8 Septembre 2025
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Beaumarchais chez les Marx Brothers, ou Emmanuel et la dissolution (des mœurs).
Ça devait bien arriver, nous commencions d’ailleurs à désespérer, une metteure en scène a pensé à Philippe Torreton pour incarner Figaro / Emmanuel. Enfin !
Léna Bréban nous propose une formidable vision survitaminée du chef d’œuvre de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais.
Une version très actuelle dans laquelle nous allons constater que quelque deux cent cinquante ans ans après la publication de la pièce, rien n’a hélas changé en ce bas-monde.
En 2025 comme en 1784, les rapports sociétaux sont toujours empreints du syndrome de la lutte des classes. Selon que vous appartiendrez à la France d’en haut ou d’en bas, vous ne serez pas le même citoyen aux yeux des autres, de la justice, de la loi, du pouvoir en place ou des banquiers.
En 1784 comme en 2025, en plein post-#Meetoo, les rapports entre hommes et femmes confinent bien souvent à la domination, au patriarcat et à la soumission.
C’est ce qu’elle veut nous dire, Mademoiselle Bréban.
Comment elle veut nous le dire relève du plus réjouissant et fin burlesque. On touche du doigt au genre de la farce.
Chez elle, les comédiens courent, tombent, s’empoignent, se frappent. Chez elle, on crie, on hurle, on trépigne, on fait claquer les portes, presque comme dans un vaudeville.
Et nous, nous assistons durant presque deux heures à des moments jubilatoires, tourbillonnants et surtout très drôles.
Le propos sociétal et politique au sens noble du terme est en effet traité de manière fort humoristique. Quand le rire se place au service de la démonstration.
Léna Bréban sait bien que les grands auteurs sont faits pour être chahutés, à condition d’en respecter la substantifique moelle.
Ici, des petits ajouts, très spirituels et très espiègles, viennent émailler le texte, confortant la contemporanéité du discours. D’ailleurs, Chérubin s’avèrera être un grand fan d’un chanteur à l’accent du Sud-Ouest.
D’autres éléments viennent conforter le message universel de cette mise en scène. Ici, toute référence à Séville et à l’Espagne est gommée.
En outre, les très beaux costumes d’Alice Touvet, par le mélange des époques, permettent d’effacer toute référence nette à telle ou telle époque.
Philippe Torreton, donc.
Un Figaro d’anthologie. Le comédien, qui campe un valet de comédie tel qu’on les aime, ne va ménager ni son énergie, ni sa puissance de jeu, ni sa force comique.
Il est impossible de ne pas être subjugué, une nouvelle fois, par son engagement et le côté « rentre-dedans » qu’il donne au personnage.
Le célèbre monologue tant attendu devient avec lui une véritable proclamation, presque un discours militant. Il est alors époustouflant. Dans la salle, un silence retentissant se fait entendre !
Un immense Figaro !
La metteure en scène est parvenue à construire une épatante distribution autour de Torreton.
À commencer par Marie Vialle, qui campe une Suzanne haute en couleurs, féministe avant l’heure. La comédienne, on ne peut plus convaincante, avec une lumineuse présence, est le parfait versant féminin du rôle éponyme. Ce couple Suzanne-Figaro emporte tous les suffrages.
Il en va de même pour les deux aristos.
Grégoire Oestermann, que l’on a tant applaudi récemment chez Duras, mis en scène par Jacques Osinski à l’Atelier, est le Comte Almaviva.
Le comédien excelle lui aussi, en noble odieux et dépassé. Ses mimiques incroyables, ses apartés, ses adresses au public déclenchent bien des rires dans la salle.
À ses côtés, Grétel Delattre incarne une Comtesse à la fois présente et fragile. Son jeu, tout en subtilité, est également source de félicité.
Autre couple magnifique, Annie Mercier et Jean-Jacques Moreau, respectivement Marceline et Bartolo. Les deux, eux aussi, vont faire fonctionner nos zygomatiques à plein régime.
La voix de Mademoiselle Mercier est toujours aussi fascinante !
Oh ! Un grand Chérubin ! Au propre comme au figuré.
Antoine Prud’homme de la Boussinière est ce personnage souvent interprété par une jeune femme. Lui aussi nous réserve de grands moments de comédie qu’il faut se garder de révéler ici.
Le reste de la distribution est à l’avenant.
Jean-Yves Roan, en jardinier alcoolique, Salomé Diénis-Meulien en Fanchette dévergondée et percussionniste et Eric Bougnon dans les autres rôles nous amusent également énormément.
Il est à noter qu’avec Léna Bréban, le quatrième mur est allègrement enfoncé.
La belle scénographie d’Emmanuelle Roy (pléonasme...), permet également de tisser une judicieuse passerelle entre Le XVIIIème siècle et le nôtre.
Cette entreprise artistique sera très applaudie, les « Bravo ! » fusant, des spectateurs se levant !
Comment pourrait-il en être autrement ?
Il faut absolument aller applaudir cette vision du chef-d’œuvre de Beaumarchais.
C’est un autre spectacle incontournable de ce début de saison !
La Folle journée ou Le Mariage de Figaro - La Scala Paris
" C'était hier mais c'est aujourd'hui. " Figaro le valet veut épouser Suzanne la camériste, mais le comte qui s'est lassé de la comtesse, voudrait bien exercer sur Suzanne le droit du...
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