16 Janvier 2026
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Dans deux ou trois siècles, sous réserve de la survivance de l’espèce humaine, si des sociologues veulent vraiment avoir conscience de la folie, de l’absurdité et du non-sens de nos sociétés que l’on dit modernes, il suffira à ces sociologues-là de visionner une captation du dernier spectacle en date de Mathilda May.
Cut ! Coupez !
Ce verbe qui annonce la fin d’une prise au cinéma.
La fin d’une scène, que l’on doit refaire. Ou non, si elle est bonne…
Mademoiselle May nous propose de nous faire prendre conscience de cette absurdité-là, en nous tendant un impitoyable miroir.
Une vraie et fine analyse sociétale relève de ce que nous allons voir.
Durant une heure et quart, vont se succéder quelque trente scènes de différentes durées, de quelques secondes (oui oui…) à un peu plus de cinq minutes pour la plus longue.
Des scènes bien souvent hilarantes.
Des scènes qui nous montrent, nous autres, membres de cette espèce humaine-là, qui décortiquent nos comportements souvent surréalistes, quand on y regarde attentivement.
Si la dérision est omniprésente, c’est bien qu’au font tous ces gens finement croqués se complaisent dans le fait d’être dérisoire, délibérément ou non, consciemment ou pas...
Ce serait comme un kaléidoscope d’êtres humains contemporains, qui se débattent dans une société de codes, de faux-semblants et d’hypocrisies généralisées.
Comme ces videos dérisoires que l’on scrolle sur un téléphone portable.
Avec un potentiomètre poussé en permanence à son maximum, pour tirer le maximum d’une exagération maîtrisée.
Au fond, le propos m’a fait penser, toutes proportions gardées à l’épatante série BD d’Emmanuel Reuzé, parue aux éditions Fluide Glacial.
Une page max, la normalité, et puis un dérapage incontrôlé...
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Ici, sur le plateau de la salle Boris-Vian, au sein même de la grade Halle de la Villette, j’ai retrouvé en quelque sorte ce mécanisme dramaturgique.
Dans une dérision de tous les instants, dans un propos à dessein caricatural, exacerbé, paroxystique, des situations de la vie courante très souvent graves sont exposées.
La preuve, on peut parfois rire jaune de telle ou telle saynette. Le reflet renvoyé peut-être un peu « dur » à encaisser, un peu cruel, comme m’a confié cette dame à la fin du spectacle, confrontée à une situation qu’elle a vécue il y a peu, et qu’elle a retrouvée sur la scène.
C’est le propre de certaines caricatures réussies qui peuvent nous atteindre plus ou moins.
Au fond, certains moments su spectacle relèvent d’une actualité dramatique, de fonctionnements déplorables de nos institutions ou de comportements tout à fait délétères.
Au début, tout va bien, la norme est tout à fait acceptable, pour dériver très vite dans une exagération paroxystique tout à fait jubilatoire.
Des moments de vie d’un burlesque et d’une loufoquerie totales nous attendent, sur un plateau de jeu réduit à sa plus simple expression.
Un carré de moquette, délimité par une bande blanche.
Le seul décor consistera en quelques cubes servant de sièges ou autres éléments que je me garderai bien de révéler.
Trois comédiennes et trois comédiens, en uniforme noir, dans une cage de scène de la même couleur, seront chargés d’incarner cette multitude de personnages plus ou moins ballotés par les événements.
J’ai beaucoup ri !
Leur jeu volontairement exacerbé, déjanté, halluciné confine parfois volontairement au surjeu, comme pour mieux appréhender la caricature. Nous sommes en permanence dans le domaine de la farce.
L’important n’est pas tant le texte, mais bien le corps des personnages.
Le corps comme vecteur principal de la charge, comme dans ces cartoons de Chuck Jones, où chaque situation corporelle est poussée à l’outrance.
Des chorégraphies, des mimes, des petits ballets, des gestuelles propres à telle ou telle catégorie professionnelle, tout ceci fonctionne à la perfection.
Le son aura également une importance capitale.
Les ambiances sonores permettent de se substituer bien souvent au décor. Quoi de mieux qu'une sonnerie de cors et de trompes pour figurer une battue de chasseurs dans les bois…
Ces ambiances perdurent très souvent entre deux scènes, assurant une transition très judicieuse, alors que le noir est total, exceptés les petits points luminescents des repères au sol et sur les caisses évoquées un peu plus haut.
Comme j’aimerais vous lister chaque scène, comme j’aimerais vous décrire par le menu ces moments loufoques et absurdes par le menu.
Bien entendu, je m’en garderai bien pour vous laisser la totale surprise, comme celle qui fut la mienne.
Venez vous aussi assister à cet étonnant miroir que nous tend Mathilda May.
J’ai beaucoup ri, tout en étant confronté à notre humanité, dans ce qu’elle a finalement de plus fragile, de plus dérisoire et de plus complexe.
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Mathilda May | La Villette 25/26
Le sixième spectacle de Mathilda May est un kaléidoscope d'histoires mêlant rire et émotion, révélant la richesse de l'humanité en mouvement.
https://www.lavillette.com/manifestations/mathilda-may-des-histoires-des-vies-25-26/