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Thierry Maillard et Yoann Schmidt en concert au Sunset-Sunside

© Photo Y.P.

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C’est pourtant vrai que c’est beau, une ville, la nuit…
Surtout Paris…
Surtout quand elle sert de toile de fond au duo Avenue Wagram pour une magnifique évocation sur le mode « électro-jazzistique ».

Avenue Wagram, c’est Thierry Maillard au piano / synthétiseurs, et Yoann Schmidt à la batterie.
Ces deux-là jouent ensemble depuis près de quinze ans, et sont venus nous présenter leur dernier album en date, intitulé justement Paris.
Cet album est paru le 19 septembre dernier, juste après une grande tournée en Chine qui les a menés de Guangzou à Beijing, en passant par Shangaï.

© Photo Y.P.

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Les deux musiciens s’installent, l’un derrière ses fûts, ses cymbales et ses pads électoniques Roland, l’autre devant un impressionnant tableau de bord constitué d’un mythique Piano Fender Rhodes, un non moins mythique Moog Subsequent 37 qui sera piloté par un séquenceur Perkons HD-01, sans oublier une Novation Bass Station, ainsi qu’un Oberheim TEO 5.

Et nous voici embarqués dans un jazz très contemporain, à la fois « nu-jazz », et « French house jazz », si l’on veut absolument se référer à des étiquettes.
Moi, je préfère me contenter d’évoquer un jazz au puissant groove à quatre temps, toujours passionnant, aux influences pop, dance, fascinant générateur d’images et d’ambiances sonores, propices au voyage à la fois géographique et intérieur.
Au fond, les pièces musicales que nous allons écouter nous permettront de nous évader dans la capitale, mais aussi et peut-être surtout en nous-mêmes.

© Photo Y.P.

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Ces pièces extraites de l’album, souvent assez longues, très construites, et qui commencent souvent par les notes éthérées du Fender Rhodes, se transforment ensuite en intenses suites impressionnantes, avec des contrastes sonores saisissants.
On passe de la plus petite ruelle parisienne à trois heures du matin, à la plus grande avenue aux heures de pointe.

Qu’on ne s’y trompe pas.
Si la rythmique sonne résolument électro, grâce notamment au séquenceur-boîte à rythmes sur lequel se cale Yoann Schmidt, Thierry Maillard nous propose des thèmes délicats et très inspirés et des improvisations réjouissantes, le tout sur des grilles, des cadences et des modulations résolument jazzy.
C’est ainsi que les amateurs d’enchaînement Ab9-Mib7-Fa#s7-Rébs7 se régalent…

© Photo Y.P.

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Il se dégage en permanence un aspect hypnotique, envoûtant, dans ce qui nous est proposé.
De plus, nous percevons pleinement l’aspect itératif de certains morceaux, pour notre plus grand plaisir.
On peut retrouver des influences bien connues, comme l’album Tourist, de St Germain, ou encore le grand Herbie Hancock.

Le pianiste, en plus de la dimension strictement musicale, maîtrise complètement toutes ces machines électroniques et numériques.
Outre son talent et sa très grande maîtrise de l’instrument piano, il a dû intégrer le fonctionnement, l’architecture interne des synthétiseurs sur lesquels il joue.

Il a évidemment dû passer un certain temps, pour ne pas dire un temps certain à programmer certaines séquences, certains rythmes.
Un gros travail de pré-production a été réalisé en amont.

Cette connaissance des synthés, nous allons nous en rendre compte durant tout le concert.
Thierry Maillard nous ravit à « bidouiller » les sons, jouant sur les filtres passe-haut et passe-bas, changeant les ondes des oscillateurs, générant de profondes lignes de basse à la Novation, ou encore des nappes de cordes étranges à l’Oberheim.
Les spectateurs savourent ces recherches sonores qui servent tellement bien le propos musical.

© Photo Y.P.

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A la batterie, Yoan Schmidt nous impressionne lui aussi.
Auto-présenté avec beaucoup d’humour comme le plus grand batteur du Nord-Pas-de-Calais, le musicien est lui aussi un grand technicien de l’instrument.
Son travail notamment sur la charley et sur la caisse claire est remarquable de précision.

Il distille ces grooves intenses avec une pulsation de braise, et grâce à une progression très subtile, il atteint souvent une puissance phénoménale.
Ses solos relèvent ainsi du torrent de lave en fusion, et nous subjuguent à la fois par la technique et l’ampleur du discours.

© Photo Y.P.

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Les deux compères s’entendent comme des larrons en foire.
Ils s’amusent à jouer ensemble, notamment en cassant les rythmes grâce à des breaks jouissifs, en le déstructurant la pulse, créant des déséquilibres assumés et jubilatoires.
On se prend à vouloir suivre ces cassures en inclinant la tête en même temps que le kick.
En outre, nous avons parfois l’impression que des « pièges » sont tendus par le claviériste au batteur, qui rit alors aux éclats.

« On a fait des choses qui n’étaient pas prévues », nous confiera Thierry Maillard, nous prouvant ainsi l’entente et la complicité qui lient les deux artistes.

Nous, nous sortirons du Sunset-Sunside sous le charme de ce duo, qui nous a proposé un jazz contemporain de très haute tenue, générant en nous de bien belles émotions.

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