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L'hiver sera chaud

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Dans les t-shirts, dans les maillots ?
C’est là que l’hiver sera chaud ?

Là et tout autour de nous !
La raison principale : le dérèglement climatique et le sentiment que nos gouvernants, les politiques, les industriels et les magnats de ce monde s'en contrefichent.
Et ce, au motif à leurs yeux imparable : l’argent doit primer sur le climat.

A la Manufacture des Abbesses, le collectif Ensemble Tout Contre nous propose un spectacle protéiforme, à la fois réjouissant, intelligent, drôle et pédagogique.
Un spectacle que l’on pourrait sous-titrer «L’écologie politique pour les nuls ».

Ensemble Tout Contre est donc un collectif qui regroupe à ce jour vingt et un artistes, musiciens musiciennes, auteurs autrices, chanteurs chanteuses, comédiens comédiennes, danseurs danseuses ou encore marionnettistes, œuvrant pratiquement tous également au sein d’autres groupes comme Tryo, Les Ogres de Barback, Les têtes de piaf, Les Blérots de R.A.V.E.L., ou bien encore menant leur propre carrière solo comme Lily Luca.

 

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Tous ne sont pas présents sur le plateau.
Chaque soir, ce sont sept artistes, soit un tiers du groupe, qui nous délivrent un message engagé 
assez radical, certes, mais ô combien pertinent et finalement frappé au coin du bon sens.

Ici, il est question de pourfendre par le biais d’un spectacle militant au bon sens du terme ceux qui n’ont pas intérêt à faire en sorte d’inverser ce déclin climatique qui semble pour l’heure irrémédiable.
Et ce, soit pour des motifs purement capitalistes, soit pour des raisons électorales, l’écologie au sens noble du terme ne se déroulant pas au même rythme que le temps politique.

Que l’on ne s’y trompe pas, le propos est argumenté : durant tout le spectacle, des références chiffrées, quantifiées, des faits inattaquables seront énoncés, par le biais de lecture d’extraits d’ouvrages scientifiques ou sociologiques. (Nous retrouvons ainsi Monique Pinçon-Charlot, Greta Thunberg, Pablo Servigne, le GIEC, ou encore André Abreu de Almeida.)

Le fond de ce spectacle ne serait pas grand chose sans une forme à la fois réjouissante et très maligne.
Le message va passer avant tout grâce à une hybridation des disciplines artistiques : chant, monophonique ou polyphonique, musique, comédie, cabaret, stand-up parfois, adresses hilarantes au public, « conférence gesticulée », quizz, j’en passe et non des moindres.
Durant une heure et trente minutes, les sept vont nous embarquer dans un tourbillon dramaturgique du meilleur aloi, afin de faire passer le message de la plus belle des manières .

Quelle énergie, quelle force comique émane de la petite troupe !
La cohésion est totale, l’envie, le bonheur de jouer sont en permanence palpable.
C’est un vrai plaisir (de plus en plus rare) que d’assister à un spectacle de troupe.

Dans les couleurs chaudes de leurs costumes, sous un plein-feu permanent, salle allumée, avec leur côté rentre-dedans un peu provocateur, sans oublier cet engagement et cette joie de jouer de tous les instants, ils m’ont fait penser au Big Bazar, que l'on peut voir dans les rétrospectives consacrées à Michel Fugain.
Ici, ce serait un « Big Bazar politique » au sens premier du terme, un Big Bazar engagé !

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

La musique tient donc un rôle prépondérant.
Tout est articulé autour d’une rythmique assurée à la contrebasse. La « grand-mère » pose des pulsations et des rythmes réjouissants qu’accompagnent parfois différentes guitares, dont une plutôt « étrange »…

Tous les sept chantent, souvent à plusieurs voix. Les polyphonies sont remarquables et parfois assez complexes. On est souvent bien au-delà de la simple tierce majeure...

Les textes sont spirituels, drôles, et engagés. Nous rions énormément, mais un frisson nous parcourt le dos en entendant les dégâts que certains infligent à notre planète.

Des personnages truculents viennent émailler le propos, comme cet ultra-capitaliste on ne peut plus cynique, (pléonasme, me direz-vous à juste titre…) ou encore cette haute-fonctionnaire d’un ministère de l’écologie qui n’a d’écologique que son intitulé…

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Une séquence très visuelle nous montrera la différence en matière de subventions étatiques, différence entre les millions que l’on peut injecter dans l’écologie et les milliards consacrés aux routes et aux énergies fossiles.
La démonstration est à la fois très pertinente et inattaquable. Et non, vous n’en saurez pas plus !

Le public est largement sollicité.
Au premier rang, Lana se souviendra longtemps de ce spectacle, et nous, nous participerons à des quizz, nous serons chargés de départager deux conceptions de combat écologique, j’en passe et non des moindres.

En une heure et demie, le collectif fait plus pour la cause écologique que trois jours de colloque ou trois heures de conférence.
Le fond et la forme de ce spectacle se rejoignent en terme de totale réussite.
C’est malin, c’est intelligent, c’est drôle, c’est pédagogique, vous dis-je !
C’est brillant !

© Photo Y.P.

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