9 Mai 2025
/image%2F2036187%2F20250508%2Fob_846364_capture-d-e-cran-2025-05-08-a-20.png)
Vous avez aimé le 1, vous allez adorer le 2 !
Cent fois sur le métier, remettez votre ouvrage !
C’est ce qu’ont bien compris Aurore Bouston et Marion Lépine, qui reviennent pour le deuxième opus de leur délicieux et enthousiasmant spectacle Opérapiécé.
Pour notre plus grand plaisir, nous allons retrouver tout ce qui nous a ravi et enchanté dans le premier volet de cette formidable et foisonnante fantaisie musicale.
Ou comment replonger le public des fans de longue date dont je suis et les nouveaux venus dans un univers lyrique, drôle, déjanté même parfois, avec de nouvelles trouvailles musicales, scéniques, humoristiques, tout en gardant une grande cohérence artistique.
De la pompe, de la circonstance et des madeleines.
Elgar et Proust, pour ouvrir le bal.
Et nous de nous rappeler immédiatement le principe général de ce que nous allons voir et entendre.
Mesdemoiselles Lépine et Bouston sont d’authentiques chanteuses lyriques, à la technique vocale irréprochable. Elles sont aussi d’épatantes amatrices de mots.
Sur ce premier extrait musical « classique », elles plaquent leurs propres paroles, pour en tirer une réjouissante et spirituelle goguette.
Elles descendent les gradins tout en distribuant les petits gâteaux proustiens raviveurs de mémoire.
La mémoire.
Tel sera le thème général de cette heure un quart de chant, de musique et de comédie.
La mémoire, l’oubli, et donc les souvenirs qui défilent, ceux à qui l’on tient, ceux qui nous émeuvent, ceux qui nous font rire, ceux qui nous échappent et bien entendu ceux que l’on retrouve.
Quelque quatre-vingts extraits musicaux seront ainsi interprétés. Des extraits classiques très connus (des « saucissons »), mais aussi des tubes appartenant à différentes générations de chanteurs francophones ou internationaux.
Des goguettes donc, mais aussi des parodies, avec également des bouts de chansons avec leurs vraies paroles.
Louis Dunoyer a mis en musique tout ceci, avec de somptueux arrangements, et des orchestrations qui permettent aux voix de la soprano et de la mezzo de briller. Les deux timbres se mêlent à la perfection, avec de subtiles harmonies.
Elles ne sont pas seules sur scène à porter cette entreprise artistique.
À l’accordéon chromatique, Vincent Carenzi ou Jonas Vozbutas en alternance permettent aux deux chanteuses de poser leurs mélodies.
L’accordéon, cet instrument pas comme les autres, capable à lui seul de rendre hommage à Mozart, Bach, Beethoven, Wagner, mais aussi Polnareff, Aznavour, Nana Mouskouri, ou encore Johnny Hallyday.
Le mélange des genres est savoureux et nous procure beaucoup d’éclats de rires. Passer en une fraction de seconde de Prokofiev à Joe Dassin, ou de Sibelius à Benjamin Biolay, tout ceci fait fonctionner nos zygomatiques à plein régime.
D’autant que les deux chanteuses sont des comédiennes et des danseuses accomplies. Les deux, par leurs gestuelles, leurs mimiques, leurs chorégraphies (que l’on doit à Eva Tesiorowski), les deux nous ravissent.
Offenbach sera le déclencheur d’une magnifique scène de comédie, au cours de laquelle Aurore Bouston et Marion Lépine dansent le french cancan avec une remarquable économie de moyens. (Et non, vous n’en saurez pas plus!).
Quant à ceux qui oublieraient leur téléphone portable, ceux-là n’ont qu’à bien se tenir !
Un autre qui revient en saison 2, c’est le metteur en scène William Mesguich, et qui une nouvelle fois a su mettre en forme ce spectacle, avec son sens affûté de la direction d’acteurs et la précision qui est sienne dans les enchainements des différents tableaux, conférant à tout ceci une grande fluidité.
En effet, ces soixante-quinzes minutes sont structurées en une douzaine de tableaux, au cours desquels les trois musiciennes et musicien ne nous laissent pas une seule seconde de répit, et ce pour notre plus grande joie.
Chaque tableau est intitulé d’un mot-valise jubilatoire, projeté au lointain, comme certaines petites vidéos ou photographies personnelles.
Les entre-deux scènes sont le prétexte à d’ultra-rapides changements de costumes. Marie-Caroline Béhue nous enchante cette fois-ci encore avec ses magnifiques créations, de véritables régals pour les yeux.
À l’issue de la représentation, les trois artistes sont ovationnés. Les spectateurs applaudissent en rythme, les « bravo ! » fusent, le rappel est ardemment demandé et obtenu.
Ce spectacle est de ceux qui se déguste comme un véritable nanan, nous permettant de retrouver tous ces airs et toutes ces chansons, inscrits à notre patrimoine culturel commun, détournés ou non, et en tout cas interprétés avec maestria et humour.
Ne passez pas à côté de ce nouveau petit bijou musical, que ce soit pour quelques jours au Lucernaire, au théâtre Episcène en Avignon du 5 au 26 juillet prochains, ou lors d’une prochaine tournée.
Un spectacle incontournable !