17 Octobre 2025
Saint-Denis, Pointe-à-Pitre ou Tourcoing même combat ! `
Mais qu’il est bon d’entendre à nouveau la magnifique langue créole, celle d’Aimé Césaire, celle de Patrick Chamoiseau, celle de Céline Huet ou celle de Maryse Condé.
Une langue solaire, une langue chantante, une langue de lutte et de révolte, aussi !
La langue de la Négritude, l'ensemble des caractéristiques et valeurs culturelles des peuples noirs, et de la Créolité, cet autre mouvement qu’on a eu bien tort d’opposer trop souvent au premier.
La langue de Cécile Cuvelier du groupe Gadianm.
Gadianm, « Chouette !», « Super ! » en créole réunionnais. Tout ce qui est génial !
Le groupe créé voici cinq ans par les deux fondatrices que sont la chanteuse réunionnaise Cécile Cuvelier et la pianiste guadeloupéenne Florence Vincenot, ce groupe va nous embarquer dans un passionnant voyage au pays du zouk, mais aussi du funk ou des ballades douces et délicates que l’on peut entendre dans ces îles loin de la métropole.
Durant pratiquement une heure et demi, le public du chapiteau du Magic Mirrors ne va bouder ni son plaisir, ni son enthousiasme, en écoutant ces compositions plus intéressantes les unes que les autres, ce zouk profond et chaloupé, ce funk au fond du temps.
En dansant aussi.
Comment résister à l’envie de bouger en écoutant ce que nous proposent les cinq musiciens du groupe ?
Et puis, comment ne pas penser que ce quintet de feu est constitué des enfants spirituels de Jacob, Jocelyne, et de tout le célèbre groupe Kassav', qui a tant fait pour la culture créole !
La rythmique endiablée est assurée par Lyvio Calodat à la batterie et Luc Brame à la basse et Laurent Clipet aux percussions.
Ces trois-là s’y entendent pour nous dispenser ces rythmes chaloupés ou bien ces pulsations de braise qui nous donnent des fourmis dans les jambes.
Leur complémentarité est sans faille, on sent une vraie cohésion dans ce trio dont le groove force le respect !
Leurs solos respectifs seront très remarqués !
Florence Vincenot, aux commandes de son Yamaha MOD X7 assure les parties de piano avec des interventions mélodiques subtiles, qui introduisent souvent le titre à jouer.
La pianiste, très expressive, rit beaucoup, communique avec ses camarades.
D’ailleurs, il faut très peu de temps pour se rendre compte que ces cinq-là sont heureux de jouer ensemble, de prendre beaucoup de plaisir à nous en donner tout autant !
Et puis, Cécile Cuvelier, donc.
A la voix profonde et suave, avec un léger souffle.
Elle nous ravit de sa voix chaude, à la tessiture impressionnante, un peu rauque dans les graves, solaire et lumineuse dans les aigus.
Ses improvisations, son scat nous impressionnent et nous ravissent !
De grands et beaux moments musicaux et humains nous attendent.
Des compositions, donc.
Gadianm est un groupe qui compose ses propres chansons et qui « démonte les morceaux qui existent déjà », pour citer Mademoiselle Cuvelier.
C’est ainsi que nous aurons droit à une formidable version toute caraïbéenne du célèbrissime Don't Stop 'Til You Get Enough, d’un certain Michaël Jackson, assorti judicieusement du non-moins riff Mamasé Mamasa Mamakossa de son autre titre Wanna be startin’ Somethin’, qu'il avait repris du morceau Soul Makossa du saxophoniste Manu Dibango.
Je rappelle au passage que ce dernier devait gagner son procès en plagiat.
Les compos perso, donc.
Ici, il est question de nous parler de la Vie, passée et contemporaine.
La vie passée à bord des bateaux négriers, ceux du commerce triangulaire, ceux de l’esclavage, de la colonisation, qui devait forger au bout de terribles années et de luttes féroces l’identité créole. C’est le magnifique titre Nou a pran bato qui nous rappelle tout ceci.
La vie contemporaine, difficile, celle où il faut néanmoins aller de l’avant, Alon Roulé, pour ne pas se complaire dans la facilité, le laissez-aller.
Le groupe nous parle de la mort, également.
Dans une chanson qui nous dira qu’en Caraïbe, on fait la fête pour honorer ceux qui sont partis, pour être certains de se retrouver.
Et nous de savourer cette musique, cette langue, et d’avoir envie de partir. Loin !
Un concert enchanteur, une fois de plus, dans ce lieu si particulier et si chaleureux qu’est le Magic Mirrors.
Il faut noter une nouvelle fois la présence d’enfants, en l’occurrence de jeunes élèves du collège Lucie-Aubrac, de Tourcoing.
Ceux-ci avaient déjà rencontré la chanteuse, dans le cadre d’un partenariat d’action culturelle avec l’association porteuse de Tourcoing jazz festival.
Il n’y a pas de secret, c’est en s’adressant aux jeunes, en leur faisant écouter toutes sortes de styles musicaux, en les emmenant assister à des concerts, à du spectacle vivant, que ceux-ci développeront l’envie et le besoin de culture.
Bèf ka soté là bayè ba !
Ne manquez surtout pas Gadianm et son passionnant Kreol groove, si le groupe est programmé près de chez vous !
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