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[Reprise] On ne jouait pas à la pétanque dans le ghetto de Varsovie

© Photo Y.P. -

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La triplette Adolf, Sigmund et Eric gagne une partie de pétanque très disputée !

Voici une autre reprise, au Petit-Saint-Martin, qu'il faut absolument aller découvrir ou re-découvrir ! 
Eric Feldman nous propose un spectacle nécessaire, rare et brillant ! 
Voici ce que j'écrivais en novembre dernier.

La triplette Adolf, Sigmund et Eric gagne une partie de pétanque très disputée !

Peut-on inviter à la fois l’initiateur de la Solution finale et le père de la Psychanalyse pour un stand-up à la fois hilarant et bouleversant afin d’évoquer les traumatismes subis par la descendance des victimes et des (rares) survivants de l’Holocauste ?

Eric Feldman répond à cette question non seulement par l’affirmative, mais avec une conviction de tous les instants, pour nous proposer un spectacle rare et brillant.

Il nous attend sur le plateau de la salle Topor, Eric Feldman.
Le plateau est presque nu.
Nous le trouvons dans son petit fauteuil de jardin, tablette assortie sur laquelle reposent des petits carnets qui auront leur importance un peu plus tard.

Il se passe un peu d’huile essentielle sur les poignets, remonte à plusieurs reprises ses chaussettes, relace ses sneakers…
Billie Hollyday nous rappelle qu’il vaut mieux marcher du côté ensoleillé de la rue…

Le voici presque recroquevillé, comme une petite chose…
Et puis subrepticement, il prend la parole, alors que les derniers spectateurs s’installent.
Cette parole qui va se faire entendre.

Durant presque une heure et demi, le comédien va nous tenir véritablement en haleine, et va nous faire beaucoup rire, pour mieux nous cueillir à froid, impitoyablement.
Le propos est on ne peut plus intelligent.

Cet homme se raconte. Il vient de terminer une psychanalyse.
Ses propres parents juifs furent des « enfants cachés », rescapés de la Tragédie.

Et oui, nous allons beaucoup rire. Pour mieux retomber à chaque fois en une fraction de seconde dans la plus grande émotion.
Une émotion vraie, sincère, intacte. L’effroi aussi généré par les réminiscences de toutes les horreurs passées.

La première qualité de ce spectacle réside dans la grande qualité de l’écriture d’Eric Feldman.
L’idée de confronter grande (et terrible) Histoire, psychanalyse et histoire familiale, côtoie en permanence le récit de ce type fragile, nous prenant à partie, se confiant à nous, un peu maladroitement, ce qui provoque de grands rires.

Le procédé fonctionne à chaque fois à la perfection et de manière imparable.
Il nous présente de façon naïve une anecdote arrivée à un membre de sa famille. (nous allons faire en effet la connaissance de Tante Sarah, des Oncles Lucien, Jacques, Gilbert et autres…)
Ou bien il nous parle de Freud, de sa psychanalyste, nous raconte des histoires drôles (celle du psy qui opine en disant « hmmmmmmmmmmmmmm » est magnifique.

Tout comme sa réflexion philosophique sur les mérites comparés de certains commandements de Moïse (ou de Dieu, on ne sait plus très bien...)
Nous, nous rions énormément.

Et puis sans crier gare la remise en perspective et en abyme du propose nous glace, en une fraction de seconde, donc, il passe de l’humour à l’horreur.
Pour rappeler ce qui s’est passé, pour dire et redire l’indicible.
C’est très malin. Nous, nous retrouvons « coincés », et notre rire se transforme immédiatement en sentiment de stupéfaction puis d’effroi.
Le comédien nous confronte donc à deux récits, celui qui parle de lui et de ses névroses, ainsi que le récit de ce personnage très attachant et de son histoire personnelle.
Le propos est on ne peut plus pertinent.

Eric Feldman ne bougera pratiquement pas de son fauteuil de bois.
On sent que le personnage y a ses aises, et peut-être qu’il s’y sent comme dans un espace protégé.

Olivier Veillon qui le met en scène et qui a collaboré à la dramaturgie, a notamment imaginé un moyen très subtil de nous présenter un membre de la famille d’Eric Feldman, par le biais de la projection d’un petit film très émouvant. Cette scène est magnifique !

Les fidèles de ce site connaissent bien Olivier Veillon, pour ses mises en scène des spectacles Plusieurs de Patrick Brossard, ou encore La fin du début (Seras-tu là) de Solal Bouloudnine.
On sait sa capacité à faire pleinement occuper un espace à un seul comédien.

Cet espèce de « stand-up théâtral d’art et d’essai » comme Eric Feldman aime à définir son spectacle nous permet de mieux comprendre les traumatismes de l’Autre, et des relations que nous pouvons entrenir envers cet Autre-là.
Des relations inhumaines, ou des relations de remise en confiance en soi et du Prochain.

On comprend évidemment combien le théâtre et combien un artiste peuvent avoir un rôle prépondérant dans l’évocation de ce sinistre passé, alors que les survivants sont de moins en moins nombreux pour témoigner.

Ils sont rares, les moments artistiques qui nous permettent par le rire et l’émotion la plus totale de nous confronter à la Shoah.
Il faut assister à ce spectacle nécessaire !

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