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Quatrième A (Lutte de classe)

© Photo Y.P. -

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Trop la classe !

Ces chaises et ces tables, directement en provenance de
l’UGAP, l’Union des Groupements d’Achats Publics, avec leur piètement uniforme et jaune, ne laissent planer aucun doute : nous sommes bien dans une salle de classe.
Et plus précisément dans la salle de la Quatrième A.

Nous allons faire la connaissance d’Emma, surnommée par tous ses camarades La discrète, celle qui ne parle pas, et qui pourtant a été désignée pour nous raconter ce qui a conduit les élèves à organiser de leur plein gré et à l’insu du personnel enseignant une manifestation sauvage, à savoir un bal sur le toit du collège.

Retour en arrière à J-3.
La classe est en émoi : Le nouveau vient d’arriver, un élève qui est bien décidé à ne pas s’en laisser compter, prompt à pointer l’injustice, à défendre ses potes et à contester à juste titre tout abus d’autorité de la part des adultes.
Un élève pour le moins atypique, et qui va être à l’origine de ce « mouvement social » juvénile.

Julia Vidit persiste et signe : après Skolstrejk (La grève scolaire) et Quartiers libres, la metteure en scène poursuit son travail consistant à ausculter le milieu de l’enseignement en France, et à en pointer ses manquements et ses dérives.
Un système qui devrait être, je la cite « le lieu de la transformation profonde et nécessaire de la société consumériste et à bout de souffle ».
Dans un contexte dramatique, l’école française ne va en effet pas bien, d’autant que le poisson pourrit par la tête, pour reprendre le proverbe chinois. Vous avez dit six ministres en deux ans ?

Le théâtre de Mademoiselle Vidit s’adresse ici à de jeune gens, qui ont l’âge des personnages.
Au fond, il est question de leur proposer de réfléchir à ce qu’on leur demande d’être et de faire, en 2025, au sein d’une institution scolaire sclérosée, ne prenant pas en compte leurs réels besoins en terme de formation et d’autonomie, les empêchant ainsi de devenir des citoyens éclairés et avisés.

Ce n’est donc pas par hasard que l’action du spectacle se situe au sein d’un collège. Le collège, reconnu unanimement comme le maillon faible du système éducatif français.

Elle s’est appuyée sur le texte de Guillaume Cayet, qui a passé du temps dans une clase de quatrième, et qui a côtoyé ces jeunes ados, pour mieux comprendre leurs attendus, leurs attentes, leurs désirs, mais aussi pour saisir au plus près leur façon de s’exprimer, d’être et de vivre ensemble au sein de cette communauté particulière qu’est la classe.

Julia Vidit va également évoquer ce film que tout pédagogue devrait avoir vu au cours de sa formation, si tant est que la formation des enseignants en France existe de façon digne de ce nom.
Ce film a été tourné en 1933, et sera interdit jusqu’en 1946. Il s’agit bien entendu du célèbre Zéro de conduite de jean Vigo.
Un film où les élèves prennent à juste titre le pouvoir, au détriment des adultes.

Cinq comédiens épatants vont incarner les nombreux personnages de ce conte moderne.
Tous incarneront une multitude de rôles, excéptée Otilly Belcour, qui incarnera cette ado « discrète », de façon intense, juste et passionnante.

La comédienne est totalement crédible en élève du milieu de la classe, entre « les racketteurs de yaourts du fond » et « les mangeurs de petits pois du premier rang ».
Elle sera la narratrice, et en même temps le personnage incontournable du spectacle.

Alexis Barbier, Djibril Mbaye, Bénédicte Mbemba et Sacha Vilmar seront les autres personnages.
Les élèves, bien sûr, (Le nouveau, Love and Hate (la référence à La nuit du chasseur de Charles Laughton est épatante…), Le bogoss, L’amoureuse, Celle qui sait, A c’qu’ip, ou encore La licorne…), mais également les adultes (Le CPE, Les profs de sport ou d’Allemand, Le principal, la psy, et consorts.

Nous allons beaucoup rire.
Ici, il est question de s’adresser à des ados. Avec des caricatures très parlantes.

En reprenant leur langage, leurs tics et leurs habitudes tirées du réel, les comédiens font mouche à tous les coups.
Les spectateurs-collégiens se reconnaissent dans les comédiens, qui savent les interpeller et surtout les intéresser.
Il n’est pour s’en rendre compte de constater qu’il règne une très bonne écoute participative dans les travées de la salle Maria-Casarès.
Le propos touche les jeunes, c’est indéniable.

Durant une heure et trente minutes, nous nous passionnons à suivre les aventures de ces collégiens qui se révoltent.
La mise en scène est trépidante et vise juste : nous ne sommes jamais perdus, nous savons toujours qui est qui, malgré la multitude de personnages.
Les comédiennes et comédiens parviennent sans aucun temps mort à se changer derrière le décor, à endosser leurs différents rôles avec fluidité.

De grandes et réjouissantes scènes de comédie nous tirent bien des rires.

J’ai été fasciné par la justesse de la vision du collège de l’auteure et de la metteure en scène, qui nous montrent l’ennui, la démotivation, mais aussi les relations et les rapports de force asymétriques entre adultes et ados, sans oublier l’engagement et la capacité de se mobiliser de ces collégiens confrontés à une injustice.

Ce spectacle est de ceux qui nous montrent de manière très juste et très argumentée le monde tel qu’il ne va pas, au sein d’une institution française qui souffre et qui ne parvient pas ou très peu à se remettre en question et à proposer d’autres formes d’enseignement.

Il faut aller rendre visite à cette Quatrième A afin d’y découvrir ses élèves qui nous en disent long sur la scolarité des jeunes gens de 2025.

C’est ce qu’a bien compris Madame Vernay, professeure de Quatrième au Collège international de Noisy le Grand, qui avait eu l'excellente idée d'emmener hier ses élèves à la première de la pièce.

© Photo Y.P. -

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