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[Reprise] Les raisins de la colère

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Reprise au Lucernaire d'un des grands succès de la saison passée ! 
Ne passez pas à côté de cette magnifique adaptation par Xavier Simonin du chef-d'œuvre de Steinbeck.
Voici ce que j'écrivais en octobre 2024.

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Bienvenue en Oklahoma !

Bienvenue ? Vraiment ?
En ces temps épouvantables de la Grande dépression, dans les années 1930 ?
Pas certain que le bonheur et la joie de vivre soient au rendez-vous...
Et surtout pas pour tous ces petits fermiers qui vont choisir d’émigrer vers une terre qu’ils pensent promise, la Californie…

Xavier Simonin a réussi le tour de force d’adapter et de monter sur les planches le chef-d’œuvre de John Steinbeck, publié en 1939.
Dans ce road-movie, nous allons suivre les mésaventures de la famille Joad le long de la mythique route 66, confrontée à l’obligation de tout quitter pour aller chercher un ailleurs soi-disant meilleur.

Ayant lu cet ouvrage voici déjà un petit moment, j’ai été frappé de retrouver dans le propos de l’auteur des problématiques ô combien actuelles : la migration, le racisme, la haine de l’Etranger, les aléas climatiques, la prise (ou non-prise) en compte écologique, les bouleversements industriels et agricoles, la mécanisation à outrance générant du chômage, sans oublier les ravages d’un ultra-capitalisme forcené.

Et puis, comment, à quelques jours d’une élection très indécise chez l'Oncle Sam, comment ne pas établir un parallèle frappant entre deux Amériques qui se cherchent, à un siècle de distance.
Deux versants d'un pays aux fractures sociales et sociétales si importantes…

Xavier Simonin nous propose donc ce voyage géographique et temporel, durant un peu plus d’une heure et demie d’un puissant et profond spectacle, maîtrisé de bout en bout.

Le comédien va interpréter tous les principaux personnages de l’œuvre. Et on en compte un certain nombre, pour ne pas dire un nombre certain !

Le héros, Tom Joad, bien entendu, qui est également le narrateur.
Mais il sera également Ma et Pa Joad, Grand-ma, Grand-pa, les enfants Ruthie et Winfield, Oncle John, Le fils handicapé Noah Joad, ainsi que le pasteur Jim Casy, Connie Rivers, mari de Rose Sharon, mais aussi une foultitude de personnages secondaires, comme un shériff raciste, des grands propriétaires californiens et bien d’autres encore…

Xavier Simonin va se montrer véritablement fascinant à interpréter tous ces personnages.
Quel conteur, quel diseur ! D’une voix un peu éraillée, par moment amplifiée, il devient véritablement ces pauvres métayers ou ces gens racistes pétris de haine de l’Etranger.

Quelle force de jeu !
Le comédien ne ménage ni son énergie ni son engagement. La majeure partie du spectacle, c’est lui qui parle, qui déroule le texte adapté du livre, avec d’innombrables longues tirades et descriptions toutes plus passionnantes les unes que les autres.
Nous prenons vraiment fait et cause pour ces pauvres migrants confrontés à toutes sortes d’adversités, géographiques ou humaines.

Quelle puissance d’évocation également !
Devant nous, nous avons vraiment cette ferme misérable, ce dust-bowl (la terrible tempête de sable), les vieux camions Dodge et Hudson, l’ouragan qui ravage tout, la chaleur, la poussière, puis les gigantesques vergers et vignobles californiens.

Ce que le comédien nous montre, ce qu’il nous fait voir, alors que le plateau est seulement recouvert de caisses et de paille, en terme de décor, ceci prend bel et bien vie et forme devant nous !
Tout ceci force le respect !

Une autre dimension dramaturgique va participer à la pleine réussite de ce spectacle.
Xavier Simonin n’est pas seul sur le plateau : une musicienne et deux musiciens sont à ses côtés.
Là encore, nous allons voyager dans le temps : les trois vont interpréter des morceaux de rockabilly, de blues, de blue-grass. Les chansons et les musiques originales ont été écrites par Claire Nivard et Glenn Arzel.
C’est le célèbre harmoniciste Jean-Jacques Milteau qui a écrit les arrangements des titres et des extraits que nous allons entendre, et surtout écouter. Il est aussi directeur musical du spectacle.

A la contrebasse aux cordes de boyau, (qui parfois tourne sur elle-même, c’est la loi du genre…) Stephen Harrison assure une rythmique puissante, dense ou bien sautillante, donnant envie de bouger. Il nous réjouira également à la guimbarde, à l’harmonica et au violon.

A la guitare acoustique et au chant, Roxane Arnal est la « lead-vocalist ». D’une voix claire et douce, elle chante ces morceaux qui disent la misère, mais aussi l’espoir. Nous sommes en permanence sous le charme.

Et puis Manu Bertrand joue quant à lui de la mandoline, du banjo, de la steel guitare aux glissandi caractéristiques grâce à l’utilisation du bottleneck, ou la guitare métallique à résonateur (le dobro) si couleur locale.

Parfois le trio de musiciens chante, avec des mélodies en close-harmony réjouissantes.
Nous sommes vraiment dans les années musicales américaines 1930/40.

Il est à noter qu’à la fin du spectacle, nous retrouverons les trois jouant encore leur musique entrainante dans le foyer du théâtre.

Je vous conseille vivement de diriger vos pas vers l’Ouest des Etats-Unis, avec cette étape obligée au Théâtre actuel La Bruyère.
Un spectacle musical passionnant, intense et vibrant, rendant un véritable hommage à Steinbeck vous y attend.
Une magnifique réussite dramaturgique ! Un formidable moment de théâtre !

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