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Yazz Ahmed en concert au Tourcoing jazz festival

© Photo Y.P.

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Yazz Ahmed.
Ou comment plonger la salle de concert de la Maison Folie de l’Hospice d’Havré dans un monde musical hypnotique et envoûtant.

La compositrice trompettiste bugliste avait apporté sur scène ses cuivres ainsi que toutes ses machines électroniques, pour nous proposer une version duo de son dernier album en date, A Paradise in the Hold.

Une version épurée, intimiste, en duo avec le percussionniste Ralph Wild, qui lui, avait pris soin de venir avec ses imposants marimba Bergerault et vibraphone Yamaha, ainsi que ses pads électroniques Roland.

Durant une heure et trente minutes, les deux artistes vont nous offrir une musique métissée, mélangeant influences orientales, musique itérative contemporaine (comment ne pas penser parfois à Steve Reich et Philip Glass) et inspirations électroniques (Là, c’est Max Richter qui peut nous venir à l’esprit).

© Photo Y.P.

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Un jazz exigeant, sans compromis.
Ici, pas de rythmes à la mode, pas d’effets tant et tant rabâchés.
Une dimension spirituelle, presque ésotérique, va régner durant le concert, accentuée par les lumières froides, très froides conçues par l’ingé-light.

Ici, on nous demande une vraie attention : nous allons devoir nous concentrer pour apprécier de somptueux duos entre des instruments qu’on n’a pas forcément l’habitude d’entendre.

Le métissage donc.
De par ses racines bahreïniennes et sa vie londonienne (elle a rejoint la capitale britannique à l’âge de 9 ans), Yazz Ahmed mélange les influences.

La trompette et le bugle orientaux, tout d’abord.
Avec des glissières supplémentaires qu’elle actionne avec la main gauche, (et non un quatrième piston, comme Ibrahim Maalouf) afin de pouvoir jouer les quarts de ton des échelles modales orientales, la musicienne nous démontre une remarquable technique. (Les études à la prestigieuse Guildhall school of Music and Drama de Londres ont été exemplaires !)

© Photo Y.P.

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Dans des compositions intenses à la recherche formelle à la fois austère et réjouissante, elle nous embarque dans des volutes impressionnantes.
Si l’on sent une prédilection dans la tessiture grave, avec des effets de souffle un peu rauque, les montées dans les aigus sont parfaitement maîtrisées, créant par là-même des contrastes saisissants.

La technique ne prend jamais le pas sur la mélodie.

Miss Ahmed privilégie avant tout la musicalité. Il n’est pas question d’une virtuosité, bien réelle certes, mais prenant le pas sur le propos musical, bien au contraire.

Les machines électroniques et numériques ensuite.
Un gros travail en amont est réalisé, notamment avec l’emploi d’un Mac et de logiciel Logic Pro, avec lequel Yazz Ahmed a pré-enregistré des ryhmes ou des pulsations parfois un peu étranges.

Un looper-sampler, des séquencers de samples, un synthétiseur de phrase dynamique, un générateur d’effets dynamiques permettant d’appliquer aux notes toutes sortes de filtres passe-haut et passe-bas, tout ceci se retrouve sur scène, entre les mains (et les pieds) de la musicienne.

Ces machines doivent être considérées comme un véritable instrument à part entière. Il faut beaucoup de temps et de travail pour maîtriser leur emploi.
La coordination entre les instruments physiques que sont les cuivres et ceux numériques est ici travaillée de façon très pertinente.
Une réelle complémentarité se fait immédiatement sentir, dès le début du concert, entre ces deux aspects des compositions.

© Photo Y.P.

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Le percussionniste Ralph Wild se partage entre son marimba et son vibraphone.
Lui aussi nous démontre une réelle virtuosité, avec une technique irréprochable à quatre mailloches.
Son jeu sur les deux petites cymbales devant lui est également remarquable.

Les notes douces des lames de bois ou de métal se fondent avec celles de la trompette ou du bugle.
Les deux musiciens démontrent une complémentarité intense et lumineuse.

La musique de Yazz Ahmed est fascinante.
Des titres comme Wah Wah Sowhawha, Spindrifting, Forest Bathing, Her light, Metallic Fireflies nous emmènent très loin dans de mystérieux mondes abstraits, dans lesquels il faut entrer et se laisser bercer.

Il est question de paysages sonores et musicaux, outre l’aspect mélodique de chaque composition.
Des paysages qui peuvent faire penser à ces images d’équations fractales, évoluant doucement, imperceptiblement.

Sur certains titres, un rythmique orientale nous rappelle les origines, les racines de la musicienne. Il est alors impossible pour nous autres spectateurs de ne pas avoir un pied qui bat la mesure ou d’avoir envie de bouger en rythme.

 

Dans la salle, un silence très éloquent durant le concert ne trompe personne : les passerelles que Yazz Ahmed tisse entre ces mondes musicaux, entre l’orient du souffle et l’occident électronique, ces passerelles provoquent suscitent un grand intérêt et un réel ravissement.

Un concert subtil et intense, fait de virtuosité et de lyrisme.
Un jazz exigeant et fascinant, vous dis-je !

© Photo Y.P.

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