Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Fais la chose juste

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Bien sûr qu’il était blême leur HLM…
Mais ils l’aimaient quand même !

Ils, ce sont ces jeunes habitants de la Cité du Soleil, qui apprennent que pour cause de gentrification et de boboïsation avancées, ils vont voir leurs logements passés au bélier et au mouton des grues et autres impitoyables pelleteuses.

Les occupants des lieux sont donc priés d’évacuer à plus ou moins brève échéance les lieux, afin qu’un centre commercial dernier cri puisse s’installer.
La consommation, oui, la déshumanisation, aussi.

Alors comme dans une certaine et célèbre bande dessinée, un petit noyau d’irréductibles va tenter de s’opposer à l’envahisseur.
Le bastion de la contestation prendra place dans le bar de Carlotte, celle-là même qui concocte des cocktails de jus de fruits on ne peut plus survitaminés.

Bon, je ne dis pas que tout ceci va aller de soi.

Il va falloir prendre sur soi, faire fi des individualités et des individualismes, trouver des terrains d’entente, faire des concessions, pour « combattre » sous la même bannière !

Ce combat sera certes déterminé, mais avant tout pacifique. C’est par le biais de la danse et de la chorégraphie que les armes seront fourbies !

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Clémentine Billy, qui revendique pour inspiration le film de Spike Lee Do the right Thing, a écrit et mis en scène une jolie fable contemporaine, une sorte de fresque à la fois sociétale et quasi sociologique qui évoque un thème rarement abordé sur les planches, à savoir les ravages causés par la gentrification galopante au sein d’une population fortement implantée dans des lieux certes pas les plus reluisants de la planète.

Ces lieux-là, ces barres bétonnées, lorsque vous y êtes né, lorsque vous y vivez, en dépit des difficultés qu’elles peuvent engendrer, ces barres-là, vous y tenez et vous les aimez.
C’est votre culture, c’est votre vie de tous les jours.
J’ai personnellement assisté à des scènes déchirantes dans une cité seine-et-marnaise : des anciens élèves pleuraient à chaudes larmes lors de la démolition de leur école désormais vétuste.

De plus, des solidarités urbaines, des amitiés plus ou moins improbables, des amours plus ou moins contrariées se tissent entre les habitants.
Dans ces endroits qu’on voudrait trop souvent faire passer pour des lieux sauvages et inhumains, se nouent des liens indéfectibles, au-delà de ce que les pouvoirs publics peuvent imaginer.

C’est de tout ceci dont elle nous parle, Mademoiselle Billy.
Avec un propos dramaturgique qui associe un vrai fond à un propos formel des plus intéressants.

Ici, à une problématique générale, se superposent des histoires intimes et personnelles, de ces histoires qui dressent le portrait de personnalités attachantes.

 

Certes, le personnage principal de cette histoire, c’est bien entendu la ville, le quartier.
Mais au sein de cette cité, se débattent comme ils peuvent des jeunes gens pour qui nous allons ressentir beaucoup d’empathie.
Au fond, nous aussi allons lutter avec eux, tâchant de les comprendre, de les soutenir dans leur combat.

Une petite troupe de six comédiens, tous irréprochables, nous embarquent avec eux dans ce quartier défavorisé.
Loin de véhiculer des clichés plus ou moins éculés, tous nous rendent très attachants leur personnage.
Que ce soit la patronne du troquet, la nouvelle coiffeuse, les deux jeunes garçons plus ou moins désœuvrés, ou encore cette jeune femme chargée d’une chronique littéraire à la radio locale.

Tout ce qu’ils nous disent et montrent sonne juste.
Ici, la langue est certes contemporaine, mais elle est souvent poétique également.
Une poésie toute vibrante, ancrée dans ces paysages urbains.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Une héroïne est particulièrement intéressante en la personne de cette jeune femme étrange, qui semble immatérielle, telle une narratrice mystérieuse et éthérée, coryphée diaphane au sceptre bien contemporain, se perdant dans des limbes en clair obscur.
Le propos est très judicieux.

Durant une heure d’un théâtre tout à fait convaincant, nous nous prenons donc à nous passionner pour cette entreprise artistique dont le fond et la forme résonnent de façon tout à fait juste !

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article