17 Octobre 2024
Voyage Voyage….
De ceux qui vous marquent profondément.
Jeanne Michard a passé plusieurs mois à Cuba et en Amérique latine.
Se confronter à d’autres cultures, à d’autres musiques.
Rencontrer d’autres musiciens, échanger sur la technique instrumentale, chercher d’autres inspirations, d’autres idées musicales, trouver un autre rapport à l’instrument.
Dans son premier album, Songes transatlantiques, la saxophoniste, révélation aux Victoires du jazz 2023, avait déjà laissé entrevoir ce penchant pour la musique latine.
On pouvait y trouver des titres déjà « latino », comme Cavalcada ou encore Acuerdate de tus sueños.
Avec son deuxième album, Entre las flores, qui sera une importante matière à la set-list de ce concert, Mademoiselle Jeanne persiste et signe, avec cette formation très « sud-américaine », le Latin 5t.
Sur scène, nous allons retrouver la chaleur, la braise d’un jazz du soleil, un jazz outre-atlantique joué par une remarquable et très remarquée musicienne qui va nous enchanter des volutes de son ténor.
Tout commence avec le titre éponyme du récent album, Entre las flores.
Les frappeurs de peaux débutent. Lucas Dauchez à la batterie et Pedro Barrios aux percussions déclenchent les toutes premières mesures chaloupées et syncopées du titre. Nous voici bel et bien à La Havane.
Ils seront rejoints par Clément Simon et Fabricio Nicolas à la contrebasse.
La saxophoniste peut poser ses premières notes.
Et nous de nous rendre compte immédiatement de la maîtrise instrumentale, de la virtuosité de la musicienne.
Très à l’aise avec d’autres saxo (on se souvient ici de sa participation dans le Lady All Stars de Rhoda Scott, à l’alto), Jeanne Michard nous démontre qu’elle a un vrai penchant pour le vénérable ténor.
Elle joue vite et bien, avec des inflexions délicates et des ornementations réjouissantes.
Pour autant, la vitesse de jeu ne prend jamais le pas sur la sensibilité. Nous ne sommes pas dans un jazz bavard, avec l’impression de devoir entendre le plus de notes à la minute.
Au contraire. Jeanne Michard nous annonce la couleur : la technique sera au service d’un discours musical passionnant.
Elle est également une compositrice inspirée, notamment dans la recherche formelle sud-américaine, certes, mais avant tout dans la composition de thèmes mélodiques riches et variés.
Tout au long du concert, nous nous en rendrons compte.
Nous pourrons même nous surprendre à en fredonner, de ces thèmes. Ce fut mon cas.
Pedro Barrios conclut ce premier titre avec un flow intense en espagnol. Comme une sorte de rap terminant le morceau. C’est très réussi.
Voici Silver Train. Un autre voyage, un morceau hommage au métro new-yorkais, avec une assise rythmique et une pulsation évoquant une rame glissant sur les rails.
En grande admiratrice de Sonny Rollins, Jeanne Michard nous enchante avec des improvisations sophistiquées et admirablement construites.
Des breaks réjouissants ponctuent le tout, nous déstabilisant un peu pour notre plus grand plaisir.
En fin de morceau, la musicienne ajoute du souffle dans ses notes, et l’on pense bien entendu à un certain Stan Getz.
Dans les titres qui vont suivre, elle n’oublie pas de faire circuler la parole musicale : chacun à son tour, les quatre garçons vont nous démontrer eux aussi tout leur talent.
Une véritable cohésion se dégage du quintet.
Il n’y a pas une artiste et quatre accompagnateurs. Non, il s’agit d’un véritable groupe, en osmose, et qui s’amuse sur scène, témoins les rires répétés de Lucas Dauchez derrière ses cymbales.
Les titres s’enchaînent, Lilas, Acuerdate de tus sueños, qui suit un magnifique solo du pianiste Clément Simon, qui se confronte parfaitement à la redoutable école pianistique cubaine.
Autre solo, à la batterie, alors que les musiciens déclenchent un petit et espiègle ostinato de trois accords.
Tout ceci est épatant.
Dans En vol, nous allons être confrontés à une magnifique progression : au début d’une couleur toute douce, pastel, le titre se teinte de rouge, de feu, pour atteindre un climax de lave en fusion.
C’est magnifique !
Voici Tumba.
La saxophoniste nous enchante encore et toujours de son lyrisme, de la précision de son jeu et des qualités mélodiques et harmoniques de la composition.
Nous allons chanter, reprenant un leit-motiv jubilatoire : « tumba, y tumba é ! »
Ce titre est un hommage au pianiste cubain Alfredo Rodriguez, décédé en 2005.
Pour groover, le titre groove.
Tout le monde a envie de se lever, de danser.
Ca roule, ça pulse, ça vibre !
Le dernier titre arrive, il s’agira de Cavalcada.
Tout comme avec un rythme ternaire, lent et doux.
La mélodie mélancolique un peu lancinante sonne comme une promesse de se revoir, de se retrouver dans une salle de concert.
Le ryhtme deviendra progressivement binaire, un peu plus rentre dedans. Chacun nous régalera d’un dernier solo (Clément Simon semble se surpasser avec ses accords sud-américains, Fabricio Nicolas nous ravit de son jeu en pizz à la contrebasse).
La valse lente revient, et tout s’arrête en l’air. Comme un moment de suspens.
Tout ceci est vraiment de la belle ouvrage.
Un tonnerre d’applaudissement salue cette heure et quart d’un jazz magnifique et intense.
Jeanne Michard se range définitivement sur le podium des saxophonistes ténors hexagonaux les plus importants.
Un concert mémorable !
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Jeanne Michard musicienne, Victoire du Jazz 2023 dans la catégorie Révélation
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