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Le penseur. Au cœur de l'atelier de Rodin

© Photo Y.P. -

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A l’aise, glaise.
La glaise, la terre, l’argile… Qu’il modèle, qu’il caresse, qu’il sculpte.

Lui, il nous attend, au Paradis, la petite salle tout en haut du Lucernaire.
Certes, il nous tourne le dos. Mais c’est pour mieux faire face à un bloc d'argile rouge, à qui il est en train de donner forme.

Lui, c’est Auguste Rodin. Qui travaille dans son atelier. Cet visage, à qui il donne vie, est celui d’une femme qui ne va pas tarder à s’exprimer, par le biais d’une voix off. Le visage de Camille.
Camille Claudel, bien entendu, qui lui avouera notamment qu’elle dort nue, afin de penser à lui. Elle lui demande aussi de lui être fidèle, au passage…

Jean-Baptiste Seckler nous invite à assister à un fascinant et passionnant spectacle, au cours duquel il va se glisser dans la peau de l’auguste Auguste.
Ou comment relier de façon magnifique et très intelligente les deux arts majeurs que sont la sculpture et l’art dramatique.

Le comédien est avant tout sculpteur « professionnel ». Et quel sculpteur !
Nous le comprenons immédiatement, car cette Camille, il la sculpte en direct, devant nous, dès notre arrivée.
Et moi qui ai par le passé effectué quelques humanités à l’Ecole du Louvre, moi d’être en admiration devant le talent, la technique de cet homme, devant sa capacité à créer, à donner forme à un visage, à créer du vivant, même inerte.

Vous trouverez ici quelques exemples de ses remarquables créations :

https://www.cjungalerie.com/les-artistes/seckler

Ici, nous sommes au théâtre. Il sera question de mots. Que je ne soupçonnais personnellement pas.
Jean-Baptiste Seckler a eu l’excellente idée de relire tous les différents écrits du sculpteur.
Il a procédé à une très pertinente sélection qu’il va nous faire partager, pour notre plus grand plaisir.

Outre celui de la glaise, l’homme possède l’amour des mots.
C’est avec un vrai sens du dire, du raconter qu’il nous fait part des mots de Rodin.
Ces mots, le comédien les fait siens, doublement.
En tant qu’acteur mais aussi en tant qu’artiste dont l’autre art concerne

Vous allez m’objecter avec raison qu’un comédien doit pouvoir dire avec la même passion ce que raconte un médecin, un avocat, un boucher, un ordonnateur de
pompes funèbres ou un jazzman amateur de triolet de noires.
Certes.
Ici, les mots de Rodin le concernent vraiment. Il sait exactement ce que sous-tendent tout ce qui sera dit. Ceci est immédiatement palpable.

Ces mots sont de différentes teneur.
Le sculpteur nous parle de la Beauté, de ce qui est beau, de ce qui peut l’émouvoir en se rendant à son atelier.
Il nous dira également l’importance de l’art et la fonction capitale de l’Artiste, allant jusqu’à affirmer « Les artistes sont les plus utiles des Hommes. »
Un message dont nous avons tellement besoin en ce moment, et pas seulement dans les campings...

La critique artistique en prendra également pour son grade, dans un passage émouvant où l’artiste-auteur nous montre comment une œuvre vit et survit en elle-même, sans se soucier de l’avis de tel ou tel grincheux.
Sera également abordée la notion de transmission aux jeunes artistes.
Et puis nous découvrirons un Rodin poète, grand amateur de Baudelaire.

Jean-Baptiste Seckler ne fera pas que transmettre les mots du sculpteur.
Il a conçu une magnifique scénographie, qui va nous plonger parfois dans un monde onirique, de grâce et de sensualité.
Nous allons assister au processus même de création, grâce en particulier à une magnifique séquence vidéo enregistrée, qui vient prendre place après un moment très sensuel, à travers un rideau. Je n’en dis pas plus. C’est remarquablement pensé et réalisé !

Une autre séquence video sera consacrée à son célèbre Penseur, qui débouchera par son traitement sur une universalité artistique, l’œuvre mondialement connue devenant le fer-de-lance de toute création, y compris et peut-être surtout contemporaine, avec les techniques actuelles en matière d’art graphique. Là encore, je vous laisse découvrir par vous-mêmes.

© Photo Y.P.

Durant le spectacle, le comédien va également dessiner. Et nous de constater encore et toujours son grand talent pictural.
Au fusain, naissent devant nous un nu, et un portrait magnifique de Victor Hugo, celui qui jamais ne voulut poser pour Rodin.
Quel trait fort, puissant, assuré, quelle science et quelle perception de la lumière et de l’ombre, quel art du détail et de l’ellipse, c’est remarquable !

Ce spectacle est de plus un spectacle d’une grande beauté formelle.
Nous sommes vraiment dans un atelier, avec de nombreuses statues de différentes tailles, des bustes, de l’argile, des chiffons. Le comédien a conçu également ses costumes, avec notamment une veste de velours constellée de taches d’argile, et une grande blouse aux traces de terre ocre.

Le tout éclairé de façon très subtile par Marin Protais et Solange Milhaud.
Nous sommes souvent en clair-obscur, avec de délicates teintes. Un certain mystère règne parfois, celui qui préside à la création.

Il ne faut surtout pas passer à côté de ce spectacle créé en 2017, et qui est redonné au Lucernaire, un spectacle qu’il faut absolument voir, ou revoir.
Je ne peux que me répéter : c’est un moment de théâtre magnifique et fascinant, qui nous plonge au cœur même de la création artistique.

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