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Ubu président

© Photo Y.P.

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Cornegidouille ! Rien ne va plus chez les Ubu !
Mère Ubu et Père Ubu se chamaillent. Bon, ça encore, on avait l’habitude.
Mais voilà-t-y pas que la Mère a de grandes ambitions pour le Père : ni plus ni moins que devenir Président de la République.
Si si, c’est comme je vous l’dis !

Mohamed Kacimi nous propose une formidable et hilarante adaptation du chef d’œuvre d’Alfred Jarry.
Une comédie tragico-burlesque, une farce désopilante et jouissive qui nous tend un miroir impitoyable de notre société politico-démagogico-médiatique.

Oui, ce petit monde dans lequel le premier démagogue venu, fût-il Ubu en personne, le premier gugusse néo-fasciste à promettre à un peuple crédule et abruti par des chaînes d’info en continu des temps heureux, ce petit monde-là, c’est le nôtre.

Et nous d’assister à toutes les phases de cette conquête du pouvoir.
Les promesses irréalisables mais qui parlent tellement aux oreilles : fin des impôts, des taxes, des limitations de vitesse, interdiction de vieillir, j’en passe et non des moindres.
La main mise d’Ubu par la chaîne Niouze, prête à tout pour faire de l’audience.
La confrontation avec le pouvoir en place, à savoir un président mythomane (et sa femme manifestement plus âgée), au surnom issu d’un dieu de l’Olympe.
Des interviews et un débat menés par un animateur qui appelle ses télespectateurs « Mes p’tites beautés en sucre »… On s’y croirait, non, Cyril ?
Le pouvoir, son usure, ses mesures démagogiques, son fiasco, et la mesure ultime qui permet de rester sur le trône.
Ou pas.

Tout ceci résonne furieusement à nos contemporaines oreilles.
En permanence, des références à l’actualité, à des situations vécues, à des personnages évidemment existant, tout ceci nous interpelle et nous fait rire.
Oui, nous rions, mais au final, tout comme Jarry en son temps, Mohamed Kacimi nous propose beaucoup plus que de nous amuser, même beaucoup nous amuser.
Sa relecture, et donc sa vision de notre société, est à la fois subtile, profonde, on ne peut plus pertinente, et surtout sans concession.

Au fond le dramaturge nous renvoie sans autre forme de procès notre image, ce qui devrait nous terroriser pour mieux nous corriger.

Ici, le burlesque va régner en maître, avec des situations à la fois bien réelles rendues drôlissimes, des formules absolument étourdissantes, dignes de Jarry ou des plus grands surréalistes (celle concernant ce que la nostalgie est pour le cerveau m’a fait hurler de rire. Je n’en dis évidemment pas plus…).

Mais qu’on ne s’y trompe pas : ce rire de qualité, prétexte à une réflexion permanente, a quelque chose de salvateur, de libérateur. Nous pouvons rire des travers de nos sociétés que l’on dit modernes…
Avec Ubu, les Groenlandais n’ont qu'à bien se tenir !

La metteure en scène Isabelle Starkier a bien compris le parti-pris burlesque de tout ceci.
Durant une heure et trente minute, va régner sous couvert d’une implacable démonstration socio-politique, un déferlement de situations hilarantes.
Tex Avery, Chuck Jones ne sont pas loin.
Oui, devant nous, vont se débattre des personnages souvent hallucinés, qui vont faire fonctionner nos zygomatiques à plein régime. Un rythme de folie, sans aucun temps mort nous attend.

Ce spectacle sera également musical.
Comme une sorte de tragi-comédie musicale, avec la partition très réussie d’Alain Territo.
Des chansons (je défie quiconque de ne pas fredonner la dernière en sortant du théâtre) mais aussi des chorégraphies, des numéros de claquettes, tout ceci est également très réussi.

© Photo Y.P. -

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Et puis bien entendu, des comédiennes et des comédiens qui vont nous entraîner dans un tourbillon permanent.

Père Ubu, c’est Stéphane Miquel.
L’hilarant Stéphane Miquel, qui campe ce héros avec une merveilleuse vis comica.
Son personnage, c’est un mélange d’un Auguste et d’un Louis de Funès au mieux de sa forme.
Le comédien est éblouissant, avec son énergie de tous les instants, sa gestuelle hallucinée, ses grimaces, ses mimiques, ses ruptures, ses moments de fureur, ses trépignations, tout ceci relève de l’art et de la maîtrise absolue du burlesque.

Clara Starkier campe son épouse, avec tout autant d’énergie et d’enthousiasme.
Le duo fonctionne à la perfection. On est complètement pris par ce qu’ils nous disent et nous montrent. Comme ils sont convaincants, ces deux-là !
Leurs chorégraphies, leurs numéros de claquettes fonctionnent à la perfection.

Tous les autres personnages sont interprétés avec la même énergie par trois comédiens-musiciens, qui eux non plus ne vont pas laisser leur part au chat.

Stéphane Barrière sera notamment un président très actuel, avec un important et très spirituel monologue, dans le genre Lear divaguant sur le Pouvoir avec un grand P.
Dans sa redingote, ceint du grand cordon rouge le la Légion, il est épatant de drôlerie.
Il est également un excellent pianiste, au sein du Jarry’s band.

Michelle Brûlé nous fait également beaucoup rire, notamment en présentatrice vedette de la chaîne Niouze, en animateur TV (cf un peu plus haut).
Accordéoniste accomplie, elle est également un membre essentiel du trio.

Les autres rôles sont interprétés par Gene Johnson, qui est notamment un formidable maire-premier-ministre à l’accent du sud-ouest (béarnais, l’accent, du côté de Betharram ? Allez donc savoir, par les temps qui courent…).
Lui aussi est un sacré musicien, à savoir un saxophoniste (soprano le sax…) de grand talent.

Je n’oublierai surtout pas de citer les magnifiques (oui je pèse cet épithète) costumes de Aurore Popineau qui eux aussi contribuent pleinement à la réussite de la pièce.

Vous l’aurez compris, il faut impérativement assister à ce spectacle, il ne faut manquer à aucun prix cette magnifique entreprise artistique qui assurément sera l’un des grands succès à venir non seulement à Avignon, mais surtout lors de la prochaine saison théâtrale.
On parie ?

© Photo Y.P. -

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