29 Août 2025
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86 % de 5 %… Pas beaucoup, non ?
5 % : on estime que 5% des victimes d'agressions sexuelles portent plainte.
86 % : c’est le nombre de ces plaintes qui seront classées sans suite.
Vraiment pas beaucoup, non ?
Ces deux données numériques sont extraites de ce spectacle coup de poing, un spectacle qui dresse un implacable et indispensable état des lieux concernant ce crime que sont le viol et autres violences sexuelles.
Un spectacle on ne peut plus réussi, que ce soit sur le plan du fond comme celui de la forme.
Sur scène, ils nous attendent, les comédiennes et comédiens de la compagnie belge du Théâtre CreaNova.
Le titre Taladjinata de l’épatant trio Zéphyr et de Steve Shehan est diffusé dans les enceintes de la Manufacture des abbesses.
Cinq comédiennes et comédiens qui vont jouer le rôle de… comédiennes et de comédiens.
Le théâtre dans le théâtre, une mise en abyme dramaturgique au service d’un propos on ne peut plus dramatique.
Tous vont interpréter non pas un personnage unique, qui une victime, un avocat ou un policier, une mère, une amie, une militante, mais vont jouer au contraire toutes les victimes, l’institution judiciaire en général, les familles, les proches et le monde associatif.
C’est ce que nous explique Enzo, le metteur en scène de la petite troupe, se plantant devant nous, en guise de préambule.
Enzo, c’est Luca Franceschi, qui a écrit et mis en scène la pièce, d’après une initiative de Carole Ventura, elle aussi membre de la compagnie.
L’écriture de ce spectacle a été rendue possible grâce à des rencontres avec le terrain, à savoir avec toutes les personnes concernées par la problématique. Il a été question également d’assister à différents procès à Bruxelles.
Le travail de recherche a été finalisé par une conférence organisée conjointement par Caroline Poiré, avocate pénaliste, et le département santé de l’Université Libre de Bruxelles, en présence de représentants de SOS viol et d’Amnesty international.
Tout ceci pour vous préciser que tout ce qui va nous être exposé relève bien de la triste et sordide réalité. Ce qui nous est raconté, c’est le réel dans toute sa hideur.
Tout s’est vraiment déroulé non pas pour de bon, mais bien pour de mal.
Parfois, c’est dur. Très dur.
Ce faisant, nous allons être confrontés à un panorama très complet et très rigoureux des tenants et des aboutissants du phénomène des violences sexuelles, avec différents points de vue, différents paradigmes, différents discours selon les personnes impliquées.
Avec un rythme soutenu, qui jamais ne retombe, avec sobriété mais toujours avec la plus grande rigueur, nous sont exposées des situations parfois insoutenables.
Il est également question de montrer les dysfonctionnements de la machine policière et judiciaire : souvent la victime d’un viol connaît une seconde victimisation, face aux fonctionnaires qui la reçoivent.
Tout ce qui nous est montré et dit est en permanence remis en perspective grâce aux informations délivrées par Carole Ventura dans le rôle des Membres d’associations aidant les victimes.
(Avec notamment un rappel essentiel et primordial : le viol, s’il est évidemment un crime physique, est avant tout une volonté pour le violeur d’user de façon absolue de son pouvoir sur un autre être humain.)
En ce sens, tout ceci est évidemment on ne peut plus pédagogique.
Je ne sais pas qui sera ministre de l’Education nationale dans trois semaines en France, mais celle-ci ou celui-là ferait bien de conseiller à ses proviseurs de lycée de se pencher sur le fait d’emmener leurs ouailles assister à ce spectacle.
Mais il y a plus.
Théâtre dans le théâtre, donc.
A un moment donné de la dramaturgie, les personnages s’accordent une pause.
Certains d’entre eux vont douter, et surtout vont s’apercevoir que tout n’est pas aussi clair pour eux, quant à leur perception du patriarcat ou de la « culture du viol ». Ou comment se positionner sur ce terrible thème.
Ce passage est passionnant : c’est l’occasion pour les spectateurs de prendre véritablement conscience du « boulot qui reste encore à faire » en la matière, et du chemin qu’il reste à parcourir pour que la prise de conscience soit pleinement collective.
Il faut absolument diriger vos pas vers la Manufacture des Abbesses.
Classement sans suite est un spectacle important, de ceux qui nous interpellent de façon très pertinente, et qui nous disent combien le monde peut aller mal.
Mais c’est également un spectacle qui permet d’éveiller les consciences, et qui en ce sens parie sur l’Homme.
Un spectacle nécessaire !
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Classement sans suite | Festival Avignon | Luca Franceschi
Spectacle d'utilité public. Du 29 juin au 21 juillet à 18h30 - relâche les jeudis - au Théâtre La Luna.