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André Manoukian 4et et Dafné Kritharas en concert au Tourcoing jazz festival

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

André Manoukian est venu présenter au festival de jazz de Tourcoing son dernier album en date, Anouch.
Anouch, le prénom de sa grand-mère.
Anouch, "ce qui est sucré et doux", en Arménien.
Anouch, celle qui a marché en 1915, pendant un millier de kilomètres d’Amasya à Deir es-Zor, lorsqu’elle et sont peuple étaient déportés.

C’est à un magnifique voyage que nous convie le pianiste aux origines « arméno-cosmiques » comme il aime à se présenter lui-même.
Un voyage aux portes du Levant et de l’Occident, là où le mélange des cultures est manifeste et le celui des peuples si souvent difficile, pour nous présenter et jouer des compositions inspirées par cette musique arménienne et celles du pourtour méditerranéen.

Une musique chatoyante, métissée, joyeuse ou nostalgique, qui nous parle de joie, de peines, d’amour, de fraternité.
Mêlée aux pulsations binaires ou ternaires du jazz, cette musique-là va nous bouleverser et nous prendre aux tripes.

 

© Photo Y.P. -

Le premier titre, After chaos, installe le propos général, dans une ambiance délicate et sophistiquée en même temps, avec cette petite ritournelle aux notes piquées.
Les deux musiciens qui l’accompagnent Guillaume Latil au violoncelle et Mosin Kawa aux tablas soulignent le discours pianistiques avec beaucoup de grâce et de subtilité.

« 
Toute notre musique occidentale vient d’Orient » nous rappellera André le conteur, Manoukian le pédagogue, qui va faire œuvre de didactique passionnante entre les premiers morceaux.
Avec l’humour qui est sien, avec son sens du partage du savoir, il nous apprend notamment qu’à la différence de nous autres, pauvres anglo-saxons qui ne disposons que de deux modes, majeur et mineur, les orientaux en possèdent pas moins de cinquante.
Son propos est à la fois limpide et on ne peut plus instructif.


Debout devant le clavier de son Steinway & sons, tourné vers nous, le musicien se transforme en professeur de musicologie et d’organologie comme on les aime. Ou comme on aurait aimé en avoir !

Anaid, Elektrik Dervich nous ravissent.
Les thèmes à la fois lyriques et denses, en même temps mélancoliques et joyeux, nous bercent de ces modes et ces rythmes aux mesures impaires caractéristiques.
André Manoukian nous démontre s’il en était encore besoin sa grand maîtrise de son instrument, une technique toujours au service du discours mélodique et harmonique, qui ne vient jamais en faire trop.

Le musicien est généreux, et laisse une large place à ses deux compères. Mosin Kawa va se lancer dans un époustouflant solo de tabla, en chantant d’abord tout ce qu’il jouera ensuite.
Il est véritablement impressionnant.

Il nous apprendra les rudiments de sa technique. Si si… Na, toum, Kita, Gué-é…..

 

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Guillaume Latil nous ravira également, que ce soit à l’archet ou en pizz, avec ou sans pédales d’effet. Le musicien est un violoncelliste qui n’oublie jamais de laisser sa grande technique prendre le pas sur la sensibilité de son jeu et de ses improvisations.
 

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Un quatrième musicien entre sur scène, (présenté de façon drôlissime par le pianiste), en la personne du grand Rostom Khachikian, au duduk, cet instrument typiquement arménien, « se rapprochant tellement de la voix humaine » précisera André Manoukian.
 

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Le virtuose nous enchantera lui aussi, dans des titres comme Partizan, Schubert in Duende ou encore Before Beethov.
Une forme de grâce envahit la salle du magnifique théâtre le Colisée de Roubaix. On entendrait voler une mouche.
Une forme de tristesse joyeuse nous envahit, comme une mélancolie réjouissante.
Quand le jazz se mêle à la musique orientale et arménienne, de façon lumineuse et solaire.


(Je me suis réjouis personnellement du dernier accord de Schubert in Duende : une magnifique
tierce picarde ! )

L’ange à la fenêtre, composé « pour une princesse qui est partie avec sa valise et ma carte bleue), je cite André Manoukian, précède les deux titres phares de l’album.
Anouch et Walk, (avec une citation de La marche turque du regretté Mozart), à la mémoire de la grand-mère qui « cuisinait si bien les feuilles de vigne farcies, les tomates farcies, les courgettes farcies… » (là encore nous rions beaucoup).
Toujours cette mélancolie magnifique, dans des volutes harmoniques suaves et raffinées.

Nous l’attendions avec impatience. La voici.
Elle, c’est Dafné Kritharas, la chanteuse grecque à la voix ensorcelante, telle la sirène d’Homère qui nous envoûtera de son timbre velouté, de ses intonations sensuelles ou plus marquées.
En rejoignant les quatre musiciens, elle va nous démontrer toute l’étendue de sa tessiture, la couleur profonde de sa voix, et sa capacité à faire vivre des textes qui parlent d’amour, de fête, de joie, de séparation, également.

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Elle rendra un hommage à « ceux qui sont en ce moment sous les bombes » (tout le monde comprendra…), avec le titre Al mar.
Nous sommes tous sous le choc de cette déchirante mélopée, de cette complainte un peu lancinante et si belle.
C’est magnifique.

Et puis l’on terminera avec un Rondo Arménien très réjouissant, à la mesure à neuf temps.
Nous aurons tous saisi l’hommage appuyé au Blue rondo à la Turk de Dave Brubek.
Et nous d’avoir envie de nous lever de danser, d’entrer en transe.


Le rappel est vivement demandé.
Ce sera « 
une chanson triste », nous prévient « Dédé ».
Avec Dele Yama (Le cœur brisé),
Dafné Kritharas nous émerveille une dernière fois.
Un cœur qu’on perd.
Un cœur qui part.
Un cœur qui pleure.


Les deux heures de ce concert marqueront les esprits des spectateurs tourquennois et roubaisiens.
Il faudra beaucoup de temps pour revenir à notre quotidien, tellement ce spectacle aura marqué les esprits, les cœurs et les âmes.

Ou comment jazz et musique traditionnelle arménienne se sont entremêlés pour un périple
inoubliable.
Il est des voyages musicaux et humains qui ne laissent personne indifférent.
André Manoukian nous a proposé l’un de ces beaux voyages-là.

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