12 Janvier 2025
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Un roi qui se la poule douce?
Ah non alors !
Je voudrais vous y voir, vous, Roi ou pas….
Vous retrouver sans papier toilette après la grosse commission, alors qu’une poule se trouve dans les parages, rendez-vous compte !
(Au passage, et pour info, saviez-vous qu’aux Etats-Unis, pudibonderie toujours mal placée oblige, on parle de « Number two », à la place de « Faire caca » ? Si si, c’est comme je vous le dis… Vous aurez compris à quoi correspond le « Number one »...)
La décision du monarque est prise ! Ni vu ni connu, et je t’empoigne l’animal soyeusement emplumé !
Las ! La gallinacée intrépide va s’introduire dans l’illustre intestin pour y pondre certes quotidiennement un œuf d’or, mais surtout occasionner les pires maux !
Emma Dante persiste et signe à nous plonger brillamment dans l’œuvre Le conte des contes de l’écrivain napolitain du XVIème siècle Giambattista Basile, en clôturant une trilogie démarrée en 2023, ici même, à la Colline.
Et ce pour notre plus grand plaisir, et notre plus grande hilarité.
Ce personnage de la Poule est important dans l'imaginaire collectif napolitain, et a inspiré de nombreuses œuvres, et a notamment été le thème de nombreuses tarentelles. En voici deux exemples, dont l’une interprétée par Piers Facini, avec Vincent Segal au violoncelle.)
Avec cette fable philosophique et réjouissante au possible, Emma Dante poursuit donc son travail consistant à nous montrer des corps !
Le corps des comédiens, qui en dit peut-être beaucoup plus que leur texte.
Des corps. Tous les corps, pas seulement des tailles 34/36 plus filiformes les uns que les autres, comme on en voit tellement sur les scènes théâtrales.
Non, ce qui l’intéresse, elle, c’est le corps « imparfait », celui de tout le monde, pas seulement celui des canons actuels de beauté, ceux avec leurs défauts qui illustrent à merveille notre condition humaine.
Ces corps-là, elle va les mettre en scène dans une esthétique très particulière, pleinement au service de son propos.
De façon burlesque, les membres de sa troupe, vont mettre en œuvre quantité de mouvements, de gestes parfois absurdes, toujours de manière drôlissime, nous tirant quantité de fou-rires.
A cet égard, l’incroyable Carmine Maringola, interprétant le héros malheureux du conte, va se livrer durant l’heure que dure la pièce, à une gestuelle étonnante.
Il n’arrête pas de marcher avec quantité de mouvements désordonnés (forcément, avec une poule dans le gros intestin…), puis joue de son ventre provoquant la stupéfaction très amusée des personnages.
Dans des ballets eux aussi véritablement désopilants, le mouvement tient une place prépondérante. Avec notamment une scène merveilleuse de repas collectif, à base de petits fours et de spaghettis.
Il y avait longtemps que je n’avais autant ri !
Des corps que l’on n’arrive pas à cacher, aussi : les costumes des nombreux personnages permettent de le deviner, ce corps imparfait, avec crinolines et vertugadins incomplets, ou encore avec ses fesses-postiches.
Le parti-pris est jubilatoire.
L’Homme, c’est aussi des fluides, des gaz, des matières à expulser.
A la manière de Rabelais, l’auteur napolitain nous le rappelle : le traitement dramaturgique de cet aspect provoque lui aussi bien des rires.
Mademoiselle Dante a placé le curseur au bon endroit. Tout est dit, mais rien n’est trop forcé.
La nourriture tient un rôle important dans ce spectacle : ce qui sort du corps doit bien y entrer.
La cuisine française est gentiment moquée, et nous rions là encore de bon cœur.
C’est certain, vous ne regarderez plus les olives vertes et les biscottes du même œil, après avoir assisté à ce spectacle.
La Sicilienne Emma Dante s’est emparée de la langue napolitaine avec délectation. Dans son travail, elle met un point d’honneur à utiliser les dialectes issus de ces deux régions.
La langue un peu rocailleuse et si solaire, heureusement sous-titrée, fait beaucoup de bien à écouter, en ces temps de froid, de pluie et de grisaille quasi-permanents.
Cette langue qui va nous dire comment la cupidité, la corruption, la malhonnêteté, peuvent se nicher à tous les étages. (Nous sommes renvoyés à ce sujet à la plus brûlante actualité… Suivez mon regard du côté d’un certain bracelet électronique prochainement rivé à une illustre cheville...).
La démonstration écrite au XVIème siècle est imparable et tellement actuelle…
La dernière partie du spectacle se déroulera sans parole.
La mort à fait son œuvre, la cour et la famille se retrouvent non seulement sans roi, mais surtout sans œufs doré…
Le plateau est plongé dans une quasi et sépulcrale obscurité.
Apparaîtra alors le dernier personnage. Et non, vous n’en saurez pas plus !
Ne passez surtout pas à côté de cette heure à la fois hilarante (comment ne pas me répéter...), mais également riche en enseignements sur la nature humaine.
C’est très drôle, très malin et très intelligent !
A propos, savez-vous comment l’on appelle un roi sans cheval ?
Réponse dans le spectacle..