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Vers les métamorphoses

© Photo (retouchée pour ne pas déflorer le final du spectacle) Y.P.

© Photo (retouchée pour ne pas déflorer le final du spectacle) Y.P.

On dirait qu’on serait un géant. Ou un tout petit bonhomme.
On dirait qu’on ferait ci, on dirait qu’on serait ça…

Les mots magiques du monde de l’enfance.
Ce monde où l’on peut tout devenir, où l’on peut se transformer en n’importe quelle créature.

Etienne Saglio, lui, le connaît bien, ce monde de l’enfance, puisqu’il semble pas en être sorti.
Lui, il se transforme. Lui, il se métamorphose. Lui, il est capable de faire tout ça !
Pour nos plus grands plaisir et bonheur !

Dans sa nouvelle création, Le comédien-circassien-acrobate-illusionniste-dresseur va une nouvelle fois nous plonger dans un monde onirique, fantasmagorique, un monde où nous allons être confrontés à des images, virtuelles ou non, des réalités que nous ne comprendrons pas forcément, et c’est tant mieux.

Etienne Saglio continue donc son travail artistique basé sur le phénomène de la métamorphose.
Se projeter dans l’Autre, aller vers cet Autre qu’on a créé de toutes pièces ou encore devenir cet Autre.

 

L’artiste-apôtre de ce qu’il est convenu d’appeler La Magie Nouvelle, explore donc ce concept de l’altérité multiple.

Tout commence sans savoir comment.

La prise de tête ne sera pas abordée qu’au sens figuré puisque l’un des principaux personnages naît de façon tout à fait étrange et jubilatoire.

 

Et nous de suivre les péripéties de cet homme-oiseau, aux ailes immaculées, aux prises avec des éléments pas toujours favorables. (Et ce, à petite ou grande échelle…).

 

Durant pratiquement une heure, nous allons recevoir en pleine figure des images et des mondes fantastiques au sein desquels nous les rencontrerons, ces autres-là.

Devant nos yeux écarquillés et incrédules, un géant dégingandé, une créature minuscule, des masques colorés prennent vie, sans que nous sachions véritablement comment.

 

Mais faut-il savoir la vérité quant à ces animations magiques tellement réussies, ou faut-il se laisser porter par l’onirisme du propos en se laissant prendre par la main par ces êtres en mouvement ?

Voilà bien là tout le paradoxe artistique de ce mécanisme de Magie Nouvelle.

Etienne Saglio, ainsi que Valentine Losseau et Raphaël Navarro, bien connus des lecteurs de ce site, et qui assurent la dramaturgie de ce spectacle, nous emmènent sans aucun mal dans ces contrées où tout peut arriver.

Plusieurs actes se succèdent tout au long de cette heure spectaculaire.

La lumière, tout comme les mécanismes propres à la réalisation des illusions, aura un rôle prépondérant.

Nous sommes en permanence dans des mondes de clair-osbcur, propices à l’imagination, à la rêverie, au partage des émotions et des sensations.

Outre le fait qu’il ne faut pas que nous puissions en savoir trop, on nous baigne dans un univers volontairement mystérieux de par cette obscure clarté-là.

 

Il en est une, de ces séquences, particulièrement remarquable.

Sans que nous y soyons préparés, sans que nous nous y attendions, nous nous retrouvons subitement dans un lieu étrange. Une sorte de grotte avec des stalactites végétales mouvantes, ainsi qu’un feu.

 

Au fond, voici recréé le mythe platonicien de la caverne.

Qui sont ces ombres qui s’animent, qui sont ces corps qui virevoltent sur les parois de cette grotte ?

Lui, nous, les autres ? Chacun se forgera on propre avis.

 

Autre thème fort, celui du monde qui tournoie.

La dramaturgie du spectacle repose également sur de multiples moments où l’on voit tourner de plus en plus vite personnages ou accessoires.

On peut penser à des évocations de transes, un peu comme ces derviches-tourneurs qui inlassablement pivotent sur eux même en cherchant à atteindre une forme d’extase.

Là encore, le propos est très cohérent.

 

Le silence impressionnant dans la mise en mouvement des comédiens ou des avatars de différentes tailles, que ce soit leurs pas, leurs sauts, leurs bras qui s’agitent, renforce considérablement cette apesanteur magique qui règne sur le plateau.

 

La musique de Madeleine Cazenave et Thomas Watteau, a pourtant la part belle mais ne vient aucunement troubler le relief de ces silences.

 

Un comédien à quatre pattes viendra faire sourire à deux reprises petits et grands.

Le chien Messi participera lui aussi au processus de métamorphose avec malice et engagement.


Nous subodorons bien que des techniques sophistiquées, mécaniques, numériques, informatiques, sont également mises en œuvre pour que ce spectacle puisse prendre forme.

Mais une nouvelle fois, pourquoi vouloir savoir ?

 

Deux dernières surprises, de taille, viendront mettre un terme à la rêverie dans laquelle le public du Théâtre du Rond-Point était profondément plongé.

 

On sort de ce spectacle poétique, onirique et magique en ayant l’impression d’avoir vécu pendant un petit bout de temps dans un monde parallèle, un univers annexe où, nous aussi aurions pu nous métamorphoser.

Ne manquez pas ces soixante minutes de temps suspendu. Elles sont rares, ces minutes-là.

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