18 Avril 2025
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À moi, contes, deux mots !
Antoine Brin a eu la lumineuse d’adapter pour les planches la bande dessinée éponyme de Lou Lubie, publiée aux éditions Delcourt.
Ce faisant, il a tiré de cette BD une désopilante pochade qui va faire fonctionner nos zygomatiques à plein régime.
Des contes, donc.
Des histoires pour enfants dans lesquelles on s’entretue, on s’étripe, on se dévore les uns les autres, on ampute ou on mutile ses semblables, des paraboles où l’on pratique l’inceste, l’adultère, la polygamie, et où l’on exalte surtout le patriarcat.
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Quatre personnages sur le plateau de la Manufacture des Abbesses se sont fixé une noble mais délicate mission : il sera question pour eux de rétablir la sale vérité sur ce que les parents racontent à leurs petits le soir avant de s’endormir.
Avec cette démarche à la fois littéraire et historique, sous couvert de nous faire beaucoup rire, le quatuor réussit pleinement à restituer le fond typologique et sociologique du livre de Lou Lubie.
Et nous d’avoir rendez-vous avec les grands auteurs de ce genre à part entière.
Durant presque une heure et vingt minutes, défileront Giambattista Basile, poète et auteur vénitien du XVIIème siècle, les célèbres frères Grimm, Charles Perrault, Hans-Christian Andersen mais aussi Bruno Bettelheim et sa Psychanalyse des contes de fées, sans oublier une référence importante en matière de censure d’ouvrages supposés trop LGBT+ aux Etats-Unis.
La tradition orale ne sera pas oubliée, elle qui a véhiculé également nombre d’histoires soi-disant enfantines.
Le propos est habile. Très habile même.
Sans avoir l’air d’y toucher plus que ça, cette adaptation aborde une rigoureuse classification du monde du conte, en mettant le doigt sur les différences fondamentales entre tous les auteurs sus-cités.
L’autrice de la bande-dessinée s’est livrée à un important travail de recherches à la fois bibliographiques et stylistiques.
Voici pour le fond.
Pour la forme, les comédiennes et comédiens Pierre-André Ballande (que nous avions déjà applaudi ici ou là), Virgile Daudet, Clara Leduc et Leïla Moguez, mis en scène par Antoine Brin lui même et Eugénie Gendron, vont se poser en héritiers spirituels (très spirituels) des Branquignols, de Roger Pierre et Jean-Marc Thibault dans les Heureux rois fainéants mais aussi Les Nuls, Les Robins des Bois et même Kaamelott.
Le décor style assumé de kermesse scolaire ou de centre de loisirs donne immédiatement le La. En pénétrant dans la salle, nous comprenons par des anachronismes affichés sur cette entrée de château-fort ou sur cet arbre en carton-pâte, que le ton sera à la farce.
Les quatre ne vont pas ménager leur peine ni leur énergie pour nous tirer rires et fou-rires.
Grâce à des costumes plus ou moins d’époque, à des accessoires souvent hilarants, des accents divers à couper au couteau, des running-gags savoureux, et surtout une vis comica bien aiguisée, toutes et tous nous embarquent dans un tourbillon de saynètes trucculentes, dans un rythme endiablé et sans aucun temps mort.
De grands moments nous attendent, des scènes désopilantes, comme par exemple une demande en mariage surréaliste, un rappel quant à l’utilisation d’une certaine poudre pour mieux « embécquer » (je vous laisse découvrir la signification de ce verbe trop oublié), ou encore l’interprétation délirante d’un psychanalyste tirant sur sa pipe.
Il faut noter également un très subtil passage concernant l’utilisation politique et propagandiste du conte.
Il est fait référence à ce conte remanié et utilisé par les nazis, Le juif et les épines, afin d’édifier, dans les deux sens du terme, les petits et bons aryens.
Grâce à une pirouette très judicieuse et très spirituelle, les quatre commères et compères parviennent à contourner le fléau de nous narrer cet abject écrit.
Alors oui, le langage sera parfois direct, osé, grossier, fleuri mais jamais vulgaire. Parce que ce type de narration contient en substance des propos outranciers, scatologiques ou orduriers.
Ce registre et ce champ lexical participent eux aussi pleinement à la drôlissime alchimie dramaturgique.
La dernière partie du spectacle ne sera pas en reste pour nous dérider puisque chacun à leur tour, tous les protagonistes nous proposeront leur propre conte, celui de leur vie, le Conte avec un grand C. Comme la fée du même nom. Et là encore, je n’en dis pas plus.
Mais comme il est bon de rire, lorsque ce rire est au service d’un vrai propos, intelligent et instructif au possible.
On sort de La Manufacture des Abbesses en ayant le sentiment d’être un peu moins bête qu’en y entrant et surtout en ayant le sentiment d'avoir passé un moment hilarant.
Et à la fin, ils meurent (La sale vérité sur les contes de fées)
RÉSUMÉ Gnangnan, les contes de fées ? Cucul, ces histoires pour endormir les enfants ? Détrompez-vous: avec leur lot d'amputations, meurtres, mutilations, cannibalisme et autres adultères, les...
https://www.manufacturedesabbesses.com/theatre-paris/et-a-la-fin-ils-meurent/