Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Avishai Cohen en concert au Tourcoing Jazz Festival

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Premier temps fort de ce 38ème Jazz festival de Tourcoing, et ce, dès son ouverture.
Le trompettiste Avishai Cohen a enchanté et bouleversé le public du théâtre Raymond Devos, recevant à la fin de son concert une standing ovation et de nombreux «Bravo ! », tous plus sonores les uns que les autres.

Le musicien venait présenter son tout nouvel album, Ashes to gold, un album paru chez le prestigieux label ECM et sorti… la veille, comme il nous le rappellera entre deux morceaux.

Avishai Cohen, nous l’avions laissé
ici même aux côtés de l’immense pianiste Fred Hersch, au Bal Blomet, nous le retrouvons donc avec ses trois comparses habituels, Yonathan Avishai au piano, Barak Mori à la contrebasse et Ziv Ravitz derrière les fûts de sa batterie.

Nous allons être confrontés une nouvelle fois au jazz à la fois exigeant et passionnant du trompettiste, dans une sorte d’épure de la note.
Grand technicien de l’instrument cuivré, Avishai Cohen est avant tout un immense mélodiste doté
d’une approche très moderne du discours musical, empreint d’un lyrisme et d’une sensibilité de tous les instants.

Ashes to gold, ce sont de longues pièces musicales. Des cendres à l’or.
Des morceaux enregistrés dans le sud de la France, au studio de la Buissonne.
Des morceaux
vecteurs d’espoir, composés dans la période troublée que l’on sait, notamment au Moyen-Orient.

Il nous en parlera entre deux morceaux. Originaire de Tel Aviv, il nous dira combien sa musique essaye de par le monde de porter l’espoir d’un monde meilleur, la musique relayant un message universel de paix.
« 
Pour espérer que l’horreur cesse !», ajoutera-t-il.

 

© Photo Y.P. -

Durant presque une heure et trente minutes, nous serons sous le charme et l’émotion de ces longues pièces musicales.
Les notes de la trompette s’élèvent dans le magnifique théâtre tourquennois, à la fois lumineuses et un peu austères.

La musique d’Avishai Cohen se mérite.
Les compositions
sont ambitieuses, intransigeantes, à l’image de l’expression grave du musicien.

Des moments de turbulences
mélodiques alternent avec de longues notes, essentielles, intenses, jouées de façon nécessaire et impérieuse.
Dans les longs solos développés après des thèmes qui à première vue seulement pourraient paraître évidents et pourtant dotés d’une grande complexité harmonique, le trompettiste nous enchante de sa capacité à se jouer des modes.
Ici, un sentiment de liberté règne en permanence, une impression d’aller au-delà de gammes traditionnelles.

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Le son de la trompette est assorti d’une légère réverbération, ce qui contribue à rendre encore un peu plus le propos comme éthéré.
Un autre élément va nous faire aller encore un peu plus loin dans cette impression un peu irréelle.

Le musicien utilise des pédales d’effet, avec notamment un écho et une sorte de « pédale wha-wha », qui amplifient le caractère onirique de sa musique.
Sans jamais tomber dans la surenchère, en dosant savamment les effets, il nous emmène dans des mondes un peu étranges et toujours fascinants.
Nous nous laissons emporter et voguer sur des flots musicaux toujours plus intéressants les uns que les autres.

Des flots qui par moments se montreront tumultueux, lorsque le rythme et l’intensité s’intensifieront, nous faisant pénétrer un monde de turbulences et parfois de chaos. C’est de nouveau fascinant.

Avishai Cohen et ses trois compères vont nous confronter à de grands moments.
La façon qu’ils ont de s’approprie
r et de se partager le discours musical est véritablement passionnant.

Les quatre sont remarquables de cohésion et de cohérence. On ne tourne pas durant de nombreuses années
sans acquérir ces qualités indispensables.

Barak Mori va nous époustoufler, avec notamment un solo à l’archet, ce qui est assez rarissime dans le monde du jazz.
Dans une technique à l’allemande, le contrebassiste nous bluffe avec lui aussi un immense savoir-jouer et une sensibilité de tous les instants.
Ce sera un autre grand moment du spectacle.

 

© Photo Y.P. -

Au piano Yonathan Avishai concocte de longs ostinatos délicats, permettant au trompettiste de poser ses notes.
Le pianiste nous rappelle assurément sa formation et son goût pour une musique pianistique ambitieuse. Nous sont rappelés par moment des propos dignes de Schoenberg ou Debussy.

Classique encore lorsque Avishai Cohen entame comme souvent
dans ses concerts sa version du l’Adagio assai du fameux Concerto pour piano en sol majeur de Ravel.
Nous comprenons alors toute l’importance de la musique classique du XXème siècle dans l’inspiration du trompettiste.

Quant à Ziv Ravitz, lui nous ensorcelle avec des climats sonores et percussifs envoûtants. il utilise très souvent des mailloches, ce qui contribue à intensifier le propos général. Le batteurs sait se rendre à la fois indispensable et très discret, ne surchargeant jamais son discours. Encore une fois, la technique se met au service d'une grande sensibilité.

En guise de rappel, demandé par le public à grand renforts d’applaudissements scandés en rythme, le quartet interprétera une pièce composé par Amalia, la fille d’Av
ishai Cohen.
Comme une sorte de
calme après la tempête. Pour apaiser les âmes et les cœurs.

Les musiciens seront rappelés une dernière fois pour un dernier salut, pour un dernier remerciement de notre part.
Nous sortirons de ce concert bouleversés, sous le choc, conscients d’avoir vécu un immense moment musical.

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article