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Dans ses yeux

© Photo Y.P. -

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Un spectacle pour le meilleur et pour le dire !
«Dis quelque chose, toi ! »

Dire quoi ? Dire pour quoi, pour qui ?
Dire alors que la parole n’est plus là, dire alors que les mots se refusent à naître, dire alors qu’on ne veut pas les dire, ces mots-là…

Qui est-il, ce jeune garçon qui pénètre sur le plateau, une petite lampe frontale sur le front ?
Lui les a, les mots. Qu’il a soigneusement choisis.
Un narrateur, un coryphée des temps modernes.
Lui, il est mort. Nous apprendrons qu’il s’est suicidé.

Qui est-elle, cette jeune femme qui revient chez ses parents, dix ans après avoir quitté le domicile familial ?
Elle aussi les a, les mots. Qu’elle a pourtant soigneusement refoulés. Jusqu’à aujourd’hui.
Elle, c’est la sœur du jeune homme ci-dessus.

Qui sont-ils, ces deux âmes en peine, qui arpentent le plateau, se questionnant quant au retour subit de leur fille disparue depuis une décennie ?
Des parents qui chacun à sa manière ont tenté de vivre avec la tragédie survenue, qui eux, les refusent les mots, voulant tenter d’oublier ce qui s’est passé dans cette petite ville de banlieue parisienne…

Marie-Pierre Cattino a écrit cette histoire bouleversante. Une histoire trop précise, trop juste, trop intense pour que cette tragédie soit complètement imaginée.
Dans un style et un thème qui ne sont pas sans rappeler ceux de Lagarce (et sous mon traitement de texte, c’est un véritable compliment), elle nous présente ces quatre personnages confrontés au terrible Destin.

Oui, un drame a eu lieu.
Grâce aux trois Moires qui veillent sur les spectateurs, les déesses de ce Destin Grec, Atropos l’inflexible, Clotho la fileuse et Lachésis la répartitrice, nous allons remonter le cours de cette histoire, avec l’écriture coup-de-poing de l’autrice, qui par petits indices, petites bribes de vérités successifs, nous dira tout. Les tenants et les aboutissants.

Cinq artistes bien connus des fidèles lecteurs de ce site se sont emparés à bras le corps de ce texte pour nous en donner une vision intense, puissante, en nous embarquant sans concession, sans mièvrerie ni pathos de mauvais aloi mais au contraire avec une sidérante vérité dans cette sorte d’enquête psychologique.

Heidi-Eva Clavier a mis en scène ce spectacle avec quantité de parti-pris fort judicieux.
Ses personnages en quête de vérité marcheront. Beaucoup.
Tout comme le pensaient les membres de l’école péripatéticienne grecque (encore des Hellènes…), la vérité ne peut s’énoncer qu’en arpentant le sol, la marche étant le catalyseur de la révélation.

C’est ainsi que les parents des deux jeunes gens passeront un certain temps à aller de jardin à cour, et inversement, prenant possession du plateau et des différents grands pans de tissus, symbolisant les pièces de l’appartement, mais également pouvant faire penser aux méandres de la mémoire et de la dissimulation.

Mademoiselle Clavier a également beaucoup travaillé ses lumières.
Ici, que ce soit avec des ombres chinoises mouvantes (l’effet est saisissant), que ce soit avec des miroirs qui réfléchissent des sources lumineuses, que ce soit avec des contres utilisés à très bon escient, l’esthétique du spectacle est très travaillée et le résultat est très beau, avec finalement assez peu de moyens, mais très bien utilisés.

Le son aura également une grande importance. Le spectacle doit s’écouter également attentivement.
Le travail sur la transformation de certaines voix à certains moments, l’utilisation d’effets de réverbération (créant des sortes d’étranges écholalies), la musique également, avec la guitare électrique de Valérian 
Béhar-Bonnet, tout ceci est également très bien vu pour nous faire très bien entendre ! 

© Photo Y.P. -

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Et puis quatre épatants comédiens.

Les toujours aussi formidables Coco Feilgerolles et François Clavier campent avec maestria ces deux êtres qui ont décidé de tirer un trait, de se réfugier chacun à sa manière dans le non-dit.
Comment ne pas être impressionné par les scènes de dialogues entre les deux, comment ne pas être fasciné par leur incarnation respective, par leur capacité à dire tout en ne disant pas, par leur diatribes, par leur engagement, par leur puissance de jeu !

Les « petits jeunes », ce sont Valérian Béhar-Bonnet, dans un registre tout à fait différent de ses rôles au sein de la troupe des Mauvais élèves, et Marion Trémontels.
Eux aussi nous sidèrent, au sens noble du terme. On croit tout à fait à leurs personnages de jeunes gens déchirés et parfois déchirants.
Marion Trémontels sera ô combien bouleversante, notamment dans un long monologue. Je vous prie de croire que dans la salle, nous n’en menons pas large ! 
Grâce à elle qui nous dira, nous saurons. 

Il faut aller découvrir ce spectacle qui ne peut laisser personne indifférent.
Un théâtre intelligent au possible, implacable de maîtrise.

© Photo Y.P. -

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