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Lettres d'excuses

© Photo Y.P. -

© Photo Y.P. -

Lettres ou ne pas lettres ?

Lui, il a définitivement résolu la question, en nous faisant découvrir ses lettres d’excuses.
Oui, Patrick Chesnais présente ses excuses.

Lettres d’excuses, c’est d’abord un livre, publié en 2023 aux éditions de L’archipel.
L’occasion était trop belle pour le comédien-écrivain de passer au gueuloir et sur un plateau ces missives-là.

Le rideau s’ouvre sur la scène de la salle noire du Lucernaire.
A jardin, un pupitre noir de musicien.
A cour, une petite table avec une carafe et un verre.
Un tabouret rejoindra plus tard ces seuls éléments de mobilier.

Le voici qui entre, sous les applaudissements du public.
L’air bougon, taciturne.
Pourtant, M. Chesnais va se livrer à l’une des plus belles entrées sur scène auxquelles j’ai pu assister depuis quelques années.
La raison de cette réussite : quatre mots, à l’adresse du public. Ni plus, ni moins.
Hilarité dudit public. Je vous laisse évidemment découvrir. Le ton est donné, entre gravité et humour noir qui fait mouche.

Excuses donc.
Une quinzaine, durant cette heure et dix minutes d’un épatant spectacle, dans lequel celui qui se tient en chemise blanche devant nous donne une petite leçon d’interprétation.
Tous les apprentis-acteurs devraient venir le voir et l’écouter !

Des excuses qui mettent en lumière, je le cite « [ses] lâchetés, [ses] oublis, [ses] à-peu-près, [ses] sorties de routes et [ses] exagérations ».

Immédiatement, nous allons percevoir ce besoin de se livrer, déjà contenu dans le livre.
Durant la « lecture-jeu » de ces lettres, va primer le « je m’excuse », et non pas « excusez-moi » : Patrick Chesnais, avec ce choix, assume totalement ce « je », ne demandant pas de l’excuser, mais présentant bien les siennes.

Parfois, on peut même penser à un exercice sinon d’auto-analyse, tout du moins d’introspection assez poussée.Comme un besoin de se dire, de se raconter par le truchement épistolaire.
Pour se livrer, il se livre !

Alors bien entendu, il faudra faire la part des choses certaines excuses ont un air de Voyez, finalement, je n’avais pas si tort que ça...

Si l’homme est le formidable comédien que l’on sait, nous percevons également tout de suite la qualité de son écriture.
Dans une langue qui se prête admirablement à l’oralisation, avec des formules percutantes, parfois acérées, nous allons passer par une quantité importante d’émotions.

Souvent, nous n’en menons pas large.
Ce qu’il nous raconte, que ce soit concernant sa maman en EHPAD, que ce soit la présentation de Mémé la Garenne, qu’il s’agisse d’excuses adressées à la vieillesse ou même à la Mort, tout ceci nous cueille en un instant.

Nous rions beaucoup également, notamment lorsqu’il s’agit pour lui de se repentir de péripéties mettant en scène Mathilda May, ou encore Delphine Seyrig (fou-rire garanti).
Là encore, vous n’en saurez pas plus.

Une voix. Immédiatement reconnaissable entre toutes.
Un peu éraillée, un peu traînante et nonchalante.
L’une de ces voix gravées dans notre mémoire collective.

Patrick Chesnais va nous démontrer une nouvelle fois l’immense étendu de sa palette.
En permanence, le comédien lit et joue en même temps.
Ces lectures sont en effet interprétées corporellement. C’est un vrai bonheur de le voir dans différents postures, se moquant parfois de lui-même.

Adresses au public, double-takes face aux spectateurs, ruptures épatantes, il nous régale. Purement et simplement.
Durant ces soixante-dix minutes, qui nous paraissent beaucoup trop courtes, nous sommes tenus en haleine en permanence.
Il sait admirablement nous faire passer ce qu’il a écrit. Des larmes qui pointent à la colère, en passant par un humour féroce et une immense sensibilité, le comédien nous enchante.

La dernière lettre nous bouleversera.
Il s’agit pour lui de s’adresser à son petit-fils de neuf mois, et de porter ainsi un regard ému et délicat sur son existence, sur son legs à la fois artistique et humain, sur la disparition, sur le temps qui passe, l’avenir, le futur.
Sur la Vie, quoi...
Une conclusion qui nous procure nous aussi matière à introspection.

Ce spectacle a comme un défaut : il est beaucoup trop court. Je serais bien resté voir et écouter Patrick Chesnais encore un bon bout de temps.
Pourrait-il y avoir un Lettres d’excuses II, le retour ?
Ne manquez surtout pas ce spectacle intense et habité !

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