12 Juillet 2025
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Joueur de blouse ! Il est un joueur de blouse !
Cette blouse, ça fait un bon bout de temps qu’il l’endosse, Stan, régisseur à l’Olympia de son état.
Nous sommes en 1997. Le 13 novembre, très précisément. Un jeudi, encore plus précisément.
A cette date (vous aurez compris à quelle point elle est précise…), on inaugure le « nouvel » Olympia, reconstruit à l’identique, après sept mois de travaux.
L’occasion pour ce technicien faisant partie des meubles du mythique music-hall de nous raconter ses souvenirs et ses anecdotes.
De nous dire sa vérité, également, sur tous ces artistes français et internationaux qui ont foulé les planches de la légendaire salle.
Durant une heure et vingt minutes, le temps de bricoler une servante, cette lampe qu’on laisse allumée sur la scène lorsque l’on ne joue pas, nous allons revivre les grandes heures de l’Olympia, nous allons côtoyer Bruno Coquatrix, le patron, le fondateur, nous fairons connaissance avec Jean-Michel Boris, directeur artistique, avec Lulu et ses pizzas « dégueulasses »… (je vous laisse découvrir ce dernier personnage.)
Et puis surtout, surtout, nous allons assister à un passionnant spectacle musical, aucours duquel, nous serons remis en mémoire, et de quelle façon, une foultitude de « tubes » intemporels, faisant désormais partie de notre patrimoine culturel commun.
Tito Clément est celui à qui nous devons ce spectacle des plus réussis.
Chanteur, musicien multi-instrumentiste, auteur-compositeur, comédien, cet artiste aux multiples facettes endosse la blouse de ce Stan, prétexte pour lui de nous interpréter ces chansons que nous nous surprendrons à fredonner avec lui.
Quelle voix, M. Clément !
Ténor émérite, doté d’une technique vocale on ne peut plus solide, jamais prise en défaut, et ce sans l’aide de Melodyne ou Protools (suivez mon regard du côté de la Belle Province...), Tito Clément va nous enchanter à faire siens ces bouts de vie que sont ces chansons.
Ici, il sera hors de question d’imiter Eddy Mitchell, Claude Nougaro, le grand Brel, Michel Jonasz, Charles Aznavour, un certain Johnny Hallyday et consorts.
Tito Clément s’est approprié de façon très personnelle toutes ces mélodies et tous ces extraits de paroles, pour nous en restituer sa propre version.
Je n’ai évidemment pas compté le nombre de chansons évoquées, mais le nombre est impressionnant.
On mesure à ce propos musical délibéré d’appropriation la volonté de l’artiste de mettre l’accent sur la qualité intrinsèque du répertoire interprété, et non pas de « singer bêtement » les chanteurs, aussi illustres qu’ils soient !
Et ce, sans nostalgie de mauvais aloi, et surtout sans ce discours « c’était mieux avant, ma pôv’ dame ! » qu’on entend trop souvent...
Le chanteur n’est (presque pas) seul sur scène, puisque derrière un rideau de tulle noire, nous apercevrons les deux musiciens qui jouent avec lui (je rappelle ici que je déteste le verbe « accompagner », beaucoup trop réducteur…)
Bernard Menu a réalisé de somptueux arrangements pour son piano et la contrebasse de François Bernat, ainsi que de très subtiles transitions entre les medleys de chaque artiste évoque.
De la très belle ouvrage. On se surprend même à deviner les chansons qui vont suivre après avoir écouter leur introduction.
Pour le côté dramaturgique, Tito Clément et son metteur en scène Laurent Malot ont opté pour un autre judicieux propos.
Chaque chanteur qu’il interprète sera également évoqué par un accessoire vestimentaire.
C’est ainsi que le budget « vestes » de la production doit être assez conséquent…
Blanche pour Schmoll, chamarée pour le grand Charles, ah que à franges p(ur Johnny, noire et sévère pour celui qui a assuré la célébrité définitive des lacs du Conemarra, etc, etc...
Des écharpes, une cravate à pois pour Bécaud, des chapeaux (notamment pour les stars internationales passées à l’Olympia) viennent également croquer chaque interprète.
Tout ceci fonctionne à la perfection.
L’humour n’est pas absent de cette entreprise artistique.
Le texte est truffé d’anecdotes savoureuses, avec des formules très drôles, qui nous tirent bien des sourires.
Le passage consacré à notre Johnny Hallyday se termine de manière épatante ! (Là encore, je vous laisse découvrir...)
Et les filles, me direz-vous ? N’y aurait-il eu que des hommes à monter sur la scène de l’Olympia ?
Non, bien entendu !
Tito Clément n’a pas hésité à s’emparer des plus grandes chansons de la môme Piaf, qu’il fait également siennes.
Et puis, j’ai été ravi de l’hommage rendu à un artiste trop tôt disparu, en l’occurrence l’auteur-compositeur Alain Leprest, avec l’intégrale de sa magnifique chanson C’est peut-être.
Un moment très fort du spectacle.
Vous l’aurez compris, il ne faut pas manquer ce très beau spectacle qui fait énormément de bien, par les temps qui courent.
Certes, c’est l’occasion de « réviser nos classiques », mais nous sommes bien au-delà de cette pure dimension patrimoniale.
Cet hommage à un lieu phare des soirées musicales parisiennes, mais également et peut-être surtout à la chanson, cet art majeur parfois tant décrié, est avant tout un concert d’un talentueux et impressionnant artiste.
Merci beaucoup, Tito Clément !