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Et la lumière fut !

© Photo Y.P.

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Chez Frédo, y’a tout c’qui faut !
Mais si, vous savez bien, chez Frédo, ce rade en plein Paris, ce bistrot qui a connu des jours meilleurs…

Un jour meilleur ? Peut-être pas pour ce pianiste ensommeillé, aux cheveux ébouriffés, en marcel gris, pantalon informe et Crocs® kaki au pied…
Il s’installe devant ses quatre-vingt-huit touches d’ivoire et d’ébène, et entame un vieux blues des familles. Quand tout est perdu, il nous reste le blues...

Mais voici soudain que débarquent une infirmière, une gardienne de la paix et une nonne en cornette…
Trois personnages qu’on n’attendrait pas à priori dans ce lieu plus ou moins mal famé...
Leur point commun : l'amour de musique en général, et du chant en particulier.

Ainsi démarre ce feu d’artifice musical concocté par le trio les Swing Cockt’elles.
Durant pratiquement une heure et demie, les trois demoiselles vont nous proposer un spectacle relevant de la plus remarquable virtuosité.
Un spectacle qui nous parle d’espoir et de bonheur.

Et la lumière fut !
© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Ici, il sera question de chanter, dans une démarche à la fois joyeuse, solaire, drôle et pour tout dire lumineuse !

Annabelle Sodi-Thibault, Morgane Touzalin-Macabiau et Anne Herrscher sont trois artistes lyriques accomplies. On sent dès les premières notes des deux sopranos et de la mezzo un impressionnant talent.
Ce talent, elles vont le mettre au service d’une histoire élaborée à partir de fragments de chansons françaises (et quelques tubes internationaux, ainsi que quelques extraits de pièces classiques).
Quel éclectisme ! Ou comment passer de Patrick Sébastien à Mozart, en passant par Sardou, Berger, et consorts, avec le même enthousiasme et la même réussite.
(Et puis j’ai été ravi de retrouver un extrait d’un Tourdion de 1530. Si si !)

Ce qu’elles vont nous chanter relève de la « close-harmony », à savoir un ensemble vocal reposant sur des intervalles très réduits.
Ai-je besoin de vous préciser qu’il faut une grande maîtrise vocale pour s’approprier ce style popularisé naguère par les Andrew Sisters ou les Pointer tout aussi Sisters ?

Les trois chanteuses m’ont véritablement impressionné !
La pâte sonore de l’ensemble, la cohésion du trio, leur irréprochable justesse, leur capacité à se saisir d’une note pour démarrer sans l’aide du pianiste, la qualité des arrangements de Mademoiselle Sodi-Thibault, tout ceci force le respect !

Avec elles, Djahiz Gil est le quatrième mousquetaire.
Les fidèles lecteurs le savent, je déteste le verbe « accompagner » en matière musicale.
Dans cette entreprise dramaturgique, le pianiste est véritablement membre à part entière de la formation musicale.

Lui aussi nous régale avec ses différents instruments (je vous laisse découvrir…) et sa capacité à passer de la chanson au funk, de la valse musette au disco. Chapeau !
Lui aussi chantera, avec notamment une version très personnelle et très émouvante de la Tendresse, d’un certain Bourvil.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Et puis Alain Sachs nous donne une nouvelle leçon en matière de mise en scène.
C’est la deuxième fois qu’il dirige le trio, après Et dieu créa le swing ! 

C’est lui qui a sélectionné les extraits des différents chansons, pour élaborer une schéma narratif cohérent, qui conduira les personnages dans différents lieux, au cours d’une petite dizaine de tableaux thématiques. (Là encore, je n’en dis pas plus…).
A ce titre, nous nous trouvons véritablement dans une brillante comédie musicale, avec un propos et une histoire des plus cohérents.

Et moi d’être à nouveau fasciné par cet art consommé de la mise en espace des corps, de la fluidité des déplacements sur une scène.

Ou comment faire en sorte que la vie prenne forme sur un plateau, sans difficulté apparente, sans avoir l’air d’y toucher, comme si tout allait de soi.
Alain Sachs, ou le naturel de la Vie sur les planches...

Sa direction d’acteurs est encore et toujours aussi précise.
Les quatre artistes sont également des comédiennes et un comédien accomplis, qui nous ravissent de leur engagement, de leur vis comica (nous allons beaucoup, mais beaucoup rire !)
Quel engagement, quelle puissance de jeu, tout en chantant !
Le metteur en scène a su se montrer exigeant, sachant qu’il pouvait exiger beaucoup !

Une autre dimension m’a enthousiasmé.
Mine de rien, et sans avoir l’air d’y toucher plus que cela, un vrai message humaniste est délivré.
Comment ne pas être ravi par cette séquence très œcuménique ou cette évocation de l’égalité Hommes-femmes.
Tout ceci arrive très subtilement, de façon très intelligente.

Je suis sorti du Théâtre de Passy sur un petit nuage, avec des refrains, des mélodies, des notes plein la tête.
Je défie d’ailleurs quiconque d’assister à cette heure et demie sans fredonner un ou deux refrains, de retour sur le boulevard.

Ce spectacle musical est une brillante ode au Bonheur, à côté de laquelle il ne faut surtout pas passer.

Il est d’ailleurs prolongé jusqu’au 11 mai, tellement le succès est au rendez-vous !
Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas !

© Photo Y.P.

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