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Chroniques d'une exploratrice

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Ah bon ? La terre ne serait pas plate ?

Alice est une exploratrice auto-proclamée.
Ses explorations à elles ne concernent pas les contrées lointaines, les méandres du corps humain ou encore les recherches dans les tréfonds de vieux grimoires.

Non.
Elle, ce qui l’intéresse, ce sont les « nouveaux récits qui naissent sur Internet ». Je la cite.
Telle une nouvelle Marco Polo féminine du dark web, elle entend bien nous confronter à ce monde tout à fait mystérieux pour les profanes que nous sommes, nous qui passons notre temps seulement sur les réseaux sociaux ou sur les excellents sites de critiques de théâtre… (J’exagère un peu, mais bon, c’est pour la bonne cause.)

Elle va nous poser de vraies questions : que se passe-t-il, lorsque nous surfons sur cette mer, et surtout dans les profondeurs océaniques de ce milieu ?
Que se passe-t-il dans cette nouvelle dimension virtuelle aux implications et conséquences bien réelles ?

Zacharie Lorent et Alice Gozlan ont eu le grand mérite d’aborder sur un plateau cet univers étrange, inconnu pour la plupart des internautes, et qui pourtant existe bel et bien, et pas seulement dans les films.
Les deux auteurs nous proposent donc un spectacle d’un grand intérêt, malin et bien ficelé, qui va matérialiser et mettre en évidence de nouvelles problématiques bien actuelles.
Ou comment passer du virtuel au réel, par le biais de parti-pris dramaturgiques tous plus judicieux que les autres.

Je vous rappelle que nous avions déjà rencontré les deux artistes ici-même, pour le réjouissant spectacle Le réserviste


https://delacouraujardin.over-blog.com/2018/10/le-reserviste.html

Alice Gozlan, elle est déjà là.
Elle nous attend sur le plateau du théâtre de Belleville, nous salue et nous souhaite la bienvenue.
Nous répondons, évidemment, car nous comprenons que le spectacle commence vraiment.

Elle est devant un écran de vidéo-projecteur, qui va étayer son propos.
Elle nous présente sa quête, par le biais de ses découvertes sur le web.

Nous allons beaucoup rire.
La comédienne joue l’ingénue, à découvrir certaines vidéos, certains liens, certains sites sur le net.
C’est le premier acte de la pièce. Premières eaux.
Elle est très drôle, parfois dans une auto-dérision, se moquant d’elle-même pour mieux nous embarquer dans le mécanisme dramaturgique.

Des actes, nous en compterons quatre autres, que je vous laisse évidemment le soin de découvrir.
Rires également avec l’évocation d’un film emblématique en matière de dédoublement du Net.
La comédienne en double une scène en direct, avec délectation et beaucoup d’humour, dans un petit studio aménagé.
Nous rencontrerons alors des complotistes, de pseudo-théoriciens, des illuminés.
La manière dont sont présentées certaines théories hallucinantes, cette manière est hilarante et jubilatoire.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Mais au fur et à mesure que va se dérouler le spectacle, le ton va changer.
Une vraie gravité survient, alors que l’on ne s’y attendait pas forcément.
Telle une guide, elle nous emmène sur un vrai champ de bataille, auprès de personnes peu fréquentables et recommandables, et notamment les membres d’un board (en gros un forum du dark) raciste, homophobe, misogyne, fasciste, n’en jetez plus…

Seulement voilà…
Son personnage sera découvert, et les conséquences évoquées un peu plus haut ne tarderont pas à survenir.

Alice Gozlan interprète alors son personnage avec une intensité toute dramatique, nous faisant parfois frissonner. Le virtuel ne l’est plus, et la réalité rattrape fort brutalement l’exploratrice.

La comédienne-metteure-en-scène n’a rien laissé au hasard.
Elle évolue autour d’un matériel assez important.
Ecran de projection, plaques-LED sur pieds, micros, câbles éclairés, rampes lumineuses à jardin et cour.
Ici, tout ceci est réellement au service du propos dramaturgique.
La technique sert la comédienne. Pas l’inverse comme trop souvent !

Elle a parfaitement su doser sa progression de jeu : au fur et à mesure de l’heure et quart que dure le spectacle, elle devient de plus en plus sombre, le récit se fait de plus en plus terrifiant, nous faisant parfaitement comprendre la dérive de ce monde parallèle.

Les belle lumières de Simon Anquetil et la création sonore de Nicolas Hadot renforcent petit à petit elles aussi ce sentiment de malaise, puis de répulsion puis d’angoisse que les spectateurs éprouvent à la réception de la fin de l’exploration.
Tout ceci est d’une parfaite cohérence.

Le théâtre de Zacharie Lorent et Alice Gozlan a le grand mérite d’aborder frontalement et très judicieusement une problématique émergente de nos sociétés que l’on dit modernes.
Leur démonstration très réussie est implacable et parfaitement maîtrisée de bout en bout.
Leur entreprise dramaturgique est de celles qui marquent les esprits.
Il faut donc aller assister à ces chroniques exploratives-là !

Mais sinon, quand même...
Pour la non-platitude, Alice et Zak... Vous êtes certains ?

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Zacharie Lorent et Alice Gozlan défendant avec passion la culture, au cours d'un petit discours bien senti à l'issue de la représentation. Un discours engagé et qui fait beaucoup de bien par les temps qui courent !

Zacharie Lorent et Alice Gozlan défendant avec passion la culture, au cours d'un petit discours bien senti à l'issue de la représentation. Un discours engagé et qui fait beaucoup de bien par les temps qui courent !

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