10 Décembre 2025
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Sapocaya. L’arbre.
Celui dont les populations tropicales tirent le liber pour la corderie, le bois, ainsi que les amandes pour l’huile. L’arbre que l’on doit préserver à tout prix !
Un arbre multiple, foisonnant, puissant et délicat à la fois.
Exactement comme cet épatant collectif de tout jeunes musiciennes et musiciens, qui a enflammé le New Morning hier, avec une fusion afro-franco-brésilienne au groove puissant, aux rythmes profonds, aux mesures asymétriques du meilleur aloi et aux arrangements très inspirés.
Hier, il était question de présenter leur déjà deuxième et passionnant album, intitulé Elémentos.
Sapocaya est né en 2023, sous l’impulsion du trompettiste Jamayê Viveiros et du percussionniste Tristan Boulanger.
Comme bien des groupes jazz de la scène anglaise, ce qui n’est pas si courant par chez nous, le groupe va puiser une bonne part de son inspiration dans ses racines, dans la mémoire de son peuple, dans la culture d’origine, à savoir celle du Brésil.
Ce qui prime avant tout, c’est de restituer leur propre appropriation des rythmes brésiliens, tels que la samba, la bossa nova ou encore louchant avec les instruments électrifiés du côté du Jovem Guarda.
Le début du concert annonce la couleur, avec les membres du groupes constitués en batucada tonitruante, équipés des repiques, caixas, surdos et autre tamborims.
Cette entrée fracassante galvanise les spectateurs (le New Morning affichait complet ! ), et permet une entrée en matière des plus pertinentes.
Les dix membres attitrés de Sapocaya montent sur scène, accompagnés d’Ananda Brandao, la formidable batteuse dont je vous avais narré les exploits lors du concert de la pianiste Clélya Abraham en juin dernier. C’était ici...
Le tout premier titre nous démontre de manière sidérante et définitive le talent, la joie de jouer et d’être sur une scène, l’énergie, la capacité à délivrer une rythmique de braise de ces jeunes filles et jeunes gens.
Pour groover, ça groove. Ca pulse, ça bouge, ça vibre, il est impossible pour chaque spectateur de ne pas avoir envie de remuer, de danser.
Ici, le Brésil côtoie le funk, la fusion, la pop, dans un mélange tout à fait décomplexé.
Pour autant, et ce, dès ces premiers morceaux, se font immédiatement remarquer la grande qualité des compositions de Tristan Boulanger.
Les thèmes simples mais très inspirés, que l’on se surprend à siffloter (ce sont les plus réussis, en matière de thèmes…), mais aussi la capacité à improviser sur ces grilles brésiliennes, nous ravissent.
Et nous de nous régaler, grâce notamment à Charlotte Isenmann aux flûtes, à Léo Morini et Zephania Lascony aux saxs alto, ténor et soprano, Jamayê Viveiros à la trompette, César Aouillé à la guitare, Arlet Feuillard aux percussions, Maxime Chevalier au trombone, ou encore Simon Voituriez à la basse.
Derrière la première ligne, les membres de la rythmique se déchaînent, avec des pulses de feu, avec quantité d’instruments d’Amérique du Sud.
A la batterie, Taylor Philemon se déchaîne. Ses interventions parlées sont très drôles ! (Et un grand merci pour l’hommage à Hermeto Pascoal !)
Chacun des solos est très inspiré. Personne ne cherche à tirer la couverture à soi. On sent en permanence cette idée d’appartenir à un collectif, à un groupe de jazz complètement soudé.
Les arrangements, que l’on doit toujours à Tristan Boulanger sont somptueux, je l’écrivais un peu plus haut.
Il est évident que le musicien a dû étudier les grands maîtres en la matière, à savoir Quincy jones, ou encore Antonio Carlos Jobim.
Il parvient, grâce à son art en la matière à créer une très belle pâte sonore.
De très jolis contrepoints, des harmonies délicates et toujours passionnantes se superposent aux thèmes. La cohésion harmonique se manifeste en permanence, invitant toujours ce délicieux sentiment de « tristeza » brésilienne.
Parfois, une mesure asymétrique vient nous surprendre. C’est ainsi qu’un morceau en 6/4 nous chatouille les oreilles et le corps entier, avec un joli et très remarqué débouché sur un 4/4 plus traditionnel.
Tout ceci est très subtil.
Comme cette valse toujours d'inspiration brésilienne et sa mesure à 3 trois temps, avec un doublement subit du rythme après un break jubilatoire.
Ce collectif me fait penser au célèbre groupe Snarky Puppy, que j’ai rencontré de nombreuses fois sur scène, avec cette joie de jouer, et cette musique lumineuse et inspirée.
Tout comme les New-yorkais de Brooklyn, Sapocaya n’hésite pas à inviter des copains et des copines sur scène, avec notamment un chanteuse très inspirée, et un très talentueux quatuor à cordes.
Tristan Boulanger a fait encore des merveilles avec les arrangements.
On sort de ce concert conscient d’avoir assisté à un moment musical important.
Ils sont finalement assez rares en France les jeunes groupes à proposer un jazz à la fois novateur et empreint de racines culturelles autres que les notes bleues et outre-atlantiques pures.
Le mélange culturel est un vecteur phare de la musique de Sapocaya.
Ne manquez pas d’aller les applaudir, dès que vous pourrez, et d’écouter leurs deux premiers albums.
Je prédis à ces jeunes gens un très bel avenir proche !