31 Janvier 2026
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Mon royaume pour une pièce inédite de Shakespeare !
Cette pièce, c’est Cédric Gourmelon qui nous en propose une remarquable et passionnante vision, à la Tempête, après l’avoir créée dans « son » CDN, la Comédie de Béthune, voici quelques mois.
Edouard III est une pièce définitivement attribuée au grand William, (même si certains spécialistes pensent qu’il se pourrait qu’il ne fût pas l’auteur de la totalité du texte), un opus oublié qui n’a été monté à Londres qu’en 2002.
C’est assez étonnant, mais telle est la réalité…
Edouard III donc.
Ce monarque anglais qui va devoir livrer trois guerres.
L’une contre les voisins écossais, l’autre contre les Français. (C’est comme chacun sait la Guerre de Cent ans qui débute).
Et puis un conflit intérieur, royal mari voulant pourtant conquérir le cœur intègre de la comtesse de Salisbury.
C’est ce personnage que les lecteurs des Rois maudits de Maurice Druon connaissent bien, ce roman mis en lumière par la série éponyme de Claude Barma dans les années 70.
(On peut d’ailleurs remarquer un clin d’œil dans la présentation des personnages figés devant nous, en tout début de spectacle, me semble-t-il…)
Cécric Gourmelon, ou le minimalisme du théâtre élisabéthain.
Durant ces trois heures (entracte compris), va régner en effet une épure. Ce qui compte, c’est le texte shakespearien.
La scénographie est en effet réduite à une expression qui se veut on ne peut plus simple.
Un immense pan de contreplaqué vertical perpendiculaire au sol apparemment fait du même matériau.
Tout ceci s’ouvrira ensuite progressivement pour les scènes de bataille sur un espace sablé.
Sans décor autre que quelques branches mortes, nous irons de Londres à Poitiers, ou encore de Crécy à Calais.
La mise en scène se réfère donc au théâtre élisabéthain. Là encore, rigueur et précision, avec les codes « géographiques » et topographiques du plateau.
Avec également des comédiens qui seront souvent face à nous, même parfois dans des scènes de dialogue.
Tout ceci est particulièrement pertinent.
Le texte on vous dit !
Dans la belle traduction de Jean-Michel Déprats (pléonasme) et Jean-Pierre Vincent, la troupe de dix comédiens (oui, on ressent vraiment en permanence ce sentiment de troupe) va nous jouer ce récit à la fois amoureux et belliqueux.
Tous incarneront de multiples personnages.
Devant nous, tous vont nous embarquer dans cette aventure, ne nous laissant jamais sur le côté, insufflant à l’entreprise dramaturgique un souffle épique, médiéval et chevaleresque.
Nous aurons droit à la fois à des scènes très intimes comme la tentative de séduction de la comtesse par le roi, et d’autres beaucoup plus ouvertes, comme ces batailles sanglantes dans la brume.
Le thème de la désobéissance pour conserver son honneur, la relation père-fils, l’homme face à la mort, tout ceci nous touche énormément.
Le propos nous atteint en permanence, sous couvert d’un récit trépidant et captivant.
Nous rirons souvent, par le biais de la juxtaposition du tragique et du comique, autre spécialité shakespearienne.
Vincent Guédon est un grand Edouard III.
Le comédien campe avec une puissance et une subtilité jamais prises en défaut cet homme destiné à reprendre ce qui lui est dû, à savoir la couronne de France.
En enfant gâté, trépignant presque pour s’attirer les faveurs de celle qu’il convoite illégitimement, en homme s’apercevant de son erreur et retrouvant le chemin de l’honneur, en guerrier farouche, en père attendri, il nous démontre s’il en était encore besoin son immense palette de jeu.
Tout repose en grande partie sur ses épaules.
Fanny Kervarec est notamment une bouleversante comtesse de Salisbury, celle qui va désobéir au roi, refusant de céder à ses avances. La comédienne est poignante, dégainant ses deux poignards afin de conserver son honneur. La scène est magnifique !
Guillaume Cantillon est un Jean II le Bon franchouillard à souhait (il nous amuse beaucoup) et le père de la comtesse lui aussi fort émouvant.
Et puis Zakary Bairi incarne de manière puissante l’intègre et farouche Prince noir, le fils du roi. Une magnifique composition !
Il me faut également mentionner les très beaux costumes de Sabine Siegwalt. En mêlant armures, cottes de maille, fourrures, cuirs, et rangers, survêtements et jeans, elle nous rend finalement intemporel ce récit historique.
Les costumes des Français sont épatants (Ah ! Ces crevés ou ce rhingrave...), ces froggies férus de mode et en avance sur leur temps, ayant déjà un pied dans la Renaissance.
De la très belle ouvrage, tout comme les belles lumières de Marie-Christine Soma.
Ne passez surtout pas à côté de cet événement qui consiste à aller découvrir une pièce oubliée de Shakespeare jamais montée en France.
Outre cet aspect « découverte », il faut assister à cette formidable entreprise dramaturgique d’envergure.
Cédric Gourmelon nous embarque dans une épopée à la fois intime, épique et héroïque !
Édouard III - Théâtre de la Tempête
Une pièce de Shakespeare inédite, encore jamais jouée en France, c’est un véritable événement. Écrite autour de 1593, il aura fallu plusieurs ...