21 Mars 2025
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Adieu Olympe, adieu madras,
Hélas hélas cé pou toujou…
Octobre 1793. La terreur…
Olympe de Gouges est enfermée dans la cellule où elle attend la mort.
Le tribunal révolutionnaire l’a condamnée à passer par les mains du bourreau Charles-Henri Sanson et de sa guillotine.
Son crime, aux yeux de ses juges tous masculins : avoir diffusé des pamphlets, dans lesquels elle s’en prend notamment à Marat. « Le sang, même des coupables, versé avec cruauté et profusion, souille éternellement les Révolutions », écrit-elle.
Et puis bien entendu ses combats en faveur du droit des femmes (elle est considérée comme l’une des toutes premières féministes françaises), son engagement contre l’esclavage, sa liberté de penser, de vivre, son statut d’autrice littéraire, tout ceci en fait une citoyenne qu’il faut définitivement faire taire.
Mais quelle bonne idée a eu l’auteur Franck Salin d’écrire et de mettre en scène le texte de ce spectacle !
Ce texte est à l’origine une commande du musicien guadeloupéen d’adoption montalbanaise Edmony Krater, justement pour proposer à Firmine Richard d’interpréter le rôle-titre.
Faut-il rappeler qu’Olympe de Gouges naquit elle-même à Montauban ?
Faut-il se souvenir qu’elle avait un accent occitan à couper au couteau, ce qui la fit beaucoup moquer par ses détracteurs ?
Ce spectacle, ce serait une rencontre entre la Guadeloupe et le Sud-Ouest ! Un pont entre deux cultures, un mélange de traditions, d’histoires.
Voici pourquoi Olympe nous apparaît en robe rouge écarlate, avec un châle et des manches en tissus madras.
Voici pourquoi au lointain le violoncelle côtoie le tambour Ka, le Gwo ka, et celui à lamelles.
Voici pourquoi le délicieux accent guadeloupéen remplace celui non moins chantant de Montauban.
Voici pourquoi, durant le spectacle, la plus célèbre suite pour violoncelle de Bach, ainsi que la célèbre Ode à la joie, finale du quatrième mouvement de la 9ème symphonie de Beethoven seront interprétées avec un rythme caribéen.
Et puis Firmine Richard, donc.
Qui va nous ravir, nous bouleverser, nous faire rire aussi, de sa voix reconnaissable entre toutes.
Durant un peu plus d’une heure, la comédienne ne va pas nous lâcher. Il sera impossible de se laisser distraire de ce qu’elle va nous dire.
Un seul en scène où les mots ont une importance capitale, un théâtre du verbe et du dire !
La comédienne incarne cette femme qui se livre devant nous. Elle est sur une méchante paillasse, dans une cellule aux murs sanglants.
Immédiatement, elle prend la parole pour nous rappeler les souvenirs, les combats de son personnage.
Franck Salin n’a pas manqué de lui faire évoquer l’enfance d’Olympe de Gouges, ce beau-père qui l’abandonne, son mariage qu’elle trouvait répugnant à dix-sept ans, ce fils qu’elle aura une année plus tard, ce fils qui lui donnera la force de ne pas avoir peur en montant sur l’échafaud.
Mademoiselle Richard est admirable, à dire les mots, à rappeler les faits, à adresser ses diatribes au tribunal.
Elle évoque le combat contre les femmes avec énormément d’engagement, de force, de puissance.
Tout comme le combat de son personnage contre cette ignominie qu’est l’esclavage. (Petite précision, l’esclavage en France sera aboli en 1794, mais cette abolition sera révoquée en 1802. Par un certain Napoléon Bonaparte.)
Et puis théâtre dans le théâtre.
Franck Salin nous rappelle qu’Olympe de Gouges était également une dramaturge, qui fut notamment jouée à la Comédie-Française, avec sa pièce Zamore et Mirza ou l’heureux naufrage, dans des conditions difficiles, en raison notamment d'une cabale des pro-colons ultra-marins.
Firmine Richard interprétera également les deux personnages de la pièce, revêtant alors un maquillage et une robe de couleur blanche.
Au lointain, donc, deux musiciens.
Au violoncelle et aux loops, Eugénie Ursh, au deux tambours et à la trompette bouchée ou non le compositeur en personne, Edmony Krater.
L’intégration de ce métissage musical dans la pièce est très habile et très judicieux. De la très belle ouvrage.
La scénographie minimaliste mais ô combien chargée de symboles de Philippe Pitet permet de suggérer à la fois l’enfermement, mais également l’ouverture, l’échappée sur le monde extérieur, grâce notamment à de très belles projections vidéo.
Les trois artistes, rejoints par l’auteur seront ovationnés, et certains spectateurs, dont votre serviteur reprendront la petite et jolie mélodie jouée lors du premier salut.
Il faut absolument assister à ce magnifique moment de théâtre, un spectacle-hommage à une femme admirable qui continue de marquer les esprits, mais également une pièce sur le mélange et le métissage des cultures.
Incontournable !