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Youn Sun Nah, Bojan Z et Thomas de Pourquery en concert au Festival Jazz à Saint-Germain des Prés

© Photo Y.P.

© Photo Y.P.

Youn Sun Nah, ou l’invitation au voyage.

C’est en effet à un véritable voyage musical, à la fois stylistique, géographique et historique que nous invitait hier la plus française des chanteuses de jazz sud-coréennes.
De jazz, mais pas que.
La demoiselle est connue ces derniers temps pour sa propension à visiter d’autres répertoires, et faire siens des titres issus d’autres contrées musicales que celle des notes plus ou moins bleues.

Ou comment faire cohabiter en une heure et trente minutes, rappels compris, des titres immortalisés par Nina Simone, Asto Piazzola, Issac Albeniz (oui oui…), Jefferson Airplaine (encore oui oui…), Tom Waits, ou encore Fiona Apple...

A l’occasion du concert inaugural du 25ème festival Jazz à Saint-Germain, Youn Sun Nah nous a une nouvelle fois purement et simplement envoûtés de sa voix unique et reconnaissable entre mille.

Une voix au timbre si particulier, un timbre suave, velouté, fait de délicatesse et de douceur, qui peut passer en une fraction de seconde à une puissance formidable proche d’une sauvagerie délicieuse proche quelquefois de la transe.
Une voix qui parfois se transforme également en petits feulements très félins, aux accents soudains et inattendus.

Cette fois-ci encore, à l’occasion de ces quatorze titres d’un étonnant éclectisme, la chanteuse va nous charmer de sa tessiture unique.
Des graves profonds, mais aussi des aigus déchirants ou hallucinés.
Elle semble toujours autant se jouer des difficultés techniques. Comme si tout était évident, comme si tout était facile, avec un vrai sens du phrasé et de l’émotion à délivrer au public.

© Photo Y.P.

Tout commence avec la kalimba.
Le petit instrument africain, comme un hommage au continent où tout a commencé, bientôt rejoint par le Fender Rhodes de Bojan Z.
L’alliance des notes cristallines…

Bojan Z, l’un des pianistes les plus subtils et les plus éclectiques (lui aussi…) de la scène jazz française.
Ces deux-là devaient bien se rencontrer un jour. C’était écrit.

© Photo Y.P.

Avec ces quelques notes introductives, nous comprenons immédiatement que nous allons assister à un grand concert.
Les deux artistes vont véritablement entrer en communion. Il n’y aura pas un accompagnateur et une chanteuse, mais bien deux musiciens qui ont cette capacité à créer une osmose, une totale cohésion musicale.

Feeling good. Nina Simone.
La barre est très haute. D’emblée. La version est on ne peut plus personnelle.
Mademoiselle Youn Sun nous donne dès les premières minutes une petite leçon d’interprétation.
L’émotion nous saisit, et ne nous quittera plus du concert.
Cette version-là est complètement habitée, bouleversante.

Cocoon, une chanson du groupe Siouxsie and the Banshees (1982), une version chantée du Libertango, de Piazzola, Sometimes I feel like a motherless child, ce spiritual remontant à la fin du 19ème siècle, ou encore Asturias, d’Albeniz (une interprétation on ne peut plus personnelle presque scattée, à base d’onomatopées puissantes et saisissantes.
L’éclectisme, vous dis-je !

© Photo Y.P.

Le concert continue avec Baltimore Oriole, une chanson de 1942, du compositeur américain Hoagy Carmichaël, et dont les paroles de Paul Webster évoquent une histoire d’amour avec... un oiseau, le fameux Oriole de Baltimore.
Bojan Z nous enchante lui aussi, notamment avec ses arrangements.
Parfois, il utilise des effets numériques, lançant des loops réverbérés, créant des climats un peu mystérieux, un peu fantastique.

God’s gonna cut you down. Du chanteur et guitariste Johnny Cash. (Repris plus récemment par Marylin Manson…)
« Tu peux courir aussi longtemps que tu peux, Dieu finira par te punir… »
Le pianiste use de son Steinway & Sons comme un instrument de percussion, créant une rythmique toute particulière. Le propos musical est passionnant.

© Photo Y.P.

Lilac Wine, lui aussi immortalisé par Nina Simone. Le public retient son souffle devant tant de beauté vocale.. Une autre version totalement habitée, de la part de la chanteuse.

Et puis le fameux White Rabbit, du groupe de rock Jefferson Airplane, en 1967.
Back to the psychadelism ? Oui, mais avec la sensibilité de Youn Sun Nah qui transforme ce titre en un morceau à la fois puissant et délicat. Encore les contrastes !

© Photo Y.P.

Bojan Z entame un solo en plaquant de grands accords remplaçant la guitare électrique des seventies. Il sera très applaudi à cette occasion.

Et puis l’invité que tout le monde attendait !
Un invité qui commence à jouer espièglement en coulisse à cour, (on reconnaît quelques notes de Ne me quitte pas…), puis qui pénètre sur le plateau sous nos applaudissements.

© Photo Y.P.

Voici Thomas de Pourquery, le saxophoniste multiple et protéiforme, lui qui a joué sur le tout premier album de Youn Sun Nah, mais qui n’avait jamais partagé avec la scène avant ce soir, nous apprendra la chanteuse, avec une émotion non dissimulée.

Song to the Siren, avec ce saxo soprano déchirant, puis My funny Valentine, l’un des plus grands standards de jazz de tous les temps.
Thomas de Pourquery chante ce morceau, formant avec la chanteuse un duo vocal d’une intensité magnifique, où les deux voix complémentaires nous donnent des frissons.
Une version qui mériterait un enregistrement. J’envie l’ingénieur du son FOH qui gardera dans le disque dur de son ordinateur la trace de ce moment unique.

© Photo Y.P.

Dernier titre : Hot knife, cette chanson de Fiona Apple, en 1982.
Nous voici presque dans un groove funk, avec le retour du pianiste-percussionniste. Oui, ça chauffe !
Une ovation salue les dernières notes. Quoi de plus logique.

Les rappels.

« Merci de m’avoir rappelée ! », plaisante d’une toute petite voix la chanteurse.

Le premier sera Just sometimes, composée par Armando Manzanaro, avec les paroles « d’une de mes chanteuses préférées », nous apprendra Youns Sun Nah, à savoir Norma Winstone.
Une somptueuse ballade, mélancolique et bouleversante. Encore une petite leçon d’interprétation. Nous, nous sommes aux anges.

Et puis le concert se terminera avec Jockey Full of Bourbon, d’un certain Tom Waits.
Encore un bel exemple d’ouverture qui nous montre la volonté de la chanteuse de s’extirper de sa « zone de confort ».

Une standing ovation attendait les trois musiciens.
Les « bravo » fusent, et l’applaudimètre atteint des records.
Comment pouvait-il en être autrement ?!

Ce merveilleux concert est de ceux qui laissent de profonds souvenirs ! De ceux qui vous font dire en sortant de la salle : « j’y étais ».
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Avant de vous laisser vaquer à vos occupation favorites, j’aimerais signaler ici l’élégance de Mademoiselle Youn Sun Nah envers des backliners qui ont eu du mal à régler un souci technique en direct.
Au lieu de les apostropher vertement, comme avait pu le faire au Nice Jazz Festival une certaine autre chanteuse de jazz très connue, Mademoiselle Youn Sun Nah a chaleureusement remercié ces techniciens-plateau.
L’élégance !

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