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Cyrano(s)

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Ce sont des rocs ! … ce sont des pics ! … Ce sont des caps !
Que dis-je, ce sont des caps ? … Ce sont des péninsules ! »

Comme ils ont raison, les Moutons noirs : « on a tous en nous un petit quelque chose de Cyrano »
Parce que tous autant que nous sommes, comme le grand Hercule-Savinien, nous avons tous nos failles et nos défauts, qui peut-être nous empêchent de nous accepter pleinement.

Voilà ce qu’ils nous disent, les membres de la joyeuse troupe, avec cette passionnante et très maligne adaptation du chef-d’œuvre d’Edmond Rostand.

Nous aurions dû nous en douter : dans l’une de leurs dernières créations en date, à savoir leur version du film Titanic, des hommages appuyés au texte du grand Edmond étaient déjà apparus.
Leur Cyrano à venir était donc sans aucun doute déjà en préparation, au moins dans les esprits !

Leur Cyrano ? Leurs Cyrano(s) !
Comment nous faire comprendre le postulat de départ, à savoir l’universalité de ce héros, et son emprise sur chacun de nous, tous autant que nous sommes ?

Ici, plusieurs parti-pris dramaturgiques, tous judicieux et intelligents au possible, vont nous être montrés.

Tout d’abord, le personnage principal ne sera pas attribué à un seul comédien, ou une seule comédienne (si si!)
Tous, à tour de rôle, et parfois en même temps, l’incarneront.
Le propos fonctionne à la perfection.
Nous en venons même parfois à anticiper les alternances de la distribution.

Nous ne sommes jamais perdus : sweat-shirt noir (forcément…), plume écarlate sur le capuche, et surtout nez postiche, chacun possède son propre costume « cyranien », et le revêt en fonction des actes.
Parfois, plusieurs Cyranos sont même présents sur le plateau ! Et ça marche !

Les cinq actes, donc.
Les grands auteurs sont faits pour être chahutés, à condition de respecter leur esprit.
(On se souvient de la merveilleuse version de Dominique Pitoiset, se déroulant dans le réfectoire aux murs carrelés de faïence blanche d’un hôpital psychiatrique, au motif qu’aujourd’hui, un type comme Cyrano serait interné en HP.)

Dans ce spectacle, c’est aussi pleinement le cas : Rostand est quelque peu bousculé, mais ce sera pour la très bonne cause.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Cinq actes, cinq comédienne et comédiens.
Chacun à son tour, au début d’un acte, le temps que les autres règlent quelques changements scénographiques, chacun à son tour nous expose ses propres failles. Histoire que nous comprenions bien.
Là encore, ceci fonctionne parfaitement.
Il se produit comme une sorte d’empathie et/ou parfois d’une identification à chaque situation personnelle évoquée.

Mais qu’on ne s’y trompe pas ! Le texte de Rostand est bien là !
Nous retrouverons bien les célèbres alexandrins et les non-moins célèbres scènes, la tirade du nez, celle des « non-merci », le balcon, le siège d’Arras, ou encore la fin tragique des deux héros.
Le panache est bien de la partie, et nous vibrons, nous frémissons, nous rions énormément.

Alors évidemment, des rajouts, pratiquement des improvisations, à la fois très drôles et contemporains, comme ces allusions aux chouquettes ou aux kebabs, viennent émailler tout ceci.

Et puis nous serons bouleversés! Parce que cette histoire est avant tout bouleversante.

Durant l’heure trois quart que dure le spectacle, une remarquable économie de moyens ainsi que de jubilatoires contraintes débouchant sur une totale liberté sont mises en œuvre afin de mener à bien cette entreprise artistique.

Les costumes sont « bricolés », à partir d’un jean et d’un haut noirs. (On est mouton noir, où on ne l’est pas.)
Des accessoires viennent nous donner les indications, de façon parfois un peu surréalistes, comme ce pied de micro devenant une épée ou une canne, ces écharpes, ou ce torchon sur la tête.

Tous les comédiens interpréteront la foultitude de personnages de la pièce. Là encore, nous ne sommes jamais perdus.
Un personnage pouvant être « multi-interprété », je le rappelle.

Tous déploient un engagement, une puissance de jeu, une vis comica sans faille.
De grands moments nous attendent…
Il me faut résister à l’envie de vous narrer un ou deux de ces hauts-faits, mais je dois vous laisser découvrir par vous-même.

Spectacle musical, parfois, avec notamment des emprunts à un immense groupe pop-rock. Une scène chorégraphiée emportera notre totale adhésion.
Là encore, nous rions beaucoup !

Au final, nous assistons à un vibrant hommage rendu à ce personnage-phare qu’est Cyrano.
La petite troupe nous propose une épatante vision de cette pièce. Je pèse ce mot « vision », avec un propos dramaturgique à la fois cohérent et très subtil. 
L’âme propre de ce chef-d’œuvre est là, en permanence, avec une dimension à la fois personnelle et universelle très pertinente.

La démonstration dramaturgique des Moutons noirs est on ne peut plus convaincante !
C’est brillant !

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