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Maupassant hors-champ

© Photo Y.P. -

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Amor mio,
por favor, tu no te vas,
Yo cuentarea las hora’
Ven a hallarlo
Amor mio…..


Cette chanson du répertoire populaire flamenco, popularisée en son temps par le groupe Les Gipsy Kings, cette chanson, les gitans qui ont installé leurs caravanes devant le Théâtre de l’Opprimé et qui en occupent la scène pourraient parfaitement la chanter.

En 1882, Guy de Maupassant publiait dans le journal Le gaulois une nouvelle intitulée Aux champs, qui montrait que déjà, l’argent pouvait tout acheter, y compris ce que l’on ne devrait pas acheter, à savoir un enfant.

En effet, M. et Mme d’Hubières, un couple de grands bourgeois, proposaient à deux familles de paysans misérables d’acheter l’un de leurs rejetons. L’une refusait, l’autre acceptait, les deux se fâchant irrémédiablement.
(Pou info, cette nouvelle se trouve désormais dans le recueil Les contes de la bécasse.)

Laurent Leclerc a eu la bonne idée d’adapter librement ce texte, et d’en faire un conte musical moderne, dans lequel s’affrontent deux mondes.
Celui sédentaire de la haute bourgeoisie, et celui nomade de ceux qui vivent dans des caravanes.

Il reprend l’argument principal de la nouvelle, à savoir l’achat à sa mère de son enfant, ici en l’occurrence la jeune et adolescente Juanita.
On comprendra très vite le questionnement moral de tout ceci : qui est la femme la plus répréhensible : celle qui achète, ou celle qui vend ? Les deux ?

Au fond, ici comme en 1882, l’idée est de démontrer avant-tout que l’ultra-capitalisme peut tout se permettre, quitte à semer autour de lui le malheur et la désolation.
Ce sera le cas…

Le dramaturge a eu la bonne idée de codifier ces deux modes par le biais de deux styles musicaux opposés.

D’un côté le flamenco, cette danse, ce chant, cette musique et cet art de vivre qui nous disent les passions extrêmes, les amours à la fois fortes et possessives, plus ou moins bouleversées et contrariées.

Nous allons donc assister à des démonstrations de cette expression artistique multiple.
Sùr scène, un parquet flottant a été monté, les chaussures à talons de Nati James et Karine Herrou-Gonzalez vont pouvoir frapper le bois brut.
Les deux danseuses vont nous donner une petite leçon, à travers différents tableaux qui ponctueront la pièce.
Elles sont accompagnées par Isidoro Fernandez-Roman aux percussions et surtout par l’excellent François Aria à la guitare.

Et nous d’être plongés dans ce monde de passions exacerbées, où l’on crie, où l’on clame sa douleur dans un paroxysme musical.

De l’autre côté, le chant lyrique.
Magali Palies, que les fidèles lecteurs de ce site connaissent, interprète cette bourgeoise ne pouvant avoir d'enfant.
Mademoiselle Palies est une chanteuse lyrique accomplie, elle va nous le prouver encore une fois, grâce aux extraits d'œuvres célèbres qu'elle nous chante.

C’est bien le contraste entre ces deux mondes musicaux qui va rendre fort intéressante cette adaptation de la nouvelle.

Tout comme les codes vestimentaires utilisés pour représenter les deux mondes.
A ma gauche, chemise à fleur, pantalon à fines rayures, jupes et chemisiers voyants, chapeaux inclinés sur le devant de la tête, chaussures à talons hauts pour bruiter la danse….
A ma droite fourrure, robe très « années 50 », bijoux coûteux, dessous chics, chaussures à talons fins...

Tout au long de cette heure et dix minutes, c’est bien la musique et la danse qui occupent une part essentielle et prépondérante, et ce sont les deux styles musicaux que les membres de la compagnie Barouf interprètent avec talent qui font qu’on passe un bon moment à l’Opprimé.

© Photo Y.P. -

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