questions une fois posées relèvent certes du bon sens mais aussi et surtout d’un vrai sens politique au sens noble du terme.

Ce spectacle est également de ceux qui s’écoutent attentivement, grâce à la création musicale très aboutie et très pertinente d’Olivier Daguerre. Le musicien a utilisé notamment des rythmiques jazz et des sonorités "d'époque", un peu à la manière de John Williams dans Catch me if you can, de Spielberg.

Vous l’aurez compris, le millésime Daguerre 2026 est excellent et doit se déguster sans modération aucune, comme un Irouléguy gouleyant de Basse-Navarre, en plein Pays basque.

Le fond, la forme, une réunion de grands talents, une nouvelle et incontestable réussite, signée par un amoureux des mots et du théâtre.


Ne manquez surtout pas vous aussi d’aller prendre connaissance de la destinée hors du commun et pourtant méconnue d’une femme qui avait entrepris de lutter à sa manière contre l’antisémitisme !
C'est brillant !

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Après avoir lu le roman de Jean-Philippe Daguerre, et si vous voulez creuser le véritable propos du film Rabbi Jacob, je vous conseille le remarquable article de Arnaud Mercier, paru dans l'ouvrage ci-dessous, aux Editions de l'Université de Lorraine.
On y accède en cliquant sur le livre.

 

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