13 Janvier 2026
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Jeu, set et match !
(6-4, 6-3, 6-3)
Et voilà, c’est plié ! Rangez les raquettes !
En cette année 1973, rien ne va plus au Bureau 13, cette mystérieuse agence américaine des plus secrètes chargée de surveiller toutes actions féministes susceptibles de provoquer une guerre des sexes.
Les agents Smith et Hoppman, armés de technologies redoutables (pour l’époque…) sont sur les dents.
Lunettes à la Men in black protégeant leurs yeux, ils surveillent l’indicateur ultime, le thermomètre définitif de la température de cette vague actuelle de déferlement de contestation.
Il faut dire qu’un événement d’ampleur va mettre leur mission à rude épreuve : Billie Jean King, 29 ans, numéro 1 mondiale du tennis féminin a finalement accepté le défi de Bobby Riggs, de vingt-cinq ans son aîné.
Le match aura bien entre la sportive et militante acharnée de la cause des droits et de l’émancipation de ses contemporaines et l’ex-vainqueur de Wimbledon, machiste, provocateur impénitent et détestable être humain.
Le résultat du match : vous l’avez déjà lu. Trois sets d’anthologie en faveur de Miss King !
C’est cette histoire que nous raconte et nous montre de la plus belle manière qui soit Léa Girardet.
Mademoiselle Girardet aime le sport, qu’elle tient à juste titre pour révélateur des grandes tendances sociétales contemporaines.
Les lecteurs de ce site dotés d’une mémoire infaillible se souviennent de Libre arbitre, son précédent et remarquable spectacle, deuxième volet d’une trilogie, qu’elle avait co-écrit avec Julie Bertin. C’était ici.
Ici, elle est seule aux commandes pour nous rappeler le combat de cette joueuse de tennis, qui fut l’une des premières sportives à revendiquer le droit non seulement de toucher les mêmes primes que ses collègues mâles, [NDLR : oui, je sais, il y a encore du boulot… Mais bon, il fallait bien commencer ce combat-là…] et surtout de faire en sorte que les championnes soient considérées autrement que des curiosités ou des faire-valoirs.
Ou comment rappeler l’importance de la lutte et de l’acharnement de Billie Jean King, et surtout de montrer comment la tenniswoman avait bouleversé non seulement le sport féminin, mais la société américaine dans son entièreté.
Durant une heure et quart, en faisant du passé un récit présent, je la cite, la dramaturge va nous proposer un spectacle maîtrisé de bout en bout, aux parti-pris des plus judicieux les uns que les autres.
Pour ce faire, elle n’a pas hésité à entreprendre une importante recherche documentaire sur place, au cours d’une résidence artistique à New-York, afin de coller au plus près de la réalité du versant sportif de la pièce.
Mais il y a un autre aspect du spectacle, tout aussi intéressant.
Il n’était pas question de faire de ce spectacle une sorte de biographie de la célèbre sportive.
Ce serait beaucoup plus !
Grâce à une écriture plateau très intelligente et très souvent drôlissime, nous avons accès à ce fameux Bureau 13, évoqué un peu plus haut.
En développant des scènes aux références culturelles très marquées comme les films d’espionnage ou de science-fiction, Léa Girardet nous fait parfaitement prendre conscience du détestable climat macho de ces années 70’.
Nous sommes en plein dans une vision déplorable de la condition féminine, celle dont ne veut plus justement l’héroïne de la pièce.
Le procédé est très malin, et fonctionne à la perfection.
Autre procédé dramaturgique épatant : l’utilisation du téléphone. Durant le spectacle, de nombreux coups de fil entre différents protagonistes permettront de faire avancer l’action, ainsi que de mettre en place de judicieuses ellipses.
C’est ainsi que le tout premier appel d’un personnage illustre à Billie Jean King permet en une minture trente de décrire parfaitement cette société où les femmes sont tellement dévalorisées et pour ainsi dire méprisées.
La forme oscille donc très finement entre l’aspect documentaire et un traitement relevant d’une farce
Flore Babled (Souvenez-vous de On ne paie pas ! On ne paie pas ) et Julien Storini (que j'avais découvert dans l'Avare mis en scène par Ludovic Lagarde) vont incarner une foultitude de personnages, en commençant par les deux protagonistes principaux de ce match d’anthologie et les deux agents secrets.
Les deux ne vont pas nous laisser souffler. Quelle énergie, quelle puissance de jeu ! On ne peut qu’être captivé par ce qu’ils nous disent et nous montrent, incarnant parfaitement deux visions d’une société en pleine mutation.
Quelle force comique, également !
J’en veux pour preuve cette magnifique scène de comédie, à savoir cette espèce de late-show déjanté où un animateur plus yankee tu meurs interroge de manière assez surréaliste la championne américaine.
C’est purement et simplement hilarant.
Tout comme cette scène aux costumes inoubliables !...
Je vous conseille vivement ce spectacle qui fait se rejoindre une dimension sportive pas si fréquente que cela sur un plateau de théâtre, et une autre plus politique au sens noble du terme, plus militante.
C’est intelligent, c’est malin, c’est drôle et spirituel, c’est vraiment très réussi !
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Balle de match - Théâtre de Belleville
1970. Washington. Un bureau de surveillance secret est chargé de répertorier toutes les actions féministes susceptibles de provoquer une guerre des sexes. Au même moment, Bobby Riggs, tenni...