Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Cher Evan Hansen

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Lettre ou ne pas lettre ? Telle est la question…
Ça devait bien arriver un jour ! La comédie musicale Cher Evan Hansen débarque à Paris, après avoir triomphé dès sa création, à Broadway, puis à Londres.
A Paris, au théâtre de la Madeleine, j’ai assisté à une remarquable adaptation française, délivrant un message qui fait énormément de bien par les temps qui courent !

Le metteur en scène Olivier Solivérès s’est emparé à bras le corps du livret de Steven Levenson, ainsi que de la création musicale de Benj Pasek et Justin Paul, adaptés en France par Frédéric Strouck et Davis Sauvage, pour en tirer un spectacle totalement maîtrisé, où le fond et la forme se confondent en terme de totale réussite.

Evan Hansen est un lycéen. Un ado solitaire. Et c’est un euphémisme...
Mère célibataire absorbée par son boulot d’infirmière et ses cours du soir, pas assez présente…
Des heures passées devant son ordinateur, les réseaux sociaux et autres tiktokonneries…
Pas d’amis véritables, pas de relation sentimentale, aucune popularité ni visibilité auprès de ses camarades de classe...

 

Son psy pense avoir trouvé la solution : Evan va devoir s’envoyer des lettres. Et beaucoup. En effet, il aime écrire.
L’une d’entre elles tombe entre les mains de son camarade de bahut Connor, qui se suicide quelques jours après…
Evan trouve le moyen de persuader tout le monde que c’est Connor qui lui écrivait toutes ces missives commençant par la formule de politesse « Cher Evan Hansen, »…

De ce postulat de départ, va naître une gigantesque vague de mensonges en tous genres, qui vont assurer à Evan une popularité grandissante non seulement dans son collège, mais aussi dans la famille de Connor en général, et de la sœur du lycéen disparu.

Seulement voilà… A force de mentir...
Jusqu'où peut-on aller pour s'assurer popularité et reconnaissance des pairs ?

Durant deux heures, qui passent beaucoup trop vite, huit interprètes, jeunes et moins jeunes, vont nous ravir en permanence.
Comme il est loin le temps de la comparaison négative des productions françaises avec celles outre-atlantiques ou bien outre-manches !

Une distribution de rêve !
Des artistes qui jouent la comédie et qui chantent tous à la perfection.

Un vrai engagement, une belle puissance de jeu émanent de la petite troupe,
Les lyrics très contemporains (traduits pour l’occasion par Hoshi) sont intelligents au possible, délivrant par la même occasion un vrai message.
Ici, on s’adresse avant tout aux jeunes spectateurs, nombreux d’ailleurs dans la salle, en cette matinée pourtant ensoleillée.

Antoine Le Provost tient le rôle principal.
Celui qui a déjà chanté à Disneyland Paris (croyez-moi, les castings sont impitoyables…), mais aussi à l’Opéra de Nancy ou à la Philharmonie de Paris aux côtés de Nathalie Dessay, celui-là nous enchante.

Il est impossible de ne pas ressentir, et ce très tôt, une véritable empathie envers son personnage.
Sans pathos de mauvais aloi, sans mièvrerie, le jeune chanteur crève le plateau dès lors qu’il y paraît. (Et il s’y trouve durant la plus grande partie du temps!)
D’une justesse irréprochable dans le jeu et dans le chant, il nous démontre en permanence ses qualités d’artiste complet.
Il nous émeut beaucoup, et est capable de nous faire rire, ces émotions se succédant parfois en une fraction de seconde.

Ses duos avec Lou Nagy, dans le rôle de la sœur de Connor, sont d’une grande exigence.
Les deux jeunes artistes sont très complémentaires, et nous procurent eux aussi beaucoup d’émotion.

© Photob Y.P.

© Photob Y.P.

Le reste de la petite troupe est à l’avenant, avec deux autres jeunes, chanteurs, Fanny Chelim et Kevin Barnachea en lycéens très extravertis, c’est le moins que l’on puisse dire.
Quant à Connor, c’est Antoine Galey qui s’y colle, durant tout le spectacle.
Mais le personnage n’est pas décédé, vous entends-je maugréer dans vos barbes ? Chuuuuuuut ! Les auteurs ont pensé à tout.

Les parents sont interprétés avec beaucoup de subtilité par Sandrine Seubille, Armonie Coiffard et Michel Lerousseau.
Les trois sont eux aussi épatants dans des rôles pas si évidents que cela à interpréter.

Quatre musiciens interprètent la composition musicale, sous la « baguette » pianistique de Léa Rulh. Le quatuor assure lui aussi en permanence.
J’en profite pour adresser un coup de chapeau aux régisseurs du théâtre pour la remarquable qualité sonore du rendu final ! De la très belle ouvrage !

Le fond, et la forme donc.
Voici un spectacle d’une grande beauté formelle.
Sur le plateau des cubes surlignés de lumières LED, qui serviront de meubles.
Au lointain, la création-vidéo magnifique (je pèse cet épithète) de Sébastien Mizermont reprend cette forme géométrique, symbolisant l’agglomération parfois difficile d’êtres humains ainsi que la difficulté du vivre ensemble.

Les très belles lumières de Dimitri Vassiliu magnifient tout ceci !

Standing ovation à la fin de la représentation. Normal. Quoi de plus mérité !

Je ne saurais trop conseiller aux professeurs de musique en collège, ressassant à l’envi Starmania (Version Mogador, hein ! ) à leurs élèves plus ou moins intéressés et démotivés, de les emmener au Théâtre de La Madeleine, afin d’assister à cette formidable comédie musicale !

Un bien beau message humaniste se dégage de cette entreprise artistique, qu’il faut découvrir d’urgence.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article