27 Juin 2025
Bird lives !
Et pas qu’un peu !
Peut-on jouer du jazz avec sur scène, outre un pianiste, un contrebassiste, un batteur, un clarinettiste-saxophoniste, mais aussi un harpiste, une hautboïste ainsi qu’un sextet à cordes ?
Vous avez une heure.
Avec son nouveau projet, Edouard Pennes rend un vibrant hommage à Charlie Parker, avec les propres standards du saxophoniste ou des titres qu’il a repris.
On se souvient que quelques années avant sa disparition, l’immense musicien avait enregistré un album « Charlie Parker With Strings », produit par le légendaire Norman Granz.
Un double-album passionnant mais dont on a tendance à oublier un peu l’existence.
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C’est dans cet esprit que le contrebassiste nous replonge dans l’esprit de ce mythique enregistrement.
Pour ce faire, il a fait appel à de très talentueux musiciens, qui durant un peu moins de soixante minutes, vont nous ravir.
Tout commence par les cordes.
Jules Dussap, Anton Hanson et Khoa-Nam Nguyen et Suichi Okada au violon, Gabrielle Lafait à l’alto et Simon Dechambre au violoncelle.
Le premier morceau du set. Embraceable you. George Gerschwin, 1928.
Il est impossible de ne pas avoir des frissons qui vous saisissent, grâce au magnifique arrangement de David Paycha, par ailleurs batteur de la soirée.
Comment ne pas penser à Debussy, à Ravel, eux qui ont tant écrit pour les cordes ?
Une rondeur, une magnifique pâte sonore, de subtiles harmonies nous procurent plaisir et bonheur.
J’étais en admiration devant cette toute première intervention des "cordistes".
Et puis la rythmique et les solistes entrent en jeu. Le public reconnaît le thème, popularisée par une certaine Billie Holyday.
La transition est toute subtile.
Un habitué du festival, Giacomo Smith, au sax alto, nous sidère, encore et toujours, par sa virtuosité et son lyrisme, toujours au service du propos et du discours musical. Non à la virtuosité pour la virtuosité.
Edouard Pennes à la contrebasse et David Paycha à la batterie assurent de la plus belle des manières l’assise rythmique.
Et nous de comprendre sans plus attendre que nous allons assister à un grand moment musical.
On continue avec une composition de de David Paycha, justement, Times on my hands.
Au piano, Bastien Brison nous régale de son toucher fin et délié, avec des volutes mélodiques impressionnantes.
La harpe de Marcel Cara entre en jeu. Un instrument qui compte de plus en plus dans le jazz, comme en témoigne notamment le tout dernier album en date de Brandee Younger.
Chasin the Bird. De Mister Parker himself !
Avec un solo d’Edouard Pennes qui se lance dans une walking bass d’anthologie. On savoure les allées et venues sur le manche de la contrebasse,
Et puis le « chase » s'installe véritablement avec un subtil et jouissif 4-4 entre les cordes et la batterie. Un moment intense du concert.
Voici Begin the Begin, composé par Cole Porter.
Le hautbois de Lou Nygren donne la réplique à la clarinette de Giacomo Smith.
La grâce, la délicatesse sont une nouvelle fois au rendez-vous, comme en témoigne notamment la fin du morceau, avec cette petite note qui vient conclure le subtil et délicieux arrangement. C’est d’une grande beauté. Les spectateurs prennent alors un peu de temps pour applaudir, tellement ils sont encore plongés dans ce qu’ils ont entendu.
Avec Cherokee, de Ray Noble, écrit en 1938, le groupe enchaîne avec un autre très grand standard du be-bop.
Monsieur Edouard nous ravit une nouvelle fois, confirmant son importance au sein du petit monde des contrebassistes français. Un vrai régal.
On finit (oui, déjà... Le public trouvera que c’était beaucoup trop court…) on finit par une reprise du célèbre Tico-tico une chanson choro-brésilienne composée par Zequibha de Abreu en 1917, et popularisée par les Andrew Sisters et leur close-harmony.
Le public reprend en chœur le refrain, galvanisé par ce qu’il entend.
une ovation saluera les musiciens au terme de ce dernier titre.
Ce projet musical fait partie de ceux qui vous procurent un immense bonheur, de par le talent, la virtuosité, la profondeur et la pertinence des intentions artistiques. Ici, nous avons un vrai propos, celui de mettre en valeur un grand aîné dans l'une de ses facettes que l'on ne connaît pas forcément très bien.
Edouard Pennes a ouvert ce 45ème festival Django Reinhardt de la meilleure façon qui soit !
J’aurai la chance de le retrouver ce bel ensemble musical au Festival de Nice en Juillet prochain.
J’attends déjà ce moment avec une grande impatience !