11 Novembre 2025
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Elles, elles aiment le music-hall.
Colette et Geneviève.
Elles, elles peuvent en parler en connaissance de cause !
Sidonie Gabrielle Colette, juste après avoir quitté son Willy de mari, débutera une carrière sur les planches, une carrière qui durera six années.
Geneviève de Kermabon, formée à l’école de la Rue Blanche et à l’école du cirque Gruss a elle-même commencé la sienne en tant que trapéziste dans de prestigieux cirques et autres grands lieux du spectacle vivant.
Celle qui la saison passée nous avait purement et simplement ravis par son adaptation du roman L’homme qui rit, du père Hugo, revient au Poche-Montparnasse pour nous dire Colette.
La comédienne est avant tout une grande et méticuleuse liseuse de Colette.
Elle a eu pour ambition de nous proposer une sorte de puzzle reconstitué à partir d’extraits d’œuvres toutes particulières de l’immense autrice.
Comme un assemblage de petits morceaux autobiographiques, que la maman de Claudine a écrits tout au long de son existence.
Un passionnant patchwork savamment et délicatement cousu à partir d’extraits d’œuvres majeures comme L’envers du Music-Hall, La Vagabonde, Chéri, La retraite sentimentale, Sido, Les vrilles de la vigne, Mes apprentissages, L’étoile Vesper ou encore Le pur et l’impur.
Pour la comédienne, il sera question de nous parler de Sa Colette, avec qui elle partage donc de nombreux points communs.
Au fond, nous allons assister à la mise en voix et en images d’une sorte de journal intime, reconstitué pour nous à partir de tous ces fragments littéraires.
Nous allons nous en rendre compte très vite.
Certes, si le monde du music-hall est abordé frontalement, (on se souvient que Colette a raconté les péripéties de cette existence, dont s’était d’ailleurs emparé Danièle Lebrun à la Comédie-Française voici quelques années), Mademoiselle de Kermabon va avant tout nous parler d’une femme.
La femme libre qu’a été Colette, la femme qui a assumé ses choix, ses amours , ses liaisons, et qui a été à l’origine de bien des scandales pour l’époque.
Le thème de la femme devant son miroir sera souvent évoqué. Une femme qui se regarde et qui se parle à elle-même. Comme une espèce d’introspection par le biais de de l’image de soi réfléchie par l’impitoyable glace.
Durant un peu plus d’une heure, Geneviève de Kermabon va nous dire les mots de Colette.
Et de quelle façon !
Quelle diseuse, quelle raconteuse !
C’est bien simple, nous les avons devant nous, tous ces artistes plus ou moins loufoques, avec leurs caractéristiques propres, leurs tics, leur façon de parler.
(Les différentes gestuelles intonations, les accents, le zézaiement, la voix et le timbre hautains d’un certain ténor, tout ceci nous amuse énormément…)
Nous l’avons devant nous, Colette, qui se raconte sans aucune fausse pudeur mais sans compromission.
Une Colette qui nous fait bien rire, avec son inimitable humour caustique et son formidable sens de la formule, mais qui nous émeut beaucoup également, par le biais du jeu de la comédienne.
Au fond, outre l’aspect purement consacré à l’évocation de l’Ecrivaine, se dégage de cette remarquable entreprise artistique un vibrant hommage aux artistes en général, et aux femmes-artistes en particulier.
Ce n’est pas un hasard si la comédienne apparaît portant un pantalon montant très haut et une courte veste qui m’ont fait penser à un certain artiste, ce n’est pas pour rien qu’une certaine valise attend la comédienne sur scène… (Je ne détaille pas plus avant tout ceci, de manière à vous laisser découvrir par vous-même ces éléments de la dramaturgie.)
D’ailleurs, seront évoquées par les mots de Colette d’autres artistes telles que les chanteuses ………….., (là encore, je ne spoile pas, la comédienne nous fait en effet deviner…), Agustina Carolina del Carmen Otero Iglesias, alias Caroline Otero dite La Belle Otero ou encore la comédienne Marguerite Moreno.
Le monde du spectacle, donc.
Nous la verrons à l’œuvre, Geneviève de Kermabon, portant un masque de son héroïne, et exécutant un très subtil numéro de danse à trois et quatre jambes, sur une petite scène de music-hall reconstituée. Oui, oui, vous avez bien lu. Trois et quatre jambes.
(On pense d'ailleurs alors à son numéro circassien très réussi "Sous ma peau, le manège du désir", qu'elle avait conçu pour une autre occasion.)
Il me faut signaler avant de conclure les très subtiles lumières de Dorian Mjahed-Lucas, dans la petite salle du Poche, pourtant réputée très difficile à éclairer. De la très belle ouvrage !
Vous l’aurez compris, Geneviève de Kermabon nous enchante une nouvelle fois, avec cette leçon d'interprétation, cette ode à la vie d’artiste et cette évocation d’une femme libre qui a marqué son temps, ayant laissé une empreinte indélébile dans la littérature française.
Ce seul-en-scène fait partie de ceux qu’il ne faut surtout pas manquer !
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COLETTE AU MUSIC-HALL * Théâtre de Poche Montparnasse
" Je m'appelle Sidonie Gabrielle Colette. Je veux faire ce que je veux... Je veux danser nue, si le maillot me gêne et humilie ma plastique ". Ainsi parle
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