24 Novembre 2025
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De toutes les manières,
C’est le Walt que j’préfère !
C’est le Walt !
Nous sommes le 30 octobre 1933.
Bienvenue dans ce petit bureau, où trône un meuble éponyme, à l’initiale triomphante : W !
Le W de Walter Elias Disney.
Celui-là même qui donnera naissance, même s’il ne le sait évidemment pas encore, à un gigantesque empire économique.
Mais nous sommes encore loin des parcs à attractions du même nom…
Pour l’heure, Walt et son frère Roy se livrent à une de ces incessantes prises de bec, relatives à l’orientation artistique du de la société Walt Disney Company, fondée en 1923.
Roy voudrait à tout prix continuer à produire des cartoons mettant en scène le héros qui a fait la renommée du studio : Mickey Mouse.
Seulement voilà, Walt, lui, ne rêve qu’à son grand œuvre : réaliser le tout premier long métrage animé.
Un travail qui semble colossal, une œuvre artistique jamais réalisée, un immense défi.
Le chef d’œuvre fondateur ! Le rêve d’une vie !
Blanche neige.
Parce qu’il faut bien un conte pour fédérer petits et grands, parce que l’œuvre des frères Grimm est génératrice de tellement d’entrées artistiques et psychologiques !
Fanny Dupin et Damien Maric ont écrit ce spectacle des plus réussis dans lequel nous allons assister à la passion créatrice pour laquelle un homme est prêt à tout sacrifier, ou à peu près tout, pour assouvir sa soif artistique, conscient et convaincu qu’il est de sa future réussite.
(Je rappelle au passage que Fanny Dupin nous a récemment proposé une adaptation très réussie du classique de la littérature enfantine Zélie la pirate.)
Avec ce Walt Disney-là, les deux auteurs vont nous faire vivre de façon passionnante quatre années infernales, des années de création, certes, mais aussi et surtout de doutes, de découragements, d’ennuis financiers et familiaux, ou encore d’introspections plus ou moins douloureuses.
Que savons nous au juste de Walt Disney ?
Moi, en tout cas, peu de choses. Avec cette presque heure et quart, j’ai pu mesurer à quel point cet homme, ce directeur artistique, exigeant, pointilleux, acharné, tellement exigeant vis à vis de son armée de dessinateurs, était doté d’un imaginaire poétique important.
Au fond, nous réalisons grâce à cette entreprise dramaturgique comment ces deux aspects du personnage ont pu cohabiter pour accoucher du chef-d’œuvre que l’on sait.
Victoire Berger-Perrin a été chargée de mettre en scène le spectacle.
Et ce sont bien les deux aspects sus-évoquées qu’elle a parfaitement réussi à mettre en exergue, grâce à des parti-pris plus judicieux les uns que les autres.
Deux mondes donc…
Le réel, devant nous, avec Walt et son petit bureau-lit-gigogne, ou qui se regarde dans son miroir.
L’imaginaire, le rêve, tout autour de nous, avec des projections vidéo, des ombres chinoises sur un rideau de fils dorés.
Ces deux mondes cohabitent durant tout le spectacle de manière très subtile.
Et puis le compteur du budget qui s’alourdit de mois en mois et qui tourne inexorablement !
Le monde de l’enfance également.
La revanche qu’il faut prendre à tout prix, cette envie de réussir pour prouver que l’on est capable du meilleur, montrer qu’on n’est pas un bon à rien.
Oublier la cave familiale, lieux d’humiliation et de subissement du martinet paternel !…
Walt Disney, c’est Clément Vieu, qui s’est fait la tête du personnage, avec les cheveux gominés et la fine moustache qui va bien.
Durant ces soixante-quinze minutes, le comédien va nous passionner à interpréter cet homme à la fois si simple et si complexe.
C’est bien simple, j’ai été accroché du début à la fin du spectacle, grâce à l’engagement, la palette et la subtilité du jeu de Clément Vieu !
De grands moments nous attendent.
C’est le cas notamment pour scène de comédie hilarante, dans laquel le personnage mime tout le film à son banquier. Nous sommes dans le burlesque le plus abouti, générant bien des rires.
Autre scène épatante, cette adresse au public, dans laquelle il faut choisir le nom et le caractère des sept nains. Le comédien, très à l’aise, peut improviser, et retombe sur ses pattes, quel que soit les réponses qui fusent !
Tout ceci est très malin.
Clément Vieu nous émeut également. En incarnant un homme qui doute, qui se met dans une certaine forme de danger moral, qui se livre à une sorte d’introspection psychologique, le comédien nous bouleverse à plusieurs reprises.
Il nous à plusieurs reprises d’humanité, et nous l’interprète parfaitement, cette humanité-là, tout en incarnant une sorte de tyran.
C’est une petite leçon d’interprétation à laquelle il nous est donné d’assister !
Et puis, les chorégraphies du grand Jean-Claude Gallotta permettent de très belles ellipses oniriques.
Il faut aller voir ce spectacle maîtrisé de bout en bout, qui nous propose une plongée vertigineuse dans un processus de création à nul autre pareil.
On ressort du Paradis, la petite salle tout en haut du Lucernaire, en ayant le sentiment d’avoir vécu un passionnant moment de théâtre.
Mais au fait, vous croquerez bien dans cette pomme ?