6 Mai 2025
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Reprise à la Grande Halle de la Villette, de ce magnifique spectacle-coup de poing qu'est Daddy.
Voici ce que j'écrivais en mai 2023, voici deux saisons, après une soirée inoubliable à l'Odéon.
Un spectacle à voir, à revoir, à découvrir ou redécouvrir !
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Oh Daddy Daddy pas cool !
Dis-moi à quoi tu joues, je te dirai qui il n’est pas !
Autant l’écrire tout de suite : en sortant de l’Odéon, encore bouleversé et sous le choc, je me suis demandé si je n’avais pas vu MA pièce de l’année !
En nous confrontant aux sugar daddys, ces salopards qui à travers les jeux video, le métavers, les réseaux sociaux attirent dans leurs rets pour violer de tous jeunes mineurs, Marion Siéfert et Matthieu Barrère nous plongent dans une abyssale, bouleversante, déchirante descente aux enfers.
Ou comment trouver le théâtre là où l’on ne l’attend pas.
Marion Siéfert, en s’emparant de ce phénomène de société, en nous racontant la souffrance indicible d’une jeune fille de 13 ans, continue de porter haut et fort la parole des enfants et des adolescents. Une parole trop souvent passée sous silence, notamment dans ces cas d’abus sexuels consécutifs à la fréquentation trop assidue de ces mondes virtuels.
Des prédateurs rôdent derrière les images numériques de ces jeux d’apparence anodine.
C’est cette parole, c’est cette douleur, cette plainte sourde mais révélée auxquelles nous allons être confrontés.
Tout commence donc par un jeu vidéo.
Nous suivons en direct des avatars de joueurs dans un monde virtuel, où le but du jeu semble être de tirer sur tout ce qui bouge, et de se faire des alliés pour anéantir encore plus de « tout ce qui bouge ». (Coup de chapeau à Antoine Briot pour tout son travail vidéo.)
En voix off, nous entendons les mots de ceux qui ont la manette dans la main.
Une fois le but atteint, retour sur le plateau, avec une famille très très classe-moyenne du sud-est, qui prend l’apéro, mauresque obligée. (Sirop d'orgeat + liqueur anisée + eau glacée, avec modération, bien entendu...
Un premier malaise émerge. Les filles de la famille sont en train de jouer dans leur chambre à ce jeu. La conversation prend très vite une tournure sexuelle.
Une première et réelle tension, un sentiment de malaise montent du plateau.
Le piège peut se mettre en place.
La jeune Mara, 13 ans, est contactée par un certain Julien, plus âgé.
Split-screen en direct. Nous suivons la conversation. Julien met en valeur, flatte la petite, et l’attire dans un soi-disant extraordinaire nouveau jeu vidéo, Daddy.
Bien entendu, nous, nous savons ce qui va découler de cette invitation, nous nous doutons des terribles conséquences.
Marion Siéfert s’est livrée à un véritable travail d’enquête, elle a recueilli le témoignage de psychologues, de thérapeutes qui interviennent auprès de jeunes abusés, de gamins complètement détruits.
C’est peu de dire que l’écriture des deux auteurs est précise, directe, percutante, vraie, dérangeante mais si réelle.
Nous sommes au théâtre : Mademoiselle Siéfert a donc situé tout le reste de la dramaturgie dans l’univers de ce jeu vidéo.
Les comédiens interpréteront les avatars des personnages de la pièce.
Le parti-pris va fonctionner au-delà de toute espérance, sidérant les spectateurs.
Nous allons être plongés dans un univers onirique, au début blanc de pureté d’innocence, à la fin rouge de sang, noir de tension, de douleur, de souffrance.
Les six comédiens m’ont bouleversé, sidéré, émerveillé, eux aussi.
La douleur de certains personnages devient notre douleur, même si évidemment, on ne peut comparer l’incomparable.
Je crois que je n’ai jamais ressenti avec autant de force cette douleur physique et morale infligée à une personne en général et une adolescente en particulier.
Tous les six sont d’une justesse irréprochable, avec une force de jeu, un engagement magnifiques.
Dans la mise en scène de l’auteure, les six dynamitent le plateau, nous devenons purement et simplement addicts à ce qu’ils nous disent et nous montrent.
Quand soudain, vous vous rendez compte que votre jeune voisine de siège et vous même essuyez une larme, en même temps, tellement ce que vous ressentez est fort.
Pour autant, nous allons rire, également. Enormément.
Notamment grâce à la formidable Lou Chrétien-Février, dans le rôle d’un avatar très cheerleader pourtant complètement détruite par Daddy.
Ce à quoi elle va se livrer en descendant dans la salle va nous faire hurler de rire, nous émerveiller également, devant tant de force, d’audace, de culot, d’engagement.
Les ingénieurs son et lumière FOH étaient alors levés derrière leur console, regardant comme nous tous ce qui se jouait de rare et de fort dans la salle, riant aux éclats.
Ce que j'ai vu alors restera à jamais gravé dans ma mémoire !
Sa première prestation en avatar-star du jeu, des ballons remplis d’hélium soulevant ses deux nattes, cette première prestation nous aura également enchanté !
Ce spectacle est aussi une comédie musicale, avec des numéros chantés et dansés épatants.
L’un d’entre eux évoque avec évidence le film La La Land. C’est très réussi.
Et puis, la comédienne et danseuse Jennifer Gold va elle aussi nous émerveiller, notamment avec une sublime chorégraphie aérienne, évoquant la chute d’un ange, l’innocence perdue par force, une élévation vers on ne sait pas trop où.
C’est d’une beauté noire et sépulcrale, c’est véritablement magnifique.
Il ne faudrait pas passer sous silence la dimension politique de ce spectacle.
Ce jeu vidéo dégueulasse ne peut exister que par le biais des grandes sociétés que nous connaissons tous et qui s’en mettent plein les poches, sur le dos de la misère humaine.
De plus, Marion Siéfert appelle un chat un chat : dans la pièce est évoquée la plus sauvage des luttes des classes.
Avec en prime une réflexion sur tout ce qui a pu amener un violeur à perpétrer ses crimes. On n'est pas violeur par hasard, semble nous dire l'auteure. Tout ceci est aussi très bien vu.
Au risque de me répéter, ce spectacle coup de poing interroge, interpelle, nous confronte à la réalité la plus horrible. Il nous sidère, nous émerveille, nous bouscule, nous bouleverse et nous choque.
Oui je crois bien tenir ma pièce de l’année !
Ruez-vous toutes affaires cessantes à l'Odéon. (Et donc à partir du 22 mai, à la Grande Halle de La Villette.)
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MARION SIÉFERT - Daddy - La Villette
Avec Daddy, la scène devient l'espace d'un jeu vidéo, un univers en mutation permanente où tout est possible, y compris le pire. Marion Siéfert signe une pièce vertigineuse sur la prédation d...