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Baptiste Herbin en concert au Festival Jazz à toute heure, avec Matthieu Chazarenc et Mathias Allamane

© Photo Y.P. -

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Elève Herbin, vous démontrerez que l’on peut tout à fait jouer les plus grands standards de Django Reinhardt au sein d’un trio composé d’un seul saxophone alto, d’une batterie et d’une contrebasse.
Vous avez une heure et demie.

Voici résumé en quelques mots le brillant et passionnant concert qui ouvrait le 26ème festival Jazz à toute heure, hier soir à St Rémy-Les-Chevreuse.

Baptiste Herbin rejoint à l’occasion par Matthias Allamane à la contrebasse et Mathieu Chazarenc à la batterie était venu défendre son tout nouvel album consacré à la musique du plus célèbre guitariste manouche.

Django au seul sax ? Une gageure.
Sur le papier, c’est très étrange, voire incongru.
On a adapté Django de mille manières, mais souvent à la guitare, évidemment, voire au piano ou à l’accordéon.
Mais le saxo ?

Et pourtant, Baptiste Herbin, l’un des plus importants saxophonistes alto de la scène française et européenne, va nous prouver combien son idée est à la fois bonne, originale et surtout porteuse de sens.

Durant cette heure et demie, va régner sur scène une forme d’épure.
Au fond, on transcrivant la guitare reinhardtienne pour son seul alto, ou parfois son soprano, sans autre ryhtmique dite « harmonique », sans « pompe », le saxophoniste tire l’essence même des mélodies définitivement inscrites au patrimoine mondial du jazz.

Une clarté, une précision, une délicatesse permanentes nous permettent non seulement d’apprécier pleinement les thèmes intemporels que l’on sait, mais également de nous focaliser sur la qualité de leur adaptation on ne peut plus originale mais ô combien cohérente.

De plus, une vraie sensualité transparaît souvent, comme si le souffle, le côté viscéral et organique de l’instrument à vent venait sublimer la technique.

© Photo Y.P. -

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Sax, guitare, même combat.
Que ce soit dans les thèmes ou les impros, nous retrouvons ce besoin d’exprimer les notes avec lyrisme, avec parfois des « emprunts techniques », comme ces glissandi qui rappellent les cordes tirées sur le manche, ou encore ces formes de notes piquées ainsi que ces fulgurances chromatiques dans certains solos.
Sans chercher à copier systématiquement le jeu d’une six cordes demi-caisse, Baptiste Herbin relie avec brio deux univers, de Parker à Django.

Une douzaine de titres ainsi qu’un rappel vont nous enchanter.

Tout commence avec un titre de… Cole Porter. Night and Day.
Un titre qu’avait joué Django. Le solo a été relevé note à note par le saxophoniste, qui va exploiter au maximum la tessiture de son instrument, avec notamment des notes très aigues.
Nous comprenons immédiatement que la virtuosité sera au seul service des propos et discours musicaux.
La sauce prend des les premières notes. Le passage du disque au plateau est très réussi.

Les trois compères vont s’en donner à cœur joie.
Sur scène règne une véritable complicité, et une cohésion de tous les instants.
Matthias Allamane et Mathieu Chazarenc, qui remplace au pied levé Andre Ceccarelli pour cause de cheville cassée, jouent tous les deux avec le talent qu’on leur connaît et permettent pleinement à l’instrument mélodique d’aller à l’essentiel.
Il n’y a pas un leader et deux accompagnateurs, mais bien un trio de musiciens complices.

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Troublant boléro révèlera toute la sensualité dont je parlais un peu plus haut, avec des couleurs très mystérieuses et fascinantes.

Le disque et donc le concert ne manquent pas de rappeler les passerelles existant entre la musique manouche et le musette. Le swing et la valse !

Indifférence, composée par Tony Murena, la valse de Wasso (écrite par le guitariste allemand Wasso Grunholz) ou encore la très connue Montagne Sainte-Geneviève, de Django lui-même nous rappeleront combien cette musique fait également partie de la « Djangologie », et combien les apports réciproques du musette et de la musique manouche sont fondamentaux.

Voici Django, composé par John Lewis, pianiste et musisien essentiel du Modern Jazz Quartet.
Un titre qu’il avait écrit à la mort du guitariste.
L’occasion pour Matthias Allamane de nous démontrer s’il en était encore besoin sa technique et son talent, avec lui aussi des glissandi sur certains intervalles et des pizz en harmoniques qui viennent s’intervaler entre deux notes.

Baptiste Herbin est un fervent partisan des citations.
C’est ainsi que dans son improvisation lors de Nuages, il empruntera à Georges Gerschwin, nbotamment par le biais de ses longs pitch-bends, quelques notes de la Raphsody in Blue.

De même, lors du titre Anouman, Michel Legrand sera mis à l’honneur avec un emprunt de ses très connus Moulins de mon cœur.

Choro Django. Et si Django Reinhardt s’était promené au Brésil ?
La composition du saxophoniste, au moyen d’un Choro, ce ryhtme typique du pays du carnaval, nous étonne dans un premier temps pour nous ravir ensuite.
Tiens, une autre citation, celle de Minor Swing !

Le concert se poursuit avec beaucoup d’humour. Baptiste Herbin se transformant en VRP de son nouvel album.

Puis, avec Djangology herbinologué, il nous propulse dans le monde des mesures asymétriques et impaires.
Cette façon de « tordre » (pour reprendre son verbe) le titre reinahrdtien est elle aussi très réussie, nous démontrant une nouvelle fois cette capacité singulière prendre en compte à la fois un héritage et un besoin d’aller « au-delà » de la référence originale.
L’adaptation dans le respect. Encore et toujours.

Dernier titre, avec une intro impressionnante aux mailloches du Matthieu Chazarenc.
« But alors, you are french ?», s’amusent les musiciens, avant de nous surprendre avec un Tea for two sous la forme d’un cha cha espiègle et langoureux.

Le rappel, ce sera Tears.
Peut-on jouer de deux saxos en même temps ? La question aura sa réponse, dans un moment musical très étonnant, mais très réussi.

Le public applaudira à tout rompre, les musiciens seront ovationnés. Ce ne sera que justice.

Nous sortons de la salle conscients d’avoir assisté à un concert important, un hommage et une contribution essentiels à l’un des plus grands guitaristes de jazz ayant existé.
Django peut dormir sur ses deux oreilles, son œuvre continue d’inspirer de jeunes et talentueux musiciens.
Baptiste Herbin nous le prouve définitivement !

© Photo Y.P. -

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