14 Janvier 2026
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Rien ne va plus dans la salle 34 de l’Institution Sainte-Geneviève du 6 rue d’Assas à Paris.
Les lycéens de 1ère G découvrent avec stupéfaction que l’ordinateur de leur intervenante-conférencière du jour vient de buguer gravement…
Que faire ?
Cette intervenante-conférencière, c’est Tala Haddad, une jeune et enthousiaste collaboratrice de la société française PYP, la startup Play Your Past. Et qui manie comme personne le Power Point !
Cette pépinière française de grands talents et de diverses compétences s’est donné pour but d’enseigner l’Histoire autrement, à savoir par le développement d’un jeu open-world dans lequel les joueurs-élèves se créeraient leur propre avatar, selon des critères très précis, afin de d’évoluer directement dans une période historique, comme par exemple celle que propose Tala pour la démonstration du jour, l’univers médiéval sous Charlemagne.
La jeune femme a choisi deux élèves comme « cobayes », leur a demandé de lui communiquer des informations plus ou moins personnelles, afin de créer leur avatar.
Tout peut commencer…
Seulement voilà, le progiciel bugue, l’ordinateur plante. La machine refuse d’aller plus loin…
Pour la démo, les élèves repasseront...
Que faire, donc ?
Tala a une idée. Elle va évoquer sa propre histoire, elle qui est d’origine libanaise, un pays au passé complexe et tourmenté, dans lequel la guerre a affecté durablement la population, un pays qui a donc connu une grande vague d’émigration vers des ailleurs meilleurs.
Elle va notamment exposer les deux éléments « déclencheurs » qui ont fait basculer ses certitudes à l’adolescence : la confrontation avec le Journal d’Anne Franck, et un souvenir avec son père et sa belle-mère au sujet d’une fake-news à propos de la guerre civile dans son pays.
Dans cette deuxième partie de ce « spectacle-conférence », seront donc abordés des sujets de plus en plus essentiels.
Comment faire le tri entre faits historiques ou réels et mensonges et vérités alternatives ?
Qui croire, qui détient la Vérité avec un grand V, si tant est qu’elle existe ?
Décodage s’attache à démontrer pour le jeune public combien il est important à l’heure des réseaux sociaux de s’approprier un esprit critique face à la désinformation, qu’elle soit historique ou pseudo-journalistique.
Avec leur compagnie (S) Vrai ?, Jana Klein et Stéphane Schoukroun travaillent sur des écritures à destination des adolescents, et abordant des thématiques complexes par le biais du théâtre.
Leur projet Décodage vise depuis 2022 à toucher un public jeune, qu’il soit issu de quartiers dits « sensibles », ou dans des territoires plus favorisés, comme c’était le cas aujourd’hui, dans ce 6ème arrondissement parisien.
Ici, il n’est pas question de « faire la leçon », de dire ce qu’il faut penser.
Le propos est de montrer de façon très intelligente qu’il faut exercer son esprit critique, afin de faire la part des choses.
En ce sens, nous sommes face à une volonté à la fois artistique et pédagogique.
D’ailleurs le débat qui suit les trois quarts d’heure du spectacle est tout à fait représentatif de cette volonté d’apporter ce théâtre à dimension citoyenne auprès des jeunes.
Tala, c’est Ada Harb.
La comédienne franco-libanaise interprète dans la première partie cette conférencière, avec une puissance et une justesse de jeu des plus intenses.
Tout le propos est de faire croire à la démarche du personnage qui doit « vendre » son jeu vidéo historique. Avec le texte très contemporain, très actuel de Jana Klein, écrit après des échanges avec des adolescents, grâce également à la dramaturgie très signifiante de Stéphane Schoukroun, Mademoiselle Harb campe pleinement et très finement cette jeune femme moderne et enthousiaste.
Quand vient le basculement, elle s’inspire alors de sa propre enfance à Beyrouth, et de sa découverte du Jounal d’Anne Franck.
Dans cette deuxième partie, elle véhicule alors beaucoup d’émotions, à la fois prenantes, bouleversantes et souvent poétiques. Nous sommes alors dans un théâtre d’auto-fiction très élégamment ciselé.
Ada Harb endossera après sa prestation le rôle de meneuse de débat.
Elle saura parfaitement mettre en perspective ce qu’elle a joué durant son seule-en-scène, posant les bonnes questions, suscitant des réflexions, distribuant la parole, assurant des relances très pertinentes.
On sent qu’elle maîtrise parfaitement son sujet, et s’inscrit complètement dans la volonté de transmission citoyenne des deux auteurs.
A la fin de ces deux heures passionnantes, l’un des lycéens devait avoir le dernier mot, à destination de la comédienne : « On aimerait avoir beaucoup de professeurs comme vous ! »
Pas mieux !
Alors que dans notre monde que l’on dit moderne, la désinformation et l’utilisation à outrance de la vérité alternative règnent de plus en plus en maîtresses, il est rassurant de constater que des initiatives à la fois théâtrales et citoyennes permettent à des jeunes de prendre du recul et de se questionner face à ces problématiques.
Un théâtre qui questionne très pertinemment notre société de l’information et de la désinformation et qui amène les ados à réfléchir sur leur propre positionnement.
Ce spectacle devrait être subventionné par le Ministère de l’Education Nationale.
M. Geffray, pendant que vous être encore Rue de Grenelle, je compte sur vous !
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Décodage - (S)-Vrai - Jana Klein et Stéphane Schoukroun
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