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Marius

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Dans le port de Marseille,

Y’a des marins qui partent…

Oh peuchère ! Ça me fend le cœur !

 

Je me suis toujours dit que ça arriverait bien un jour : Jean-Philippe Daguerre, avec la fougue, la maestria et le panache qu’on lui connaît, s’est emparé à bras le corps du célèbre premier opus de la trilogie marseillaise.

 

C’est toujours une gageure que de vouloir monter Pagnol.

En effet, le film éponyme réalisé en 1931 par Alexander Korda, étant encore et toujours tellement dans les esprits, qu’il faut un metteur en scène aguerri pour faire sienne cette pièce de l’un des plus grands dramaturges français du XXème siècle.

Ici, ce défi est magistralement relevé.

 

Celui qui, à force de recevoir des Molières, va devoir se faire construire une nouvelle cheminée, celui-ci nous enchante à nouveau. Daguerre fait du Daguerre, et c’est pour ça qu’on l’aime !

 

Comment ne pas être à nouveau frappé par le sens du rythme, du placement et des déplacements des comédiennes et comédiens, ainsi que par la vie et le réalisme qui se dégagent de cette nouvelle entreprise artistique !

Tous les élèves metteurs en scène devraient venir assister à cette leçon, à cette façon dont sont gérés les corps dans l’espace.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Jean-Philippe Daguerre a pris comme parti de respecter l’accent méridional original.

Il a eu raison, parce que les protagonistes de la pièce, issus majoritairement du sud-est de la France, sont capables de faire chanter la langue de Pagnol.

Les scènes cultes (la partie de cartes, la scène symétrique des "sorties secrètes" du père et du fils, ou encore celle des quatre tiers) sont ainsi gérées avec une grande intelligence et une bonne dose d’originalité.

 

Le propos a transposé dans les années 50-60, ce qui permettra de remplacer le personnage de Piquoiseau par un appareil aujourd’hui pratiquement disparu. Là encore, le parti-pris fonctionne à la perfection.

 

Le metteur en scène a su une nouvelle fois s’entourer d’une formidable distribution.

Sept comédiens et comédiennes vont incarner avec un engagement total, avec une force et une puissance de jeu jamais prises en défaut ces personnages plus attachants les uns que les autres.

 

Durant pratiquement deux heures, une cohésion totale émerge de ce spectacle, un véritable esprit de troupe règne sur le plateau, celle de la compagnie Le Grenier de Babouchka, bien connue des lecteurs de ce site.

 

Tous parviennent à endosser leur propre vision de leur rôle, nous faisant oublier les acteurs du film, sans pour autant dénaturer ou trahir le grand Marcel.

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Geoffrey Palisse et Juliette Behar (Molière 2025 de la révélation féminine dans Du charbon dans les veines), sont ces deux jeunes pris au piège d’un amour contrarié. Le duo Marius / Fanny est irréprochable.

 

Mademoiselle Behar, sans pathos de mauvais aloi, est on ne peut plus émouvante. Votre serviteur a senti les larmes monter à ses yeux à plusieurs reprises.

C’est en effet une difficulté supplémentaire que de traduire sur le plateau les rires francs et sains ainsi que l’émotion vraie et permanente de cette pièce.

 

Romain Lagarde en César (on se souvient de son rôle dans Le petit coiffeur), Teddy Melis (qui fut un inoubliable Sganarelle₎ en maître Panisse incarnent ces deux personnages eux aussi de manière magistrale. On rit énormément grâce à leur force comique mais aussi leur capacité à rendre terriblement humains ces deux hommes de la même génération, amis de longue date, tous les deux veufs.

 

Le monsieur Brun de Grégoire Bourbier (par ailleurs guitariste émérite) et l’Escartefigue de Christophe Mie (à la jolie voix), sont des contrepoints efficaces et savoureux des personnages principaux.

 

Et puis Solange Milhaud.

La comédienne nous subjugue par son jeu et sa vis comica on ne peut plus aiguisés. Jean-Philippe Daguerre et elle ont choisi de faire de cette Honorine un personnage haut en couleurs, une femme exubérante, drôle. Très drôle !

Elle est impayable dans son espèce de robe volontairement mal coupée. Son duo avec Romain Lagarde est irrésistible. Il faut la voir essayer de lui faire comprendre la présence de Marius dans le bar ! Une magnifique interprétation.

 

On ne change pas une équipe qui gagne : les lumières de Moïse Hill, les costumes de Corinne Rossi, (Ah ! Ce costume trois-pièces en lin beige de l’élégant Lyonnais Monsieur Brun…), les décors de Margaux Van Den Plas, et la musique de Hervé Haine contribuent également à la réussite du spectacle.

 

Il faut mentionner également que c’est un spectacle qui s’écoute attentivement avec toutes sortes de sons latéralisés du plus bel effet. Une création sonore subtile à souhait.
Spectacle musical, également… Je vous laisse découvrir !

Oh fan de Chichourle, vous l’aurez compris, il ne faut surtout pas passer à côté de ce moment de pur bonheur.

 

© Photo Y.P.

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