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Wajdi Riahi Trio en concert au Tourcoing Jazz Festival

© Photo Y.P. -

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L’invitation au voyage.
Le jazz élégant et passionnant de Wajdi Riahi a plongé la salle de la Maison folie de l’hospice d’Havré dans un sentiment de plénitude et d’émotions toutes plus intenses les unes que les autres.

Le jeune pianiste belge d’origine tunisienne nous a totalement captivés grâce à sa musique faite d'un séduisant mélange des cultures et de métissage. Une musique propice au voyage géographique, donc, mais également au voyage intérieur.

Tout ce dont nous avons tellement besoin actuellement.

Il est venu présenté son dernier album en date, Essia, publié en décembre dernier chez le label Fresh Sound New Talent.
Essia, le prénom signifiant l’étoile !

Tout commence avec Inel Blues, et un tapotement sur le buffet du Steinway & sons, pour produire un petit ryhtme.
Il est rejoint par ses deux complices,  Basile Rahola à la contrebasse et Pierre Hurty à la batterie.
Le premier frappant doucement sur le corps de son instrument, le deuxième tapant à la main sur les peaux de ses fûts.
Une première impression « dépaysante ».
La cohésion du trio est évidente. Ces trois là se connaissent bien et ont une grande habitude de jouer ensemble.

© Photo Y.P.
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Et nous de comprendre.
En commençant à jouer des accords brefs et éthérés, des notes courtes et aigües, puis en commençant à entrer doucement dans le thème, Wajdi Riahi nous propose un jazz exigeant, mais tout à fait séduisant.
Le jeune musicien possède un toucher à la fois léger et intense, me faisant penser à l’immense Fred Hersch et celui qui fut son élève Brad Meldhau.
Ici, règne une délicatesse aérienne, une légèreté de tous les instants. Une réelle poésie émane de ce premier titre, qui plante un formidable décor musical et humain.

Le pianiste entame un solo très lyrique, on sent immédiatement son sens de l’harmonie et de la mélodie.
On perçoit très rapidement également une passion pour un certain Jean-Sébastien Bach, notamment dans cette composition qui fait penser à une douce fugue, avec des motifs revenants comme une sorte d’ostinato.

Les trois titres suivants seront enchaînés.
Avec Agree, le propos devient un peu plus sombre, un peu plus mystérieux.
L’atmosphère générale est pour autant tout aussi séduisante.
Une grande place est laissée aux deux autres musiciens. Alors que le piano laisse entendre une petite boucle de huit notes, le batteur se saisit de mailloches pour entamer un solo impressionnant de technique et d’expressivité.

Yala Quawmi suivra, un titre qui n’est pas sans évoquer le malouf tunisien, le principal type de musique traditionnel, ainsi que la nouba avec ses quatorze modes différents.
Wajdi Riahi s’empare d’un micro et chante, avec une légère réverbération.
Nous sommes dans un mode oriental, nous quittons Tourcoing pour nous envoler loin, ailleurs.
Et puis, dans un passage très subtil, nous revenons au mode occidental.
C’est impressionnant de virtuosité mélodique et de richesse musicale formelle.

© Photo Y.P.

Choral termine le premier « bloc » du concert.
Un morceau à trois temps, très lyrique lui aussi. On ne choisit pas sans raison un titre pareil pour l’une de ses compositions, avec tous les références associées.

Dans un petit speech, le pianiste nous informe qu’en enchaînant ces quatre premiers titres, ils nous permet d’être vraiment connectés à sa musique, ce qui est très vrai !

© Photo Y.P.

En route maintenant pour Road to.
Un rythme intense s’installe, un groove jubilatoire. Le morceau est lui aussi très habité, les cordes du pianos sont sollicités à la main même, sans l’intermédiaire du clavier.
Là encore les contrastes entre musiques orientale et occidentales sont magnifiques. Des volutes de notes nous embarquent dans des lieux lointains et ensoleillés, grâce notamment à une base rythmique de quintolets.

Un sentiment de transe s’empare du plateau, le groove devenant de plus en plus intense et au fond du temps.

© Photo Y.P.

Nawres est la petite sœur de Wajdi Riahi.
C’est aussi le prochain morceau.
Le pianiste va siffler, en jouant. Un sentiment de douceur et d’espièglerie règne alors.
Tout ceci est encore on ne peut plus intéressant.

Et puis le dernier morceau arrive.
Hymn to Stambeli, et sa mesure à 12/8.
Le Stambeli, c’est l’équivalent de la Gnawa marocaine. La transe, l’étourdissement, la douce folie volontaire et provoquée.
La progression du titre évoque tout ceci, avec toujours une parfaite maîtrise harmonique et rythmique.
Le solo à la contrebasse, avec notamment un jeu au pouce, est impressionnant lui aussi.
Une énergie incroyable se déverse de la scène vers le public, la transe est bel et bien là, nous nous laissons aller à prendre de plein fouet cette belle puissance.

Le retour au calme aura lieu en terminant notamment avec un accord en l’air, prometteur de retrouvailles, ici où là.

© Photo Y.P.

Le trio sera à juste titre très applaudi.
Le jazz de Wajdi Riahi est passionnant. En permanence, il parvient à nous fasciner tout en nous surprenant : nous sommes toujours sur le fil, et ce, pour notre plus grand plaisir.
Il va falloir compter avec ce jeune pianiste et sa musique du partage, du métissage, sachant mêler les notes bleues à celles plus solaires du Maghreb.

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