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Mamie Lüger

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

La belle et la Berthe.
A la fois !

Qu’elle est belle, Berthe, tant extérieurement qu’intérieurement !
Quelle belle personne que cette vénérable centenaire, assise sur sa chaise métallique, à nous attendre.

Une chaise d’une salle de garde à vue, au commissariat du coin.
Il faut dire aussi qu’elle vient de canarder à la 22 long rifle une escouade de policiers auvergnats.

Mais voyez-vous ce que c’est, en France, on ne doit pas tirer sur des policiers, auvergnats ou pas !
C’est ce que tente de lui expliquer le capitaine de police André Ventura.
Ce faisant, et ce non sans mal, le fonctionnaire va découvrir une singulière histoire.

Une confession d’une vie, une maïeutique à la fois drôle et tragique, qui aboutira sur une hallucinante découverte : Berthe est une tueuse en série.
Durant une heure et quart, nous allons comprendre les circonstances qui ont poussé celle qui naquit le 11 juillet 1914 à trucider quelques uns de ses contemporains, tous mâles.
Et au passage, nous allons l’absoudre. Prescription ou pas.

Josiane Carle et Carole Chevrier ont adapté le roman à la fois noir et éponyme de Benoît Philippon, publié en 2018 aux éditions Les arènes.
Les deux demoiselles ont réussi à saisir tout ce qui faisait le sel de ce portrait d’une femme magnifique, à la fois Tatie Danielle et Ma Dalton, à la fois féministe et humaniste.

Car c’est bien cela dont il s’agit.
Berthe avait ses raisons. En assassinant quelques représentants de la gent masculine, elle nous donne une merveilleuse leçon.

C’est Josiane Carle en personne qui a proposé à l’auteur d’adapter pour les planches son roman.
Un rôle qui semble tailler sur mesure pour la comédienne, elle qui a démarré sa carrière en 1962, qui connaît comme personne les CDN nationaux, elle qui a tourné avec Tony Gatlif ou Agnès Varda.

Elle a ensuite demandé à Antoine Herbez de mettre en scène la pièce.
Il interprètera également le flic chargé de cuisiner Berthe.

Si la comédienne nous attend sur le plateau de l’Essaion, lui surgit du fond de la salle.
Nous comprenons immédiatement que la distanciation de cette entreprise artistique ne régnera pas en maîtresse.
Non seulement nous avons le sentiment d’être nous aussi dans ce commissariat de province, non seulement nous sommes partie prenante de l’histoire (au fond, nous pourrions être tous les villageois de l’histoire), mais nous allons nous prendre très vite d’empathie pour cette vieille dame qui est tout sauf indigne.

Dans ce huis clos, ce qui se joue entre les deux personnages est jouissif et jubilatoire.
Quel bonheur d’entendre une vraie joute verbale entre deux comédiens, un texte fait de formules percutantes, de dialogues ciselés, en plus d’un propos dramaturgique intense, au service d’un message particulièrement nécessaire en ce moment.

Sans oublier un humour noir qui fait plaisir à entendre.
Ils sont finalement assez rares les textes politiquement incorrects.
Cette vénérable aïeule, qui n’a plus rien à perdre, qui ne craint ni la prison, qui n’a ni dieu ni maître, cette vieille dame va dire les choses, sans filtre, avec logique et raison.

Josiane Carle excelle à incarner ce personnage, lui conférant une merveilleuse présence, une extraordinaire épaisseur.
On aimerait tous connaître une telle Berthe, on aimerait tous l’embrasser.

La comédienne réussit parfaitement à faire passer cet humour noir, grâce à son art. Elle nous fait beaucoup rire, assénant les formules de l’auteur, très pince sans rire, avec un grand sérieux.
Son jeu remarquable nous permet d’entendre cette parole qui se libère.

Antoine Herbez est lui aussi tout aussi convaincant.
La progression de son jeu est tout à fait réjouissante.
De flic obnubilé par la procédure pénale, il devient presque un confident, et surtout, il va comprendre le pourquoi du comment.
Le comédien est alors très touchant, lui aussi. Il m’a beaucoup ému, dans ce rôle d’enquêteur qui va devenir presque un proche de la Mamie.

Il faut absolument aller applaudir les deux comédienne et comédien.
Il faut absolument assister à cette petite leçon de théâtre humaniste et féministe au sens premier du terme.

C’est un spectacle qui, par les temps qui courent, fait beaucoup de bien, un théâtre qui nous donne à réfléchir sur notre condition humaine, par le biais d’un magnifique portrait féminin contemporain.
Ils ne sont pas si courants, ces beaux portraits-là. Il faut en profiter !

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C
j ai vu ce spectacle a Toulon , je connais très bien cette merveilleuse comédienne ! courrez voir mamie Luger car c est excellent
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