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Bouvard et Pécuchet

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Allez hop, tout l’monde à la campagne !
Ah ! Chavignolles ! Ses crottins, ses champs à perte de vue, et ses deux copistes auto-proclamés paysans !

Au Poche-Montparnasse, Marc Chouppart et Géraud Bénech signent une brillante, intelligente et irrésistible adaptation du dernier roman de Gustave Flaubert.
(Les fidèles lecteurs de ce site se souviennent encore de leur épatant spectacle consacré à un certain Jacques Chirac...)

Dans cet ouvrage inachevé (Le papa d’Emma s’éteindra le 8 mai 1880, en pleine écriture du dixième chapitre de Bouvard et Pécuchet) nous sont présentés ces deux modestes employés de bureau, copistes de leur état, qui décident de se retirer à la campagne.

Les voici pris d’une véritable frénésie d’apprendre : l’agriculture, l’élevage, mais aussi les sciences, les arts, la politique, la religion, j’en passe et non des moindres…
Autant de domaines où, malgré la lecture de quantité de livres plus ou moins savants, ils vont lamentablement échouer dans tous les domaines, enchaînant fiasco sur fiasco.

La première qualité de ce spectacle est de rendre un véritable hommage à l’écriture de Flaubert, cette prose merveilleuse qui va être « passée au gueuloir » durant quelque soixante quinze minutes.
(La manière dont nous sera évoquée la création d’une fosse à engrais, ou encore la narration de l’incendie d’une partie du domaine, tout ceci porte très haut le style flaubertien!)

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Ensuite, il sera question de traiter le propos littéraire et dramaturgique par le biais du burlesque le plus abouti.

Deux comédiens que nous connaissons bien ici, vont incarner ces deux benêts enthousiastes : Marc Chouppart lui-même et Jean-Paul Farré, qui revient dans ce théâtre qu’il connaît comme sa poche (sans mauvais jeu de mots…)

Les deux vont nous donner une nouvelle magistrale et grandiose leçon d’interprétation.
Sous la houlette de Géraud Bénech, ils incarnent ces deux personnages, avec leur inénarrable vis comica, leur épatante puissance comique.

Au fond, devant nous, vont évoluer deux clowns, avec chacun leurs spécificités propres.
Tout d’abord leur physique, bien différent, un grand clown blanc et l’autre, auguste plus rondouillard (ce n’est pas faire offense à M. Farré).
Le tandem classique du burlesque, le grand le petit, aux caractéristiques bien différentes, l’Estragon et le Vladimir, qui en l’occurrence vont attendre eux aussi en vain de réussir dans leur soif d’action et leur soif de connaissances.

Oui, les codes du burlesque vont nous sauter à la figure.
Le jeux malin, pétillant, parfois exacerbé, qui provoque moult rires et fou-rires : en la matière, les deux s’en donnent à cœur joie, et font fonctionner nos zygomatiques à plein régime.
De grands moments de comédie nous attendent !

Le metteur en scène a également fait appel aux codes du cinéma muet burlesque, en utilisant ces cartons encadrés noirs et blancs, projetés au lointain, titrant ou décrivant certaines scènes.
Là encore, tout ceci fonctionne parfaitement.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Autre élément burlesque : la création sonore et musicale, avec l’utilisation d’instruments pouvant prêter à rire. Les traits mélodiques de tubas, d’euphoniums et autres saxhorns soulignent parfaitement l’humour qui se dégage de ce duo comique.

Un autre propos dramaturgique nous est présenté : il sera également question de pénétrer les coulisses de la création par le grand Gustave de son dernier ouvrage.

Ces deux hommes qui se présentent à nous dans une sorte d’uniforme, queue de pie, gilet, chapeau claque ou melon, guêtres…) sont des comédiens qui interprètent… des comédiens.
Messieurs Chouppart et Farré se glissent peu à peu dans la peau des personnages flaubertiens.

Parfois, ils arrêtent net leur jeu, dans des ruptures jubilatoires, pour revenir au principe du comédien-narrateur. Ainsi, une sorte d’alternance très maligne nous tient en haleine en permanence.
Le propos est très subtil et judicieux.
Nous avons également droit à des adresses-public elles aussi réjouissantes qui provoquent l’hilarité.

De plus, Flaubert, nous l’entendrons.
Enfin… Ce sont les mots de Flaubert que nous entendrons…
Et ce, par le biais d’une voix off bien connue également, celle de Stanislas de la Tousche, qui nous dira des extraits de la correspondance du romancier à propos de l’énorme tâche littéraire à laquelle il est en train de s’atteler.
Là encore, tout ceci est très pertinent.

Coup de chapeau à Dorian Mjahed-Lucas, qui derrière ses consoles et autres appareils électroniques envoie quantité d’effets lumineux ou sonores du meilleur effet. Le côté technique de ce spectacle est lui aussi impressionnant !

Et la fin du spectacle alors ? Comment terminer l'adaptation d'un roman inachevé ? Là encore, quelle intelligence ! (Je vous laisse évidemment découvrir ! )

Vous l’aurez compris, ne manquez pas cette pépite, ne passez pas à côté de cette magistrale adaptation du dernier chef d’œuvre de Gustave Flaubert.
C’est brillant, vous dis-je !

Et l’on n’oublie pas de faire fonctionner ses « membres pelviens » !

© Photo Y.P.

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